1 juillet 2013

La métaphore de la peinture rouge

Parfois, je me sers de drôles de comparaisons pour faciliter mon assimilation de certains concepts abstraits. Ça m’aide à mieux les intégrer dans mon quotidien. 

Par exemple, si je vous dis ces jolies phrases :  

« Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage »
« La perfection n’est pas de ce monde »
« Rome ne s’est pas faite en un jour »  

Ça vous aide, ça vous inspire? Moi, pas vraiment. Trop abstrait.

J’aimerais bien me servir de ces phrases pour en venir à accepter le fait que mes projets littéraires prennent autant de temps avant d’aboutir à un résultat valable, mais ça ne marche pas.  Je n’ai pas d’image en tête. Si vous avez le même problème que moi, je vous suggère ma petite métaphore de la peinture rouge. 

« Que-quoi?!?! », me diront certains. Voilà, je vous explique en quoi ça consiste :

Imaginez un mur blanc lustré, sur lequel vous allez étaler de la peinture rouge translucide. 

Vous imaginez combien de couche il faudrait avant que le mur soit d’un beau rouge opaque? Des couches et encore des couches pour combler les vides, pour amener le tout à un résultat valable. Un peu de sablage pour faire disparaître les coulisses, peut-être. Du découpage en cours de route, l’utilisation de pinceaux ou de rouleaux de différentes grosseurs pour certains recoins… Et des couches, encore des couches pour que ça devienne vraiment rouge et que ce soit à votre goût. Tiens, peut-être n’est-ce pas le bon rouge pour l’éclairage qui tombe dessus. Peut-être devrez-vous recommencer ce mur au complet… Pourquoi pas, s’il le faut? 

Appliquez cette métaphore à l’écriture, c’est pareil. Enfin, pour moi. Je crois bien que cette métaphore est de mon crû, d’ailleurs (sinon, détrompez-moi!). 

Parfois, il arrive que je sois découragée devant l’ampleur de la tâche à accomplir dans les projets littéraires que j’entreprends. Je voudrais que ce soit meilleur, du premier coup, que ça aille plus vite… 

Et là, je ressors ma petite métaphore et je réalise que je voudrais peinturer mon mur rouge d’un seul coup et qu’en plus, il soit beau, opaque et parfait! Mais voyons Isa, c’est IMPOSSIBLE! 

Ah! Me diront certains, il existe sûrement sur le marché des peintures rouges qui ne nécessitent qu’une seule application. On peut toujours rêver, tout comme on peut se dire que certains auteurs n’ont pas à retravailler leurs textes, car ils sont parfaits du premier coup. (Quelqu’un y croit encore, à ce concept?) 

Sauf que ma peinture rouge à moi, elle est très translucide et elle a besoin de plusieurs applications pour arriver à un mur quasi opaque (et encore, hein, on est loin de l’opacité!). C’est comme ça. Je n’en ai pas d’autre. C’est ma peinture à moi, la seule à laquelle j’aie accès. Je dois faire avec ce que j’ai!

N’empêche, j’aime bien ces petites métaphores qui rendent les concepts abstraits très concrets, tout à coup.  

Sachant que je souhaitais l’impossible en espérant que tout soit (trop) facile avec l’écriture, j’accepte mieux le fait que ça doive prendre du temps avant d’atteindre le résultat souhaité. Je me mets moins de pression sur les épaules et ça roule mieux. Et je m’efforce de garder en tête que pour moi, le but premier de l’écriture est le PLAISIR.  

Alors je peinture gaiement. Avec ma jolie peinture rouge très translucide. Parce que je sais qu’à force de mettre des couches, je finirai par être contente de mon mur… un jour!

8 commentaires:

ClaudeL a dit…

Je n'écrirai plus jamais de la même façon. J'te jure. C'est vraiment bien comme image forte. Bien mieux que des proverbes vides.
D'autant que toi et moi (si c'est pas tout le monde) écrivons de la même façon. Encore ce matin, une page mais platte, tellement ordinaire, c'est un rose nananne tellement fade... mais là, je sais que ça peut devenir un beau rouge.
Courage, une autre couche!

Pat a dit…

Tiens, moi c'est quand je peinture que je me dis «C'est comme ton manuscrit, Patrice. Ne te décourage pas!»

Isabelle Lauzon a dit…

À ClaudeL : Bien contente que ma métaphore trouve écho chez toi! Depuis que je m'en sers, je me décourage beaucoup moins. L'important, c'est surtout de ne pas arrêter de le peinturer, notre mur, même si le rose domine... et que le rouge tarde à se manifester! :)

À Pat : LOLOL Tu vois, ça marche dans les deux sens! Un peu comme en mathématiques : si tu es capable de faire la preuve à l'envers, c'est que le concept est bon! ;)

Sébastien Chartrand a dit…

J'adore la comparaison. Faut aussi regarder travailler un sculpteur... fort inspirant de le voir dégrossir sa matière, "retirer le vide", donner forme, affiner les détails...

Hélène a dit…

J'aime beaucoup, ça me restera en tête moi aussi. Mais apprendrai-je un jour à ne pas peinturer à l'acrylique sur de l'huile? Non de non, il faut toujours recommencer!!!

Isabelle Lauzon a dit…

À Sébastien : C'est aussi une comparaison qui fonctionne, sauf que je n'ai jamais sculpté, alors l'image est moins forte pour moi! Tandis que la fichue peinture rouge... Ça, ça me parle! ;)

À Hélène : LOLOL Oh! On finit par apprendre un jour, mais on fait d'autres bêtises en cours de route, alors... ;)

Karine Bergevin a dit…

Pour avoir vécu les deux expériences (la peinture rouge et l'écriture), je dois dire que la métaphore est simplement PARFAITE!

Isabelle Lauzon a dit…

À Karine : Merci! :D En fait, l'idée m'est venue en appliquant de la peinture chez moi (pas rouge, j'ai choisir le rouge par après pour intensifier le concept). J'ai trouvé qu'il y avait un lien à faire avec ça. :)