26 mai 2012

Notre beau système de santé

Si vous avez eu affaire à notre beau système de santé ces dernières années, vous avez sûrement remarqué qu'il y avait un petit problème quelque part...

Engorgement des hôpitaux. Délais épouvantables pour voir un spécialiste, quasi impossibilité de trouver un médecin de famille, délais, délais, délais, alors qu'on est malade, qu'on attend, qu'on souffre.

Tiens, je songe à mon beau-frère, qui s'est claqué le genou il y a quelques années. Un accident bête. Gros problème avec son ménisque (si quelqu'un ici sait ce que c'est). Chiro, physio, il a tout tenté, mais l'opération est devenue inévitable. Il avait du mal à marcher, à s'endurer, à travailler. On l'a mis sur une jolie petite liste d'attente. En lui promettant que d'ici... bof, un an, un an et demi environ, il aurait passé tous ses tests et eu sa gentille opération. Et là, super, il pourrait enfin retrouver sa qualité de vie. Tout ce temps à souffrir, à avoir du mal à vaquer à ses occupations (il est père de deux enfants et le seul soutien monétaire de la famille, donc il ne pouvait pas arrêter de travailler).

Résultat? Bien, il est allé au privé, évidemment! Pas pour l'opération, mais pour tous les tests, le suivi, le diagnostic. En quelques semaines, il obtenait ses tests et sa fameuse opération. Convalescence, reprise d'une vie presque normale (évidemment, ce type d'opération laisse des séquelles, mais bon, pour ça, il n'y a rien à faire).

Tiens, parlons de l'épouse d'un de mes collègues de travail. Cancer du sein. Stade 2 plutôt agressif. S'ils avaient attendu après notre beau système de santé, elle n'aurait sûrement pas survécu. Mon collègue a pris, à mon sens, la meilleure décision possible : il est allé dans le privé. Cinq mille beaux dollars plus tard (payés par une réhypothèque de la maison) et après quelques semaines d'attente à peine, elle avait eu son diagnostic, elle avait été opérée et elle suivait ses traitements de chimio. Elle est actuellement en rémission et ça se passe bien. Et vive le privé! (que ceux qui me disent qu'on n'a pas un système de santé à deux vitesse aillent se rhabiller!)

Tiens, parlons de mon fils (9 ans). TDA (sans hyperactivité) soupçonné par le pédiatre l'an passé. Médication qui a facilité les choses durant plusieurs mois, mais gros, gros problèmes depuis janvier cette année. Ouf! Je n'en dirai pas davantage ici, c'est trop personnel. Attente de quelques mois juste pour voir le pédiatre. Et là, wow, nous obtenons une superbe référence pour aller consulter en neuropsychologie et le faire évaluer (nous penchons fortement pour un TED, mais ça reste à voir). Dit comme ça, les délais semblent courts, mais nous avons passé par plusieurs étapes avant d'en arriver là. On travaille là-dessus depuis sa maternelle. Tests, délais, rendez-vous, questionnements, hésitations, autres tests, délais. Et là, wow, enfin le papier qu'on attendait! C'est pas mêlant, je l'aurais encadré...

Ah, mais, vous pensez que tout se règle à partir de là? Que non! Le document en question est faxé au CLSC. Voici comment ça marche dans notre beau système de santé : le CLSC reçoit la demande. Après 2 jours, on nous appelle pour nous dire... qu'on nous rappellera dans 3 à 6 semaines pour OUVRIR notre dossier (heu, en passant, j'attends encore après un mois, là). Après (délai inconnu), on nous rappellera pour FIXER un rendez-vous (1-2 rencontres) pour ÉVALUER notre demande. Après avoir pris les informations et PRIS UNE DÉCISION à propos de la validité de notre demande, après tout ça, on aura peut-être le droit d'être SUR LA LISTE D'ATTENTE. Et à partir de là, on m'a déjà parlé d'un an de délai, mais ce n'est pas encore spécifié, hein, on n'a même pas passé la première étape. Faudrait pas pousser. Et en attendant, c'est l'enfer pour mon fils à l'école, on court de tous bords tous côtés pour essayer de survivre en attendant après notre beau système de santé...

