1 novembre 2015

Les critiques littéraires (mon grain de sel)

On a beaucoup parlé, ces derniers temps, des fameuses critiques littéraires.

Premièrement, Daniel Sernine dans Lurelu (volume 38, numéro 2, automne 2015).

Ensuite Guillaume Voisine sur son blogue : http://guillaumevoisine.blogspot.ca/2015/09/le-mythe-toxique-de-la-critique.html.

(S'il d'autres personnes ont réagi à ce sujet sur leurs blogues, n'hésitez pas à me le signaler!)

Ça m'a bien fait réfléchir. Et ça tombait bien, car je venais de recommencer à faire des critiques (pour Brins d'éternité). La réflexion tombait à point pour m'aider à me positionner dans tout ça. Et j'ai réussi à établir ce que représentent, pour moi, les critiques littéraires. Pourquoi j'en fais, ce que je veux livrer et accomplir. Ça se définit en deux temps, en fait :


1. AVANT

A) La commande : Je dois produire une critique. On me donne une date butoir et on me demande de choisir une ou des oeuvres à critiquer.

B) La volonté : Je souhaite donner de la visibilité à un auteur, une maison d'édition, une oeuvre. C'est ma contribution au milieu (on chiale tellement que les médias d'ici ne parlent pas des bouquins d'ici!). Donc, j'essaie de choisir une oeuvre que je vais probablement aimer (rien n'est certain à ce stade-ci, mais j'espère très fort).

C) Buts, objectifs : Livrer une critique honnête et bien construite, avec un résumé, des arguments, mon appréciation, une idée du public-cible. Donner au lecteur potentiel un aperçu de ce que contient le livre, pour qu'il puisse déterminer si cette lecture a des chances de l'intéresser. Offrir une visibilité à l'oeuvre, l'auteur, la maison d'édition.

Note : Ici, l'auteur et/ou la maison d'édition peuvent se sentir flattés. J'avais le choix entre plusieurs oeuvres, et c'est celle-là que j'ai choisie. En soi, c'est une marque d'appréciation et d'intérêt. À moins qu'on ne m'aie proposé un service de presse, mais même là, je choisis, j'essaie toujours de cibler des lectures qui ont des chances de susciter mon intérêt.



2. PENDANT

A) Lecture : Je lis l'oeuvre et je prends des notes.

B) Repos : Une fois que j'ai terminé ma lecture, je laisse reposer quelques jours, je fais autre chose. Je laisse mijoter mes idées.

C) Rédaction : Je rédige ma critique en me basant sur mes notes, en relisant certains passages, en référant à ma mémoire pour voir ce qui est resté, ce qui m'a marquée, ce que j'ai aimé ou pas. Personnellement, j'essaie de ne pas dévoiler (trop) de punchs.

D) J'envoie ma critique à la maison d'édition

Vous remarquerez qu'en aucun cas, dans le PENDANT, je songe à l'auteur. Je me concentre sur l'OEUVRE.


3. APRÈS
(Je sais, j'ai dit qu'il y avait 2 étapes, mais il y en a une 3e, très importante!!! Elle représente la conséquence...)

Une fois que la critique a été publiée, j'éprouve parfois quelques remords envers l'auteur.

Je suis-moi-même auteure, et je sais combien les commentaires négatifs peuvent faire mal. Je ne veux pas en faire. Mais je ne veux pas non plus faire des critiques mensongères ou trop complaisantes. Parce que ça, ça n'aide personne, et ça mine la crédibilité.

J'ai reçu des commentaires positifs sur des critiques que j'ai faites, et qui semblent démontrer que j'ai atteint certains de mes objectifs. Une personne m'a d'ailleurs avoué avoir acheté une série (Les yeux jaunes, d'Yvan Godbout) suite à ma critique. J'en ai été bien contente, et surprise aussi, car je n'avais pas mis que du positif dans ma critique.

Et c'est là, je pense, l'un des beaux aspects de la fonction de critique, et aussi un but à viser en ce qui me concerne : Dresser le portrait de l'oeuvre afin de l'aider à trouver son public.

