26 août 2013

Pas les bons lecteurs?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais parfois, je perds un peu l'envie de montrer mes écrits aux non-auteurs de mon entourage.

Au fil des projets, j'ai eu des lecteurs de différents niveaux. Des gens du milieu littéraire... et des proches qui lisent peu, moyennement ou beaucoup. Et parmi les non-auteurs, des gens qui préfèrent le général et d'autres, la littérature de genre (ceux-là sont plus rares par chez nous!).

Et je dois dire qu'avec le temps, je réalise que certains lecteurs ne sont peut-être pas les bonnes personnes à cibler pour certains de mes écrits. Ici, je pense à deux personnes en particulier : un homme et une femme (que je ne nommerai pas et SVP ne pas essayer de deviner ici!).

L'homme ne lit pas beaucoup. Et lorsqu'il le fait, il aime que ce soit facile. Lorsque je lui fais lire mes textes (certains seulement, je fais une sélection), il arrive qu'il ne comprenne pas les subtilités de l'histoire. Si tout n'est pas dit et écrit clairement, il se questionne.

La femme a déjà lu beaucoup, mais uniquement des best-sellers d'auteurs archi-connus (ex. : Mary Higgins Clark). Elle est impressionnée par mes mots, mes tournures de phrases et mes concepts (mais où prends-tu donc tout ça?), mais elle aussi, elle a besoin que tout soit expliqué. Sinon, elle questionne, elle veut tout comprendre.

Or, j'aimerais leur faire comprendre que pour certains textes, j'ai expressément choisi de ne pas tout dire. Est-il vraiment nécessaire de baliser toutes les pistes, de mettre des lampadaires tous les 5 pieds et des panneaux d'affichage lumineux pour que tout soit bien clair? Je ne crois pas, non. Ce serait un peu comme expliquer en long et en large une blague. Elle a de bonnes chances de perdre toute sa saveur...

Et c'est drôle, lorsque je fais lire les mêmes écrits à ma fille de 14 ans (qui lit beaucoup, mais alors là, vraiment beaucoup), elle comprend tout. Les subtilités, les non-dits, les arrières-mondes. Elle imagine les éléments de l'histoire comme je voulais qu'ils soient imaginés, sans que j'aie besoin de lui expliquer quoi que ce soit, ou alors c'est très rare.

Tout ça me laisse penser que certaines personnes de mon entourage ne sont décidément pas faites pour tous mes écrits. La femme, en particulier, allume beaucoup sur mes trucs généraux, et moins sur mes trucs de SFFF. Et c'est normal, elle préfère lire du général!

Vous savez, à mes débuts, j'ai tenté de produire des textes qui plairaient aux gens de mon entourage. Des textes qui expliqueraient tout, seraient clairs, nets et précis. Ou qui aborderaient des sujets faciles, pas trop complexes, pas trop dérangeants. Pas trop de violence, pas trop de sexe... D'accord, c'était clairement de l'auto-censure éhontée!

Puis j'ai évolué. Et j'ai compris qu'en fait, je devais surtout me laisser aller dans ce que MOI, j'aime écrire. Même si ça signifie que certaines personnes de mon entourage aimeront moins ou n'y comprendront rien.

D'ailleurs, j'explique moins mes concepts. Encore hier, la femme me félicitait pour l'un de mes écrits récents. Mais... (il y a toujours un mais, rire), elle m'a avoué qu'elle n'avait pas compris où le personnage se trouvait tout au long de l'histoire. Elle a allumé à la toute fin. Il faut dire que c'était un texte au "je". Or, le narrateur au "je" n'a pas à tout dire et à tout expliquer. Il ressent, il vit, il voit ce qu'il voit... Et surtout, il ne passe pas sa vie à s'expliquer les choses.

Alors j'ai ri. J'ai répondu que pour moi c'était clair, mais que j'avais peut-être manqué mon coup, qui sait?

Et c'est drôle, ma fille, qui avait lu le même texte, m'a ensuite dit qu'elle ne voyait pas où était le problème : elle avait tout compris dès le début, elle...