Résultat : Bien oui, vous l'aurez deviné, nous sommes allés dans le privé. Même là, il y aurait eu 3 mois d'attente, mais nous avons eu droit à notre petit miracle, bien mérité je pense : 3 semaines après l'appel, notre fils débutait son évaluation. Nous sommes là-dedans en ce moment. En 2 (peut-être 3) rencontres, un diagnostic pourra être établi, peu importe ce qu'il sera. En principe, nous aurons le fin mot de l'histoire le 14 juin prochain, soit avant la fin des classes, à temps pour établir un plan de match pour la prochaine année scolaire, pour trouver des solutions dès maintenant, et non pas dans un an, deux ans.

C'est ça, notre beau système de santé. J'aurais pu vous donner d'autres cas. Vous en voyez sûrement dans votre entourage. Je vois aussi d'autres cas où les gens, n'ayant pas la possibilité d'aller au privé, attendent, attendent, attendent...

Je vais peut-être vous étonner, mais notre société n'est pas parfaite. Si vous trouvez un endroit dans le monde où tout est parfait, donnez-moi sa latitude et sa longitude, j'y emménage!

Certains feront sûrement - c'est inévitable - un rapprochement avec la crise étudiante actuelle. Oui, je sais, ce n'est pas parfait là non plus. Je vous demanderais par contre de ne pas trop élaborer là-dessus ici. Pas que je ne sois pas intéressée, mais entre la gauche et la droite et les inévitables débats qui en découlent, je préfère demeurer au milieu. Je comprends certains points des deux parties. Je ne suis pas d'accord avec certains points des deux parties. Et, (s'cusez, ici, j'aurais mis un sacre mais je me retiens), pardonnez-moi, mais j'essaie de survivre en ce moment. Trop. Juste trop de choses à voir, à penser, à soutenir, à tenter d'améliorer. J'aimerais juste ça, avoir une petite pause. Le rêve du shack en bois rond, toute seule avec des livres et un portable, revient me hanter de temps en temps... Mais ceci est un autre sujet.

Non, rien n'est parfait dans notre belle société. Je songe à ces deux années qui se rajoutent à mon décompte avant la retraite. Moi qui visais le 65 ans... D'accord, 2 ans de plus, ça semble pas si mal, mais ce n'est pas juste!

C'est ça, ce n'est pas juste. Rien n'est juste. Mais c'est comme ça. Certains se battront pour faire avancer les choses. D'autres auront les moyens de contourner le système. D'autres souffriront parce qu'ils n'auront pas ces moyens. C'est ça qui est ça. Chacun réagit à ça à sa façon et selon ses moyens.

C'est drôle, peu importe de quelle façon on regarde ça, j'ai toujours l'impression que je paie, que je paierai toujours et qu'il faudra bien que j'accepte une bonne part des injustices et des aberrations qui existent dans notre société. Imparfaite, mais pas nécessairement pire qu'une autre. Meilleure sur certains points. Pire sur d'autres. Bof.

Pour boucler la boucle avec ce billet plutôt défaitiste (mais rassurez-vous, mon moral se porte habituellement plutôt bien, avec des hauts et des bas occasionnels) :

Dans notre beau système de santé, nous sommes destinés à attendre. Ce n'est pas pour rien qu'on nous appelle... les PATIENTS! (permettez-moi un petit sourire en coin ici!)

Allez, profitez un peu de la belle température, l'été s'en vient... et la fin des classes aussi! OUAIS!!! (je compte les dodos, sti! S'cusez, celui là, je n'ai pas pu le retenir!)

13 commentaires:

Elisabeth a dit…

Une pensée pour toi, ce matin, et un câlin virtuel... parce que je comprends trop bien, autant pour le fiston que le shack en bois rond... xxx

Isabelle Lauzon a dit…

Merci pour le câlin, ma chère, ça fait toujours du bien... :S

Je t'en retourne un à toi aussi, tu le mérites pas mal... Et tiens, un gros câlin à toutes ces mères qui ne l'ont pas toujours facile... :)

Gen a dit…

"j'ai toujours l'impression que je paie, que je paierai toujours et qu'il faudra bien que j'accepte une bonne part des injustices et des aberrations qui existent dans notre société"

Ben, non, on est pas obligés d'accepter. Non, ce sera jamais parfait, mais merde, ça peut s'améliorer.

Pour tous les fistons du monde dont les parents peuvent pas payer, faut que ça s'améliore.

En attendant, je te fais un gros câlin et à Élisabeth aussi, tiens. Je vous admire les filles.

Chantal Moreau a dit…

Moi qui vois beaucoup de ces choses que tu fais pour ton fils, je sais qu'il est vraiment privilégié de t'avoir comme maman. Il n'est pas tout seul et vous êtes beaux à voir ensemble. Reste forte malgré les injustices et aberrations dans notre société, car il y en aura toujours... malheureusement... Je serai toujours là pour t'écouter et t'aider si nécessaire. Bon courage Isabelle.