Pour le reste, eh bien... Il se peut qu'à l'occasion, je ressente un certain malaise face aux auteurs "victimes" de mes critiques, si je les rencontre en salon ou dans un lancement. Parce que je suis comme ça, je n'aime pas faire du mal aux gens. Et je sais que certains auteurs ont du mal à accepter la critique...

Si, un jour, cela me cause trop de malaise de faire des critiques, j'arrêterai, tout simplement. Parce qu'il n'est pas question, pour moi, à ce stade-ci de ma compréhension des choses, de faire de la critique complaisante, mensongère ou volontairement floue (pour ménager les susceptibilités).

Les critiques, je les fais avec la meilleure volonté du monde. Le résultat est représentatif de mon appréciation (toute personnelle soit-elle). Pour le reste, j'espère que les autres auteurs, comme moi, sauront apprendre à vivre avec les critiques... et à s'en inspirer pour devenir meilleurs.

***

Ajout : Je vous partage le lien suivant, au sujet du "Respect" : http://alainzouvi1959.com/2015/08/12/respect/

Je n'en ai pas parlé dans mon billet, mais il est clair que pour moi, le respect n'est pas négociable. C'est valable autant pour les critiques que dans la vraie vie : il y a moyen de s'exprimer sans s'attaquer directement aux personnes, sans dénigrer les autres.

5 commentaires:

Gen a dit…

J'pense qu'on a pas mal la même démarche. J'ai moins de scrupule à "faire mal aux gens", surtout si ce ne sont pas des amis personnels, mais quand ce sont des gens que je connais bien et que j'apprécie, mes dieux que je trouve ça dur quand je dois m'avouer que j'ai trouvé leur roman nul et que je ne peux pas en faire une critique élogieuse!

Guillaume Voisine a dit…

L'important, comme tu le soulignes, c'est d'être honnête avec toi-même (et donc avec les lecteurs de ta critique).

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : C'est si dur qu'au début, je ne voulais pas faire de critiques sur les gens que je connaissais. Puis je me suis rendue compte que ça n'avancerait pas beaucoup les gens d'ici, si je ne parlais que de culture étrangère, n'est-ce pas... Alors j'ai plongé. Et depuis, je fais de mon mieux pour respecter la ligne de conduite que je me suis fixée. Tout en ayant toujours l'impression de marcher sur des oeufs...

À Guillaume : C'est ce que j'essaie de faire en tout cas! :)

WikiPA a dit…

De mon coté, j'essaie plutôt d'écrire ma critique « à chaud », pour être sûr de bien rendre l'impression que la lecture m'a laissée. Après, je laisse reposer la critique et je la lis pour m'assurer de ne pas avoir proféré d'énormités (ou que je ne sois pas allé trop loin...).

Sinon, je comprends tout à fait qu'on puisse parfois être mal à l'aise quand on connaît l'auteur.

Ça m'est arrivé récemment d'écrire une critique pour un roman dont je connaissais l'auteur, la personne responsable des relations de presse ET quelqu'un chez l'éditeur! Bref, j'ai été honnête, mais j'ai quand même fait attention à ce que je disais.

D'un autre côté, je ne pense pas qu'on est moins intègre si on nuance un peu nos propos. Je me souviens encore de la première critique que j'ai pondue pour Clair/Obscur. C'était une véritable entreprise de démolition! Heureusement, c'était pour un roman français édité dans la Bibliothèque Blanche de Gallimard. Donc, je n'avais pas vraiment peur de froisser quelqu'un! ;)

Mais avec le temps, j'ai compris qu'il y a une manière d'écrire une mauvaise critique, tout en disant les choses telles qu'elles sont. Tout est une question d'équilibre!

Et j'ai bien hâte de lire tes critiques (en espérant ne pas avoir manqué les premières!).

Isabelle Lauzon a dit…

À PA : En fait, j'en ai déjà publié deux (les deux derniers numéros de Brins d'éternité)! ;) Et oui, je suis d'accord pour nuancer (c'est même un must). Comme on le disait sur une autre plateforme, le respect, c'est important...