8 octobre 2012

Y a-t-il un génie dans la salle?

Hier, je parlais de déconstruction, une méthode comme une autre d'arriver à un résultat potable lorsque je planche sur un projet et que tout va de travers.

Mettons les choses au clair : Après quelques publications modestes, je me considère (enfin) comme une auteure, mais certainement pas comme un génie. Que non!

Y en-a-t-il, des génies littéraires? Sûrement. Des gens qui vous pondent un textes incroyablement complexe et travaillé en une demi-heure, sourire aux lèvres et pieds sur la table pour souligner leur contentement? Oui. C'est triste, mais oui, je pense que ça existe.

Maintenant, ces auteurs de génie étaient-ils des génies à la naissance ou le sont-ils devenus à force d'expériences, d'essais et erreurs, de formations, de réflexions et d'années de travail? Ah! Là est toute la question. Ça dépend de l'individu, je suppose.

Pour ma part, il y a longtemps que j'ai compris que je n'étais pas un génie en la matière. Loin s'en faut. J'ai une facilité en français, très bien. J'ai plein d'idées dans la tête qui me hantent depuis mon tout jeune âge et qui s'accumulent dans mes tiroirs, super. Mais de là à être capable, d'un seul coup, de mettre ça sur papier, que ce soit parfait, bien construit, pertinent et cohérent... Pfffffffffff! Permettez-moi de vous tirer la langue!

Pendant un temps, je me suis demandée si un jour, j'allais arriver à un tel degré de professionnalisme et d'intelligence littéraire pour être capable, du premier coup, de pondre des textes de grande qualité, avec le bon narrateur, le bon ton, la bonne psychologie de personnages, la bonne intrigue... Tous ces éléments à la fois et bien d'autres, intégrés de la bonne façon, sans questionnements ni remises en question...

Bon sang, ce serait ennuyeux à mort, non? Où serait le plaisir? (clin d'oeil moqueur ici)

Petite anecdote survenue durant l'atelier court avec Elisabeth V., l'an dernier, où nous avons entre autres choses travaillé plusieurs narrateurs. Justement, à l'époque, j'étais un peu découragée de ma personne. J'avais l'impression qu'inévitablement, pour chaque projet que j'entreprenais, je ne choisissais jamais le bon narrateur en partant. Et je me retrouvais souvent avec la joyeuse option de tout revoir pour arriver à un meilleur résultat... Lors de l'atelier, j'ai demandé (malheur à moi!) à Elisabeth si un jour, on finissait par apprendre à choisir le bon narrateur du premier coup. Elle s'est exclamée (à peu près et en résumé) : "Vous, les jeunes, vous voulez toujours que ça aille plus vite! Il faut expérimenter, essayer diverses choses, pour découvrir la meilleure option!"

Ce jour-là, j'ai compris que j'aurais toujours à travailler fort pour atteindre mes objectifs. Oui, je vais apprendre à mieux me connaître et mes expérimentations feront en sorte (elles le font déjà) que certains choix deviendront plus évidents, plus vite. Mais il n'y aura pas de chemin facile, en ligne droite, avec du soleil mur à mur et des petits oiseaux qui chantent. Mon chemin à moi sera toujours un peu sinueux, plutôt tortueux, avec quelques détours étranges, des nuages et des éclaircies, quelques arc-en-ciel au travers de tout ça.

Si vous êtes un génie, je vous salue bien bas. En ce qui me concerne, je ne rêve même plus d'en devenir un. Et tiens, ce n'est pas plus mal!

***

Ce billet me rappelle ma montée de lait du 11 septembre 2011, qui portait le titre "On ne devient pas écrivain", en référence avec un article du même nom paru à propos de Dany Laferrière... Ne me relancez pas là-dessus, je crois que je ne l'ai pas encore digéré! Ouais, n'est-ce pas, ce n'est pas parce qu'on est un génie que c'est nécessairement gentil de dénigrer les autres... D'accord, j'arrête, je ne vais pas repartir là-dessus! ;)

4 commentaires:

Gen a dit…

Je ne pense pas que de tels génies existent, Isa.

Ou alors, s'ils écrivent leur texte en une demi-heure, pieds sur la table, sans avoir à le revoir, c'est parce qu'ils le cogitent dans ses moindres détails depuis deux semaines. Ils se sont "joué" toutes les scènes et ont déjà décidé quel était le ton, le point de vue, etc...

Ah tiens, faudrait que je fasse un billet là-dessus...

Isabelle Lauzon a dit…

Ah, fiou, c'est une légende urbaine et un mythe, alors? ;)

N'empêche, tu l'as vu, en atelier : certains te pondent un texte super vite et c'est déjà très bon, alors que d'autres (comme moi) mettent un certain temps pour y arriver. Il faut que le cerveau démarre, se désencrasse, tousse un peu, puis enfin il y a quelque chose qui sort... ;) Mais ça, ça doit être une question d'entraînement je suppose : plus on écrit, plus la plume devient aguerrie et plus les idées viennent vite...

Oui, bonne idée, j'aimerais bien que tu écrives un billet là-dessus! :)

Gen a dit…

Oui, mais c'est facile de pondre un texte génial en atelier : souvent on pond juste 300 mots, on sait pas d'où les personnages viennent, où ils s'en vont. On raconte juste UNE scène forte. C'est souvent plus une question d'étincelle créative causée par la contrainte que d'autre chose.

J'pense effectivement que ça vient avec la pratique. ;)

Isabelle Lauzon a dit…

Oui, et en atelier, des fois ça marche bien... et d'autres fois, ça ne veut pas du tout! Et ça arrive à tout le monde je pense, auteur aguerri ou pas. Parfois, la contrainte ne débloque pas grand chose en nous, c'est comme ça... Ou alors, on se force et ce n'est pas génial comme résultat! Mais bon, les ateliers ne sont pas nécessairement là pour produire des textes géniaux non plus!

Comme dans toute chose, je pense que je me mets la barre un peu haute... Au moins, je garde espoir qu'avec de la pratique, ça viendra plus facilement! ;P

Et en attendant, je suis en train de venir à bout de mon fichu chapitre, à force de persévérance! (ça aussi, c'est important!)