Hélène a dit…

Oui, bon courage Isabelle, je sympathise. Pas facile, et il y a des décisions pas évidentes à prendre là-dedans pour le bien-être de nos enfants. J'espère que vous trouverez toute l'aide dont fiston aura besoin avant la prochaine rentrée, au moins l'année scolaire arrive à sa fin, petit répit en perspective. Bonne chance.

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : La différence entre toi et moi, c'est que toi, tu as encore de l'énergie pour te battre... (Ah! Vive la jeunesse!) Bien, moi, je n'y crois plus vraiment. On se bat pour arranger les choses d'un bord et ça se déglingue de l'autre. C'est triste, mais mon énergie, je n'en ai déjà pas assez pour accomplir le minimum au quotidien... :S

Hé! Ton admiration fait du bien, ma chère! Elisabeth et moi, on fait juste ce qu'on peut avec ce qu'on a... en donnant notre maximum! :)

À Chantal : Toutes ces choses, ouais... Pourquoi ai-je l'impression que ce n'est jamais assez, qu'il faudrait en faire plus? En tout cas... Merci pour ton écoute et ton soutien, ta présence m'est précieuse! :)

À Hélène : Pas évident, non, mais je préfère être en mode solution et décision plutôt qu'en mode attente! Merci pour tes bons voeux! :)

Caro a dit…

Bon courage! J'ai malheureusement lu très récemment qu'il y aurait des coupures dans la santé de 80 millions de dollars. Avec des cas comme le tien, sans oublier une population vieillissante, c'est inquiétant. J'espère que vous obtiendrez du soutien rapidement et que la prochaine année scolaire verra une belle amélioration!!!

Grand-Langue a dit…

Les 12 travaux d'Astérix, voilà l'image de notre système de santé, de nos trop nombreux systèmes gouvernementaux.

Je ne sais pas quoi dire de plus, nous compatissons. Je sais, ça n'aide pas beaucoup mais sachez que nous vous entendons.

Grand-Langue

Isabelle Lauzon a dit…

À Caro : D'après ce que je vois, le soutien, faut pas mal aller le chercher nous-mêmes et le payer de notre poche si on veut l'obtenir avant que je sois en âge d'être grand-mère... Heureusement, nous avons des assurances! Mais si mon fils obtient un diagnostic de TED (si c'est ça, rien n'est certain), oui, là, le système nous offrira des ressources (genre : un 4 h par semaine avec une éducatrice spécialisée à l'école). Sinon, c'est nada, on n'a rien... Merci pour tes bons voeux!

À Grand-Langue : Ah oui, ce fameux passage du "laissez-passer A-38" dans Astérix!!! On n'en est pas loin des fois... Bof! Il n'y a pas grand chose à dire, c'est ça qui est ça. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a... :)

Isabelle Simard a dit…

Il y a 14 ans, le système de santé avait entamé une grosse restructuration afin de régler une partie des problèmes. Ils appellaient ça le virage ambulatoire. Ça prennait des couilles d'acier au gouvernement de l'époque pour l'entreprendre et ils l'ont entrepris. MAIS!!! Le gouvernement qui a suivi, n'a pas donner les moyens aux institutions pour le compléter.
L'objectifs, envoyer les petites urgences dans les CLSC. Mais l'étape où en était, il fallait que les CLSC engagent des médecins et achètent le matériel pour ces petites urgences. Le projet ambitieux a tourné au vinaigre et empiré les problèmes du réseau. Voilà ce que ça donne quand on veut trop vite et qu'on ne se donne pas le temps.

Isabelle Lauzon a dit…

À Isabelle : Intéressant comme rétrospective! Et au final, c'est qui qui écope encore, hein, c'est qui? :S

Isabelle Simard a dit…

Je sais bien, mais si la restructuration a été jusqu'au bout, ça aurait été efficace. Les rhumes, les grippes, les pneumonies mineures, les entorses et tout ce qui va normalement en sans rendez-vous au CLSC plutôt que dans les urgences. Les gens consultent plus rapidement et évitent les problèmes majeures et donc on a un résultat à longtemps terme. Mais la politique étant ce qu'elle est,...

Isabelle Lauzon a dit…

À Isabelle : C'est sûr que c'était une bonne idée au départ. Mais comme tu dis, entre les idées et la réalité politique... :S