11 juillet 2013

On peut en enlever beaucoup et ça tient quand même

Je viens de terminer la lecture de "...Et autres petits mensonges" d'Elisabeth Vonarburg et un passage en particulier m'a accrochée.

En page 9 à 14, le narrateur au "je" de sa nouvelle "La vérité au fond du puits" tente de répondre aux questions de deux visiteurs à sa table de vente.

La première question (du monsieur) est "Pourquoi n'écrivez-vous pas toujours des histoires courtes? Vos histoires sont si longues, d'habitude!"

La deuxième (de la dame) : "Et est-ce que c'est vrai, quand vous dites "je", dans vos histoires?"

La narratrice (Elisabeth? Là est toute la question!) répond par le biais de deux métaphores, dont celle-ci pour la première question (je vous fais ici une version résumée) :

Une petite fille s'amuse avec un tas de sable, en fait un monticule, puis entreprend de creuser un petit tunnel. Elle creuse avec patience, curieuse de voir jusqu'où elle pourra aller. Elle réussit à aller très loin, en retirant délicatement de petites quantités de sable à la fois. Au final, le monticule s'écroule, elle en a trop enlevé, mais ça a quand même tenu longtemps.

Et la petite fille de conclure, à la fin, que ça prend plus longtemps d'agir ainsi que de bâtir des châteaux (de sable), mais on peut vraiment en enlever beaucoup, beaucoup, et ça tient quand même.

Wow. Cette métaphore-là est vraiment venue me chercher. Surtout après l'atelier long, où nous avons appris à manier les narrateurs au "je" et "aligné dans". Bien souvent, ces narrateurs exigent qu'on explique moins et qu'on utilise un style moins détaillé, plus... Comment dire? Pas nécessairement télégraphique, mais moins fleuri, plus court. Et surtout, en mettant le moins possible de causalités (liens de cause à effet, les pourquoi du comment, etc.). En effet, dans la vraie vie et dans notre tête, s'explique-t-on vraiment tout à soi-même dans un long monologue où toutes les causes et circonstances sont décortiquées? Non. Alors il faut faire très attention avec ce type de narrateur, trouver un moyen de présenter certaines informations, élaguer toutes celles qui ne sont pas cohérentes avec le narrateur...

Mais, comme le dit si bien la narratrice d'Elisabeth : On peut en enlever beaucoup, beaucoup, et ça tient quand même.

Si c'est bien fait, le lecteur, qui est un être intelligent, remplira les trous comme il se doit. Pas besoin d'expliquer en long et en large, si en quelques mots bien placés, on réussit à rendre l'émotion ou on évoque un souvenir.

Je dis bien : si c'est bien fait. Ai-je dit que j'en étais rendue là dans ma maîtrise du narrateur en "je", voire même de l'écriture en général?

Ouf! Disons qu'on s'en reparlera dans dix ans, d'accord? ;)

7 commentaires:

ClaudeL a dit…

Métaphore, oui, mais un exemple aurait été plus efficace encore:
d'un côté un long paragraphe de toute une page et sur l'autre colonne, un tout petit paragraphe de quelques lignes. Ça ne prendrait pas dix ans à assimiler le concept.

Sébastien Chartrand a dit…

Ça m'avait beaucoup parlé, moi aussi... en fait, plusieurs nouvelles dans "Vraies histoires fausses..." ou "...et autres petits mensonges" m'ont beaucoup fait réfléchir sur le travail en écriture...

Isabelle Lauzon a dit…

À ClaudeL : Ça aurait fonctionné aussi! Mais je commence à me rendre compte que les métaphores, ça fonctionne bien avec moi! ;)

À Sébas : Ah, je n'ai pas lu Vraies histoires fausses..., je pense! Je vais partir à la recherche de celui-là... ;)

Sébastien Chartrand a dit…

"Vraies histoires fausses..." est aussi bon que "...et autres petits mensonges". Il y a une courte nouvelle SF d'une fille sous la "neige" qui m'a beaucoup fait réfléchir... le titre m'échappe... en tout cas, je te suggère ce recueil !

Isabelle Lauzon a dit…

À Sébas : Super, je vais m'arranger pour le trouver! :D

Gen a dit…

Cette métaphore-là est effectivement très forte... et particulièrement appropriée quand on travaille sur un 1000 mots! ;)

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : C'est sûr que je pensais à toi en écrivant ce billet! À ton texte gagnant chez l'Ermite... Et aussi à Trois coups l'annoncent chez Alibis!

P.S. T'ai-je déjà dit que j'étais ta plus grande fan? LOLOL ;)