4 juillet 2013

Vaincre une phobie, c'est possible?

Comme je le disais récemment, je crois bien avoir réussi à vaincre ma phobie des serpents.

Si vous m'aviez dit cela il y a quelques mois, quelques semaines même, je vous aurais dit que c'était impossible!

Ma phobie remontait à loin. Je peux même dire par qui elle avait été amorcée : ma mère. Chère Maman, qui a toujours eu une telle peur des reptiles... J'avais deux ans. Elle m'a vue jouer avec une couleuvre. Terrorisée à l'idée que j'en ramène une dans la maison, elle m'a dit que c'était sale, qu'il ne fallait pas toucher et que si la couleuvre s'enroulait autour de ma main, ma main tomberait.

Dans ma jeunesse, il fallait voir l'hystérie de ma mère et de ma grand-mère, lorsqu'elles voyaient une couleuvre. Tout un spectacle! À les voir réagir aussi fortement lorsqu'elles rencontraient un reptile, j'ai adopté leur mode de pensée face à ces créatures qui leur paraissaient si effrayantes.

Dès que je voyais une couleuvre dans la nature, je me figeais, j'avais chaud, je reculais en direction de la maison et j'en avais pour un bout de temps avant d'être capable de sortir. Pas moyen de jardiner, voire même de marcher sur la pelouse sans songer qu'une couleuvre pourrait s'y trouver. Il faut dire qu'il y en avait des tas dans ma cour lorsque j'étais jeune. Un fossé à l'avant, des voisins qui ne tondaient pas leur gazon de chaque côté, une forêt très humide, voire marécageuse à l'arrière... Le paradis des reptiles, quoi! Elles étaient partout...

Il y a quelques années, une personne de mon entourage (si vous savez qui, je préfère que vous ne le disiez pas) a développé une phobie aux seringues. C'était devenu invivable et elle a consulté pour trouver de l'aide. Je l'ai accompagnée dans son cheminement et j'ai vu de quelle manière un professionnel pouvait arriver à traiter une personne phobique, avec une méthode de désensibilisation progressive. Pour ce faire, il fallait commencer par dessiner un escalier (avec environ 10 marches). Puis indiquer un défi à chacun des paliers, du plus facile au plus ardu. Par exemple, la première étape était d'imaginer une seringue. La dernière, de se faire piquer avec une seringue.

N'allez surtout pas vous improviser thérapeute auprès d'une personne phobique! Ce genre de traitement prend du temps. L'idée est de franchir une à une les étapes, en apprivoisant son anxiété au fur et à mesure. Une fois une étape franchie, on ressent de la fierté et surtout, on se rend compte qu'il n'est rien arrivé de grave. Ça nous donne le courage nécessaire pour passer au prochain défi.

Pour encourager cette personne de mon entourage (qui a pas mal réussi à vaincre sa phobie, bravo!), j'ai promis de m'attaquer à ma phobie des serpents en même temps. J'ai commencé au niveau le plus bas, soit : garder les pieds au sol lorsque je voyais un serpent à la télévision. Même ça, ça me causait de la panique.

Puis peu à peu, au fil des mois et des occasions, j'ai repoussé mes limites. Alors que j'avais toujours évité les vivariums de reptiles dans les animaleries, je me suis mise à les visiter systématiquement. Avec crainte, mais en m'approchant chaque fois davantage. Jusqu'à en arriver à être capable de toucher le verre si mince qui me séparait de l'objet de ma peur. En cours de route, mes proches m'ont mise au défi. Dès qu'il y avait un serpent quelque part (animaleries, zoos, etc.), je devais refaire le même rituel.

À la longue, ça ne m'a plus vraiment dérangée. C'était devenu facile. Je savais qu'il n'y avait aucun danger, tant que le verre me séparait des reptiles. Il était temps de passer à la dernière étape du processus. La dernière marche de l'escalier.

Avant de participer à l'atelier long, je savais qu'il y aurait des couleuvres et un serpent dans des vivariums. Je ne voulais pas dormir dans la même pièce et je l'avais mentionné à mes hôtes. Des jours avant l'atelier, je me suis questionnée sur l'emplacement des vivariums. Je me questionnais surtout sur ma capacité à tolérer une si grande proximité avec ces reptiles qui me faisaient encore peur. Par contre, je m'étais lancée un défi : arriver à un toucher un durant l'atelier.