Alors quoi, qu'y a-t-il à comprendre là-dedans? Juste que c'est comme ça. Il faut prendre tout ça avec un grain de sel. Écrire pour soi, partager ses écrits lorsqu'on en a envie, mais ne pas s'attendre à des réactions délirantes et encourageantes. Écrire pour soumettre, soumettre pour avoir l'avis des gens du milieu qui partagent nos intérêts, et surtout écrire ce qu'on a envie.

Et assumer ce qu'on écrit. De ce côté-là, je dois dire que je m'assume de plus en plus.

Soupir! Des fois, je me demande si je suis toute seule à vivre ce genre d'affaires-là! ;)

17 commentaires:

Sébastien Chartrand a dit…

Ah, trouver le bon lecteur... c'est pas toujours facile. Ma nouvelle qui a paru dans Alibis, ceux de ma famille et de mes pitchounettes qui l'ont lu ont eu un profond malaise (quoi, t'as pourtant pas une face à écrire ça, Sébas...) Ou il y a celle du Solaris d'été où, comme tu l'expliques, on aurait voulu que tout soit dit, tout soit clair, tout soit compris et résolu... effectivement, on en vient à ce dire que mieux vaut avoir des bêta-lecteurs du milieu... ou de grands fans de littérature de genre. Mais ce n'est pas toujours facile... alors il faut écrire d'abord pour soi, de la façon qu'on désire le faire et qu'on le ressent, sans chercher à plaire... mais ça aussi, c'est pas facile.

Isabelle Lauzon a dit…

À Sébas : Hihi! Ah oui, ta famille a eu un malaise avec ta nouvelle parue dans Alibis? Voyons donc, je ne comprends pas pourquoi... LOLOL

Tu vois, moi qui suis auteure, je n'ai eu aucun malaise, ni avec le volet violence, ni le volet sexualité de ta nouvelle. Au contraire, j'étais contente que tu aies osé aller aussi loin! (comme quoi, tout dépend du public, hein, c'est ce que je disais!)

Tsé, des fois, je me dis que tous nos écrits ne sont pas nécessairement bons à faire lire à nos proches... Vaudrait peut-être mieux les publier sous pseudonyme dans certains cas! LOL

Ou alors, juste s'en faire moins avec l'opinion de nos proches. Comme tu dis... pas toujours facile!

Sébastien Chartrand a dit…

ouais... comme futur enseignant au primaire, je vais probablement prendre un pseudonyme si jamais j'écris encore pour Alibis... il y a des parents d'élèves qui risqueraient d'être inconfortables...

Isabelle Lauzon a dit…

À Sébas : Ouais, dans ton cas... Quoique je doute que beaucoup de parents lisent tes trucs dans Alibis! Ils vont plutôt t'acheter tes bouquins, et encore...

Si tu ne te vantes pas trop de ton statut d'auteur, tu ne devrais pas avoir trop de problèmes! ;)

Dans mon cas, je pourrais me poser des questions, vu que je vais publier un truc pour enfants éventuellement...

Mais tu vois, je prends Jonathan Reynolds en exemple : il publie plein de trucs pour enfants, mais a aussi publié des trucs plus violents ou avec de l'érotisme. Me semble que les lecteurs sont capables de faire la différence, dépendant de l'endroit où sont publiés nos trucs.

Un auteur n'est pas obligé de se cantonner à un seul public, il peut avoir plusieurs styles et plusieurs canaux pour s'exprimer. Va-t-on se mettre à avoir des pseudonymes pour tout, à compartimenter?

Dans ton cas, tu as déjà publié sous ton vrai nom. Moi, je continuerais comme ça. Au pire, les gens n'auront qu'à se dire : "Ah ouais, c'est un artiste, ils sont bizarre ces gens-là..." (C'est ce que les gens font autour de moi en tout cas) LOL

Gen a dit…

@Sébas : Si jamais tu parles de pédophilie dans un texte, là tu prendras un pseudonyme. Sinon, je vais dire comme Isa : ton statut d'auteur ne sera pas connu (à moins que tu t'en vantes) et donc tu pourras aisément séparer tes deux vies. (J'veux dire : mes collègues de travail savaient que j'écrivais et quand j'ai outrageusement pillé leurs noms de famille pour une nouvelle, personne n'a réagi, preuve que j'étais pas lue!)

