24 octobre 2011

Un sujet drôlement d'actualité!

Lundi dernier, j’ai assisté à une conférence qui portait sur un sujet ancien, mais qui est devenu drôlement d’actualité cette semaine.

La conférence en question s’intitulait « Ma vie comme journaliste d’enquête sur la pègre et la corruption », avec Jean-Pierre Charbonneau.

Voyez-vous le lien? Vous serez d’accord je pense, il serait difficile de ne pas faire de parallèle avec les manchettes des journaux... (pour ceux qui vivraient dans une grotte et ne sauraient pas de quoi je parle, un petit aperçu ici).

Commençons par la question la plus importante : Qui est Jean-Pierre Charbonneau? Vous résumer son parcours dans ce billet qui n’en finit plus de s’allonger serait difficile… Tiens, allez faire un tour sur Wikipédia, vous y trouverez un résumé (incomplet bien sûr). Le site suivant est probablement une meilleure source : http://www.orizon.ca/conferenciers/jean-pierre-charbonneau.htm

La carrière politique de Jean-Pierre Charbonneau n’était nullement en cause lors de cette conférence. Le sujet majeur : ses activités en tant que journaliste d’enquête au journal Le Devoir durant les années ’70. Ça date, me direz-vous : étonnamment, on aurait cru à certains moments qu’il relatait des événements survenus hier. Étrange, de voir à quel point l’histoire se répète parfois…

Passage spectaculaire de sa carrière journalistique : il s'est fait tirer dessus parce qu'il parlait un peu trop de la mafia. Ce qui ne l’a nullement empêché de poursuivre sur sa lancée. La témérité de la jeunesse, comme il le dit si bien…

Comment résumer une telle conférence? C’est impossible. Alors qu’elle devait au départ durer 1 h 30, nous avons été subjugués par M. Charbonneau durant 2 h 30… et nous en aurions repris encore, mon conjoint et moi. Si ce n’est de nos pauvres enfants qui nous attendaient à la maison pour aller se coucher (un soir de semaine, parents indignes!), nous serions restés plus longtemps sur place. J’aurais aimé avoir le temps de remercier M. Charbonneau pour cette superbe soirée passée en sa compagnie. J’aurais aimé avoir le temps d’acheter l’un de ses livres, surtout La filière canadienne. Je crois bien que ce sera l’un des cadeaux de Noël de mon chéri, ça… Chut! Ne lui dites rien! (Hihi! Il ne vient jamais ici, alors je ne suis pas trop inquiète!)

Allez, je m’essaie à vous donner quelques détails sur la conférence. (Par contre, je vous souligne avec un gros marqueur rose fluo que M. Charbonneau fait le tour des bibliothèques du Québec… Alors ne vous gênez surtout pas pour le recommander chaudement à votre bibliothécaire!)

Dans les années ’70, grâce à ses sources dans le milieu policier, M. Charbonneau a été en mesure de dévoiler dans Le Devoir des magouilles de toutes sortes. Il a fait étalage de preuves de corruption, de collusion, de patronage et autres malversations de gens qui oeuvraient dans les hautes sphères du milieu municipal ou gouvernemental... Il a ouvert les yeux de la population et ses articles ont mené à l'ouverture d'enquêtes publiques.

Et nous, durant toute la conférence, nous avons eu le privilège d’entendre l’histoire derrière ces articles, derrière ces noms qu’on nous enseigne à l’école. Par exemple, Pierre Laporte n’était peut-être pas nécessairement un ange… et certaines enquêtes ne sont peut-être pas toujours poussées à fond pour connaître toute la vérité…

Si je retiens un élément dans les propos de M. Charbonneau, c’est cette déclaration :

« Ce que les gens ne comprennent pas toujours, c’est que les enquêtes publiques ne sont pas nécessairement conçues pour mener à des condamnations. Elles servent surtout à connaître le mode de fonctionnement de certaines organisations, à comprendre comment elles opèrent. »

Si on se tourne vers le passé, certaines commissions ont donné de bons résultats, d’autres non. Selon M. Charbonneau, il s’agit avant tout d’une question de « colonne » chez celui qui préside l’enquête. Tel juge de commission versus tel autre ne donnera pas le même résultat au final… c’est un facteur humain à prendre en considération.

Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’une fois que la vérité est mise à jour, les coupables ne peuvent plus opérer comme avant. Même s’ils ne reçoivent pas nécessairement une condamnation, leurs noms sont connus, leurs visages sont pointés du doigt. Certaines enquêtes publiques ont brisé des hommes. D’accord, d’autres n’ont rien changé pour d’autres. Il n’y a rien de parfait.

De toute manière, le cycle de la corruption se perpétue à travers les époques. C’est humain, c’est comme ça.

« On a beau épousseter, la poussière revient toujours. Mais ce n’est pas une raison pour arrêter de faire du ménage », nous disait Jean-Pierre Charbonneau.

Cette conférence m’a apporté un grand bienfait : je crois bien que j’observerai dorénavant les futures enquêtes publiques avec davantage d’indulgence. Parce qu’il faut comprendre avant d’accuser. Parce qu’accuser (ou se venger, ça peut être vu comme ça) n’est pas toujours la meilleure solution. Dans un contexte de société, il importe avant tout de comprendre, pour ensuite pouvoir trouver des solutions.

Mais par-dessus tout, il faut des hommes comme Jean-Pierre Charbonneau, qui creusent, qui fouinent et qui crient haut et fort leurs découvertes. Ainsi, la population peut être informée. Ainsi, elle peut comprendre, réagir, se mobiliser. Il n’y a pas de solution facile, mais il faut bien commencer quelque part!


Publications de Jean-Pierre Charbonneau :

2007 - À découvert
1978 - L'option (avec Gilbert Paquette)
1975 - La filière canadienne

4 commentaires:

ClaudeL a dit…

Je l'écoute tous les midis à RDI, émission Les Ex. Je lui préfère Liza Frulla, mais je l'aime bien aussi.

Isabelle Lauzon a dit…

À ClaudeL : Oui, c'est vrai, il est à cette émission, mon conjoint me l'avait dit. Je ne sais pas ce qu'il vaut en tant qu'animateur, mais en tant que conférencier, je l'ai trouvé très compétent. Il a une mémoire phénoménale pour les noms et les dates, ça m'épate. Et aussi, il a un grand talent pour la vulgarisation. Les liens étaient faciles à faire, vu qu'il nous remettait en contexte pour nous illustrer les situations. Vraiment excellent! :)

Gen a dit…

C'est lui qu'on devrait engager comme commissaire pour la commission d'enquête publique ne cours! lol! :p

Farce à part, j'avais déjà lu de ses écrits et oui, il est trippant!

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : Effectivement, je voterais pour lui pour cette commission! Ils auraient de la misère à lui en passer des petites vites... ;)

J'ai hâte de le lire pour voir si c'est aussi bon que de l'entendre raconter en vrai! :D