J'en ai parlé à la propriétaire des reptiles (appelons-la E., car j'ignore si elle souhaite voir son nom ici) et je lui ai demandé, si elle le voulait bien, de m'offrir une petite séance en présence du serpent (prénommé Vlad). En fait, j'ai toujours eu moins peur des serpents, qui sont plus gros et se tortillent moins. Je sais, ce n'est pas logique, mais le cerveau est rarement logique lorsqu'on est phobique.

Un matin, E. m'a appelée pour me dire que c'était le moment. J'étais au rez-de-chaussée et elle, à l'étage. Pensant que nous allions tout d'abord observer Vlad dans son habitat, pour ensuite passer à travers diverses étapes de torture visuelle, j'ai monté les marches. Pour réaliser, une fois en haut, que le serpent était là, tout près, dans ses bras. Petit choc au cœur, mais j'ai continué à avancer lentement. Gen, qui était tout près et voulait elle aussi profiter de l'occasion, avançait plus vite que moi. Brave Gen! ;)

Je savais de quelle manière je voulais que la chose se fasse. Pas question de me forcer, de dépasser mes limites avant d'y être prête, car sinon ça aurait risqué de causer une régression. Je me suis immobilisée à quoi... deux mètres? Montée d'adrénaline, bouffées de chaleur, mains moites. J'ai respiré profondément. Les autres ne s'occupaient pas de moi et j'ai pu me concentrer sur le serpent. Il semblait très à l'aise, d'ailleurs. Et pas du tout méchant, contrairement à ce qu'on peut voir dans les films (non mais, c'est vrai, ils sont toujours en train d'attaquer et de montrer les crocs!).

J'ai pris une grande inspiration, puis j'ai foncé. Pas de petites avancées qui n'en finissent plus, j'ai décidé d'y aller à fond, là, tout de suite. Ce serait réglé ensuite.

Je me suis approchée de la bête et j'ai tendu la main vers son corps replié. E. s'est assurée que la tête ne pourrait pas venir vers moi. Main moite et tremblante, j'y ai touché. Gros soupir de soulagement. Je ne suis pas tombée morte, je n'ai pas eu mal, la sensation de danger n'était pas réelle.

Nous sommes demeurées là plusieurs minutes, à discuter des habitudes et des besoins des reptiles. J'ai appris à mieux connaître ces bêtes. À les comprendre. Jusqu'ici, j'avais toujours eu l'impression que leur seul but dans la vie était d'attaquer (de m'attaquer!), mais non. Leur cerveau reptilien les pousse à combler leurs besoins essentiels : chaleur, nourriture, sécurité (j'en oublie?). Elles n'attaquent que si elles se sentent menacées. J'ai tendu la main à Vlad pour qu'il me flaire et, peut-être, rampe sur mon bras comme il l'avait fait avec Gen (là, je n'étais pas à l'aise et je repoussais vraiment mes limites), mais heureusement, il n'a pas aimé mon odeur et s'est détourné. Ouf!

Par la suite, j'ai eu l'occasion de toucher à une couleuvre. Puis j'ai même assisté (en étant très, très près) à une séance de distribution de vers de terre à ces charmantes créatures. La porte du vivarium était ouverte. Je n'avais pas peur. Les couleuvres se sont précipitées sur la nourriture, elles se sont chamaillées pour obtenir la part de leurs sœurs, elles ont longé le rebord du vivarium, tout près de moi... E. en a même pris une par la queue, tête en bas, pour l'inciter à manger. Et, même s'il existait une possibilité que l'une des couleuvres échappe à la vigilance de E., je n'ai pas eu peur. J'étais fascinée.

Dorénavant, je ne crois plus que je ressentirai cette peur incontrôlable qui prenait possession de ma personne lorsque je voyais un reptile en liberté. Bon, je ne crois pas non plus que j'en viendrai un jour à en avoir un à la maison, loin s'en faut! Simplement, je dirais que ma crainte est revenue à un niveau normal.

Au fond, peu de gens aiment vraiment les serpents. Et c'est assez sain comme sentiment, si l'on pense au danger réel que représentent les serpents venimeux. Par contre, il est aussi sain d'être en mesure de rationaliser à propos de ce danger, pour voir s'il est réel ou non.

Au Québec, nous n'avons que des couleuvres inoffensives dans la nature. Je ne les aimerai jamais autant que les chats ou les chiens, mais même ces animaux de compagnie ont leur caractère et représentent un certain danger (pensez à ces gens qui se font mordre par des chiens à chaque année).