@Isa : Ah, trouver les bons lecteurs... Ouaip, pas évident. Faut adapter les lecteurs et le public visé, je crois. Et, surtout, ne pas faire lire aux auteurs non-écrivains tant qu'on est dans une phase de révision plus "technique" (quel narrateur, quel enchaînement des scènes, etc)

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : Tu vois, je pense qu'on a tous ces questionnements un moment donné, à propos du pseudonyme ou de notre vrai nom. Je me rappelle les miens (et tu m'avais d'ailleurs aidée à régler la question, si je me souviens bien).

Un moment donné, on finit par se rendre compte qu'on est très peu lus par notre entourage. En fait, si on ne leur fout pas nos textes directement dans les mains... Il y a peu de chances pour qu'ils les lisent. Alors sachant ça, on se censure moins! ;)

Pour les non-auteurs, je préfère maintenant leur faire lire quand c'est publié. Parce qu'il y a tellement d'étapes dans le processus avant d'en être rendu au produit final! Et les non-auteurs sont moins patients et ont moins envie de se taper les différentes versions, c'est bien normal, ils ne sont pas en apprentissage d'écriture, eux. Faut juste choisir son public!

Mercure a dit…

Billet et commentaires intéressants.
J'ai écrit quelque chose dernièrement que j'ai fait lire à une lectrice qui dort dans mon lit depuis plus de vingt ans, mais n'essayez pas de deviner c'est qui. Elle n'a rien compris. J'ai fait lire le même texte à mon fils du même âge que ta fille et il a tout compris. Ma femme, je veux dire la lectrice, ne le croyait pas. Donc soit les auteurs sont des adolescents attardés, soit il faut avoir l'esprit jeune et vif pour comprendre un auteur.
Quant à ma mère, elle essaie d'analyser mes histoires et mes personnages pour découvrir de quel côté de ma personnalité ça vient. Ma femme dit que même si ça ne paraît pas depuis vingt ans, que dans le fond je doit être un fou dangereux.

Isabelle Lauzon a dit…

À Martin (Mercure) : Pwahahaha! Je crois que mon chum pense un peu la même chose que ta femme, mais il reste poli. Il se contente de me dire qu'il ne serait jamais capable d'écrire comme ça, que ça ne fait pas partie de ses talents... (autre façon de dire "ah wouin, hein, c'est spécial... Hihi!)

Et entre toi et moi, je ne lui fais pas lire mes trucs les plus fous! J'ai tout de même signé pour un mandat d'inaptitude, alors je ne veux pas prendre de chance... LOL

Gen a dit…

@Martin et Isa : Mon chum n'étant pas écrivain (ou si peu), mais comprenant toujours les textes les plus complexes, je pense qu'il faut juste un esprit allumé pour comprendre un texte de genre.

Et selon mon expérience, les ados, habitués à apprendre, à voir des films, à lire des livres, sont souvent plus vifs d'esprit que les adultes qui, une fois bien ancrés dans leur carrière, ont une tite tendance à ne plus trop faire d'effort intellectuel.

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : Amen! Surtout s'ils ne lisent pas beaucoup!

Ce qu'il faut surtout retenir de tout cela, c'est qu'on peut continuer (pareil) d'aimer nos proches... Mais qu'ils ne sont pas obligés de comprendre, ni même d'aimer ce qu'on écrit! ;)

ClaudeL a dit…

Bel échange. Ne vous découragez pas, je n'ai jamais trouvé le lecteur ou la lectrice qui comprenne ce que je demande. J'ai pourtant un jour cru avoir trouvé: un prof de français, qui aime lire beaucoup et écrire un peu. Mais non, c'est tout juste si elle a relevé mes fautes d'orthographe.
J'espère avoir été d'une quelconque utilité pour les rares fois ou j'ai servi de lectrice. Peut-être pas non plus. Finalement, la meilleure lectrice, c'est encore soi.

