27 mai 2013

Technique "M + ou - N"

Comme je le disais dans mon dernier billet, je me suis embarquée dans la relecture du livre "Comment écrire des histoires" d'Elisabeth Vonarburg.

Un soir, je suis tombée sur un exercice de déblocage de la créativité (page 119), intitulé Technique "M + ou  - N ". Ça m'a intriguée. Jusqu'ici, j'avais toujours lu ce bouquin en ligne droite ou en abordant certains passages qui m'intéressaient davantage, mais je n'avais expérimenté aucun exercice (ou alors, juste lors de l'atelier court de 2011, suivant les directives d'Elisabeth).

Le lendemain matin de la lecture des contraintes de cet exercice, je n'arrivais plus à dormir. Il FALLAIT que je tente le coup, là, tout de suite. J'ai donc tassé tout le reste (ménage, épicerie et autres joies) et j'ai plongé durant 1 h 25 de pur plaisir.

Je vous lance le défi, si vous êtes du genre à tâter du côté des exercices de déblocage de la créativité. Pour ma part, il y avait bien longtemps, et je dois dire que je vis une certaine forme de blocage depuis quelques semaines, donc ça m'a fait le plus grand bien.

Voici en quoi consiste la technique en question (ça a l'air compliqué au premier abord, mais ça ne l'est pas tant que ça, si on se donne la peine) :

1. On se fixe une règle de départ. Exemple : Nom + 8.
2. Pour chaque nom commun d'un texte donné, on le remplace par le 8e nom de même genre (masculin ou féminin) qui vient après dans le dictionnaire. Si on ne tombe pas direct dessus, on continue la liste jusqu'à ce qu'on tombe sur un mot qui fonctionne.

Pas si facile à expliquer, les exemples sont plus faciles à comprendre. Voici mon texte de départ (tiré au hasard du livre Comment écrire des histoires d'Elisabeth Vonarburg, page 69) :

"Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l'estimable gorille qui préside aux destinées de cet établissement. Il ne parle, en effet, que le hollandais. À moins que vous ne m'autorisiez à plaider votre cause, il ne devinera pas que vous désirez du genièvre. Voilà, j'ose espérer qu'il m'a compris; ce hochement de tête doit signifier qu'il se rend à mes arguments."

Partant de là, j'ai appliqué la règle du Nom + 7, et ça a donné ceci :

"Je crains que vous ne sachiez vous faire entendre de l'estimable gotique qui préside aux destructions de cet étai. Il ne parle, en effet, que le holographe. À moins que vous ne m'autorisiez à plaider votre causticité, il ne devinera pas que vous désirez du génocide. Voilà, j'ose espérer qu'il m'a compris; ce hodographe de tétée doit signifier qu'il se rend à mes argyrismes."

Un peu étrange, je vous le concède! J'ai ensuite décidé d'appliquer les règles du Verbe - 5 et Adjectif + 8 (il n'y en avait qu'un), ce qui a donné ceci :

"Je crachote que vous ne sauviez vous faillir entasser de l'estonien gotique qui préserve aux destructions de cet étai. Il ne parjure, en effet, que le holographe. À moins que vous ne m'autopsiez à plagier votre causticité, il ne dévidera pas que vous désinvestissez du génocide. Voilà, j'oscille espacer qu'il m'a composté; ce hodographe de tétée dévitalise signer qu'il se rencontre à mes argyrismes."

Ah la la! Que c'était rigolo! Partant de cette version, je me suis basée sur un exemple de ce qu'Elisabeth avait fait à partir d'un texte de ce genre. L'idée, d'après ce que j'ai compris, est de se laisser aller. On peut faire éclater le texte, laisser résonner les sonorités en soi (pour ma part, j'ai lu certains passages à haute voix), et voir ce que ça donne. Voici mon résultat final :

"Je crains, honte, que le volte-face ne vienne vous hanter, trouble de l'ex-taulien qui préserve, sale, aux destructions de cette digue. Le parjure, s'il survient, que les eaux le gravent dans le fer. À moi, guerriers, ne songez point à Montopsie, à venger votre cause passée. Ne déviez pas, que des desseins désintéressés investissent vos gênes. Voyez, là, osez détruire celui qui a riposté, humez cette odeur de défaite. Souffrez, viscères suintantes, que se concrétise enfin votre art dans une furie cataclysmale."

En me relisant, j'ai éclaté de rire. Quel exercice amusant, les amis! En tout cas, je dois dire qu'il m'a permis de lâcher mon fou. De lâcher prise, aussi. (Note à moi-même : ne jamais faire lire le résultat à mon chéri, car il risque fort d'être pris d'une subite envie de faire activer le mandat d'inaptitude que j'ai signé il y a quelques années!)

Un conseil, toutefois, si vous décidez de tenter l'expérience : ne trichez pas. Moi, j'ai triché à un ou deux endroits (entre autres : hodographe aurait plutôt dû donner hodjatoleslam, mot que j'ai rejeté parce que je le trouvais trop étrange et que je n'en connaissais pas la signification).

C'était une erreur. J'aurais dû prendre les mots tels quels, comme ils venaient, sans trop essayer qu'ils fassent du sens. De toute manière, à la toute fin, les mots auraient explosé et il aurait été intéressant de voir ce que ça aurait donné.

Et bon, si quelqu'un se met à contrevérifier mes modifications (heu, j'espère que non, qui a autant de temps à perdre? Rire), il se peut que ce ne soit pas parfait dans le respect de la contrainte, mais l'idée n'était pas là. Le but, c'était de jouer avec les mots, d'une manière différente, pour amener certains nœuds dans mon cerveau à se dénouer.

Vous pouvez être certains que je vais bientôt m'amuser à tester d'autres exercices du livre d'Elisabeth! Et je les mettrai probablement en ligne, tiens. En général, ça ne donne pas vraiment des trucs publiables, mais tel n'est pas le but non plus!

4 commentaires:

Hélène a dit…

C'est très drôle! Moi aussi, j'ai lu les enseignements sans faire les exercices, ça me semble long mais je sais bien que ça jette des lumières sur le processus créatif. J'essaierai bien lorsque je bloquerai.

Isabelle Lauzon a dit…

À Hélène : D'habitude, j'ai déjà tellement de projets en cours que je n'ai pas envie de "jouer" avec ces exercices. Mais là, j'ai tout mis en pause, alors j'ai du temps, je m'amuse! Et ouaip, ça aide vraiment à débloquer, je témoigne... :)

Gen a dit…

Je dois dire que ces exercices là m'embêtent plus qu'autre chose, mais c'est très amusant de voir ton résultat! :)

Faut dire aussi que je ne me suis pas souvent retrouvée bloquée. Et même quand ça arrive, j'ai plutôt un faible pour l'exercice de la Nébuleuse. (plus loin dans le bouquin! ;)

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : LOL Oui, je sais que tu n'aimes pas trop ça, les exercices de ce genre! ;)

La nébuleuse, oui, ça fait partie des exercices que je veux approfondir. C'est pas mal utile pour se créer un univers! :D