3 novembre 2014

Une fille et sa chambre d'hôtel

Certains ont été surpris, au Salon du livre de l'Estrie, de m'entendre m'extasier à propos de ma chambre d'hôtel À MOI TOUTE SEULE!

Ah oui, d'accord, ceux qui ont été surpris étaient soit des gars, soit des femmes sans enfants ou avec de très jeunes enfants... Car les femmes plus âgées, celles qui ont eu des enfants maintenant rendus plus vieux, comprennent très bien ce que je ressens!

Non pas que les dernières années aient été un calvaire. Bien sûr que non! Je suis immensément heureuse d'être mère, j'adore mes enfants et ma vie de famille.

Mais être mère, c'est aussi faire le sacrifice de soi à certains moments. S'oublier pour le bien des autres, mettre de côté ses aspirations et ses rêves, penser davantage à la famille qu'à sa petite personne.

Ça signifie aussi devoir parfois s'enfermer un dix minutes dans la salle de bain pour arriver à lire un peu, sortir dans un café pour pouvoir être dans sa bulle, se sentir souvent bousculée par le temps, submergée de tâches et épuisée par ses journées.

Tout ça, c'était surtout lorsque les enfants étaient plus jeunes. Puis ils sont devenus plus grands, j'ai réussi à reprendre peu à peu mon espace, j'écris, je fais quelques sorties, je prends des cours de pilates. Je me retrouve enfin, je peux penser à moi de temps en temps, mais le gros de mes énergies se dépense quand même à assurer le bonheur des miens et à répondre aux attentes de mes employeurs.

Il ne faut pas oublier non plus de mettre dans la balance le fait que depuis mes 18 ans (donc, ça fait 20 ans), j'ai toujours travaillé. À part 6 mois de congé de maternité pour ma fille et 10 mois pour mon garçon, et quelques semaines de vacances par année, le reste a toujours été un incessant (et exponentiel) tourbillon d'activités, de tâches, de trucs auxquels il faut penser, d'obligations...

Secrétaire la semaine de jour, mère de famille le reste du temps, il y a toujours quelqu'un qui a besoin de moi quelque part. J'ai parfois l'impression que je n'existe que pour les autres, que ma présence est essentielle à leur bonheur. Et ça peut devenir lourd parfois. J'aurais envie, l'espace d'une heure ou deux, de redevenir cette adolescente égoïste qui ne faisait même pas le ménage de sa chambre et qui ne pensait qu'à sa petite personne.

Mettez aussi dans la balance que j'ai eu ma fille à 22 ans, donc je n'ai pas eu beaucoup le temps de "vivre" avant d'être mère! Mais encore là, je ne regrette rien. C'est jusque que je trouve parfois qu'on nous en demande beaucoup à nous, les femmes, dans la société d'aujourd'hui.

Depuis quelques années, je caressais le rêve (fou) de me payer une chambre d'hôtel ou un chalet à moi toute seule. Pour pouvoir me retrouver avec moi-même l'espace de quelques jours, apprivoiser le silence, faire ce qui me plaît et n'être là pour personne d'autre que moi.

Et l'occasion s'est enfin présentée avec le Salon du livre de l'Estrie. J'ai décidé, malgré la dépense que ça représentait, de ne partager la chambre avec personne. (un gros merci à mon chéri qui n'a pas du tout soulevé d'objections et a veillé au grain avec brio durant mon absence!)

Vous n'imaginez pas à quel point ça m'a fait du bien! Le silence. Pouvoir écouter ce que j'avais envie à la télé, ne pas avoir à coordonner la douche, la liberté totale!

Et le summum : pouvoir étaler tous mes produits personnels (cosmétiques, articles pour les cheveux, etc.) sur le comptoir de salle de bain, et NE PAS LES RAMASSER durant tout mon séjour! En arrivant, j'ai mis l'affiche "Ne pas déranger" sur la porte. J'avais tout ce qu'il me fallait pour les trois nuits que j'allais passer dans la chambre et pas question que qui que ce soit vienne déranger mon intimité! En arrivant dans la chambre, le soir, j'avais toujours un sourire en constatant que les femmes de chambre avaient respecté mon désir : le lit n'était pas fait, mes trucs traînaient toujours sur le comptoir... La joie!

Vous savez, je ne suis pas la seule à éprouver ce besoin de faire une retraite à l'extérieur de la maison, loin de la petite famille et des responsabilités qui vont avec. Certaines femmes de mon entourage m'ont déjà raconté leur habitude (ou celle de leur belle-soeur, de leur amie...) de se payer, une fois par année, une retraite en solitaire dans un couvent...

Pour ma part, je tiens à mon ordinateur et à internet, alors l'hôtel me semble plus adéquat, mais le concept demeure le même : en tant que femmes, de mères et de travailleuses, nous avons besoin, un moment donné, de prendre une pause.

Il ne faudra donc pas s'étonner si, dans le futur, je décide de répéter l'expérience. Ça m'a fait un bien fou!

En ce moment, je m'interroge sur la meilleure formule (et surtout, la moins dispendieuse!). Chalet? Hôtel? Autre? Quelqu'un a des idées?

3 commentaires:

Prospéryne a dit…

Emprunter la maison d'amis qui partent en vacances dans le sud? Moins cher et tu peux nourrir le chat en leur absence...

Je suis très heureuse de voir que tu t'accordes de tels moments. C'est précieux et ça aide à long terme d'avoir un peu d'équilibre!

Gen a dit…

Avoir su que pour faire ton bonheur les fois où on partagé la chambre, il aurait fallu que tu puisses te laisser traîner, je t'y aurais encouragée! ;) (les traîneries me dérangent pas quand c'est pas les miennes! lololol!)

Sans blague, je crois que des moments comme ça, tu n'aurais pas dû attendre aussi longtemps avant de t'en offrir.

Mais bon, étant devenue maman pas plus tard dans ma vie que toi (dix ans plus tard!), j'ai déjà l'habitude d'avoir du temps à moi. Alors me sacrifier pour mon petit monde, oui, bien sûr, sans hésitation... mais pas 100% du temps pour les 12 prochaines années.

Cela dit, avoir une carrière d'écrivain déjà établie, ça aide à se trouver des excuses! ;)

Isabelle Lauzon a dit…

À Prospéryne : Hé, super idée!!! Bon, maintenant, il ne me reste plus qu'à me faire des amis qui ont l'habitude d'aller dans le sud... ;)

À Gen : LOLOL Laisser traîner mes affaires alors que tu étais là, ça n'aurait pas été la même chose! ;)

Et oui, en effet, j'ai attendu beaucoup trop longtemps. Pour tout. Pour prendre soin de mon corps magané par les grossesses et les accouchements, pour m'accorder le droit de faire tout plein d'affaires sans me sentir coupable... Mais bon, dans mon entourage, je vois des femmes qui ont eu cette prise de conscience à 40 ans, alors que moi ça s'est fait à 30! Alors pour ma génération, je suis tout de même une précoce en la matière... ;)