Sébastien Chartrand a dit…

Là-dessus, je suis chanceux... dans le domaine SFF, Nath, mon ami d'enfance et mon frère cadet sont de bons lecteurs. Il y a aussi ma chère Prospéryne qui bêta-lira mon prochain roman... une autre super lectrice ! J'ai aussi déniché dans mon département une consoeur d'une année supérieure (coucou Sonya !) qui a un sacré sens critique au niveau littéraire, ayant un diplôme en Art/Lettres/Cinéma... donc, je suis choyé... mais côté famille, autre que mon frère...

Anonyme a dit…

Tant que vous écrirez des nouvelles, ne vous inquiétez surtout pas: personne de votre entourage, sauf exception exceptionelle (SEE), ne vous lira. Personne ne lit de nouvelles, a part les autres ecrivains (SEE). Ca peut changer avec les romans. Plusieurs membres de ma famille ont lu la plupart des mes romans, mais nous sommes une famille de lecteurs. Parmi les amis non ecrivains, c'est variables. La plupart ne liront aucun de vos livres, mais d'autres seront vos fans. J'ai decouvert que c'etait tres difficile de prevoir qui se rangera dans quelle categorie. L'essentiel est de ne pas stresser avec ca : partez du principe qu'aucun ecrivain n'est lu par beaucoup de monde (SEE).
Joel Champetier (scusez les accents, je ne suis pas sur mon ordi.)

Gen a dit…

J'ajouterais même une vérité que j'ai découverte dernièrement : y'a des moments où les proches et/ou amis qui ne nous lisent pas deviennent plus faciles à fréquenter que les proches/amis qui nous lisent, parce qu'ils ne nous mettent aucune pression. Ils sont fiers de savoir qu'on a publié et ça s'arrête là.

Des fois, ça relaxe.

(Meuhnon j'suis pas en crise d'imposteur, qu'est-ce que vous allez là? ... Ah ok, ptêt un peu...)

Isabelle Lauzon a dit…

À ClaudeL : Alors là, pour avoir fait l'expérience de tes services de lectrice... Oui, ça a beaucoup aidé et j'ai beaucoup apprécié ta manière de procéder! :D (et soit dit en passant, si ce projet n'a pas encore atterri sur ma table depuis, c'est que mes nombreux lecteurs pour ce projet partaient dans plusieurs directions différentes et je n'ai pas encore décidé quelle était MA direction à moi, alors... Pour l'instant, ça dort... Mais ceci est une autre histoire!)

En tout cas, si jamais tu as envie de me tester en tant que lectrice, tu n'hésites pas... :)

À Sébas : Pfiou! J'en bave d'envie! LOL Pour ma part, ma fille s'en vient pas mal bonne pour mes trucs pour ados (elle se situe entre deux : ne veut rien savoir des trucs pour enfants, c'est trop bébé, et je refuse catégoriquement de lui faire lire mes trucs plus salés... Donc, ça limite un peu!) Mais sinon, je me fie surtout à mes amis pour lire mes trucs. Ma mère adore me lire, mais elle n'est absolument pas critique! :)

À Joël : Ouin, c'est pas mal ça que je pensais. On finit par comprendre, à la longue, que nul n'est prophète en son pays et que ce ne sont généralement pas nos proches qui seront nos plus grands fans (ou alors, comme tu dis, SEE). Mais est-ce que c'est vraiment grave? Non. Une fois passée la première phase de déception, on peut même y trouver certains avantages. Comme celui, entre autres, de pouvoir s'exprimer librement, sans avoir la crainte que nos proches nous jugent... :)

À Gen : LOLOL OK, j'ai compris, la prochaine fois qu'on se parle... Je te jase de mes chats, de ma piscine, de mon auto et des travaux de ma maison... Comme ça, pas de pression! LOL

Gen a dit…

@Isa : C'était pas dirigé vers toi... En tout cas, pas uniquement toi! lol! (Question entendue le plus souvent depuis le début de mes vacances : "Pis, Hanaken III, ça s'en viens-tu?" Arrgggg!)

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : LOLOL Tu remarqueras que je me fais de plus en plus discrète à propos de ce sujet! ;)