Simplement, il faut se montrer prudent et savoir comment réagir. Comme je ne connais pas bien les serpents, je n'irai pas me mettre la main près de leur gueule. Par contre, lorsqu'une personne qui les connait bien (comme E., elle était vraiment extraordinaire et respectueuse envers ses reptiles) est là, je peux me sentir en confiance.

Voilà, je crois bien que je peux cocher un élément important sur ma liste de choses à réaliser avant de mourir. Vaincre ma phobie des serpents : CHECK!

7 commentaires:

Hélène a dit…

Et bien sincèrement bravo! Je n'ai pas la phobie des serpents mais j'avoue que je n'aime pas trop l'idée de les toucher, ça ne m'attire pas. Mais vaincre une telle peur galvanise la confiance en soi, pour un temps du moi, c'est tout un accomplissement. Encore bravo.

Gen a dit…

Facile d'être brave quand on n'a pas particulièrement peur! ;) Et je dois admettre que le fait d'y aller avec toi avait un autre but que mon simple désir de toucher un serpent : je voulais pas que tu te retrouves avec toutes les paires d'yeux fixés sur toi! ;) Là, comme tu dis, on s'occupait pas de toi (pas vrai, je te regardais du coin de l'œil!), alors tu as pu y aller à ton rythme.

Et tu as vu que même moi qui n'ai pas particulièrement peur, quand le serpent s'est dressé et a ouvert grand la bouche, j'ai pris un pas de recul! (alors qu'en fait il était en train de sentir)

T'es vraiment bonne d'ailleurs : moi voir les couleurs manger, ça me dégoûtais pas mal comme idée, alors j'ai passé mon tour! ;)

Isabelle Lauzon a dit…

À Hélène : Merci! Ça faisait longtemps que je rêvais de cette réussite. Voilà, c'est fait! Je suis bonne, je suis capable! :D

À Gen : Ouf! Un gros merci pour ta psychologie! (je n'avais pas compris tout ça!) En fait, tu as raison, j'aurais probablement été moins loin dans mon défi si tout le monde avait eu les yeux rivés sur moi. Je me serais concentrée sur les pensées des autres plutôt que sur les miennes. Là, j'ai eu l'impression d'être toute seule un moment donné. Seule avec mon envie de combattre ma peur et ma peur elle-même. Je me suis dit Go Isa, t'es capable, c'est le moment où jamais. Franchis le pas et ce sera fait pour toujours!

Tsé, je crois bien que je vais être due pour cette fameuse visite à l'Exotarium dont mes enfants me parlent depuis des années! ;)

Caro a dit…

Wow! Bravo! Parce que si je transpose avec ma phobie (les affreuses araignées) j'ai des sueurs juste à lire ce que tu as fait!! Mais c'est encourageant de voir qu'il est possible de vaincre une phobie. Perso, je pense plutôt déménager sur une planète où ces horribles bestioles n'existent pas (et ne sont pas remplacées par qqchose de plus répugnant!!). ;-)

Isabelle Lauzon a dit…

À Caro : LOL Je n'ai pas peur des araignées, mais j'avoue que je n'aurais pas vraiment envie de m'amuser avec une tarentule... Beurk! ;)

Je pensais comme toi face aux reptiles il n'y a pas si longtemps. Mais comme les vols en partance pour d'autres planètes sont plutôt chers, j'ai décidé d'opter pour une solution moins onéreuse... ;)

Anonyme a dit…

Bravo Isabelle. Et bonne description du processus. Moi j'avais la phobie des araignées, et je m'en suis débarrassé peu à peu par un cheminement semblable. Ça aide d'avoir une blonde qui n'a peur d'aucun animal. Par contre, je n'ai jamais eu peur des serpents.

Joël Champetier

Isabelle Lauzon a dit…

À Joël : Les araignées, vraiment? Et pas les serpents? Ça me semble tellement incroyable quand j'entends les gens me dire ça! À mes yeux, il a toujours été IMPOSSIBLE que des gens puissent ne pas avoir peur de ces bestioles dès leur naissance... :)

En fait, à la base, personne n'a vraiment peur des araignées, souris, serpents... Cette peur s'acquiert avec de mauvaises expériences ou lorsque des gens de notre entourage nous transmettent leur peur.

Au moins, je sais que je n'ai pas transmis la mienne à mes enfants. Ils n'ont absolument pas peur des serpents! :)