22 septembre 2011

Pourquoi t'écris pas un roman?

Cette fois-ci, la question m'a été posée par ma fille, sur un ton agacé, presque accusateur. Lancée sur le sujet, elle a enfoncé le clou :

"Pourquoi tu ne travailles pas sur ta série sur les sorciers? Pourquoi est-ce que tu n'écris pas des romans, plutôt que de travailler sur des nouvelles? C'est tellement plus cool, de publier un roman... Au moins, tu pourrais faire des salons du livre, toi aussi, comme tes amis!"

Comme d'autres personnes de mon entourage, ma fille trouve que je suis trop sévère avec moi-même. Elle pense que je souffre d'un complexe d'infériorité. Que je n'écrirai jamais un roman, parce que je ne trouverai jamais que je suis assez bonne pour ça.

Bon. Il y a quelques mois, j'aurais été remuée par ce genre de discours, je me serais remise en question. Mais depuis, j'ai compris beaucoup de choses. Sur moi, sur le cheminement que je souhaite avoir, sur ma réalité, sur mon évolution.

La réponse que j'ai faite à ma fille m'a fait penser au récent billet de Jonathan Reynolds (à propos des raisons qui le poussent à écrire des romans jeunesse) : Je fais ce que j'ai envie de faire.

Voilà, c'est simple. En ce moment, je n'ai pas envie de m'embarquer dans un gros projet. J'ai trois projets de nouvelles sur le feu, des projets qui attendent depuis bien longtemps. J'ai enfin trouvé comment les écrire, comment terminer ce que j'avais commencé. C'est ce que j'ai envie de faire. Pour l'instant du moins. Parce qu'au moins, ainsi, j'arrive à terminer quelque chose.

Ensuite? Oui, je replongerai sûrement dans l'un de mes quelques projets de romans qui dorment dans mes tiroirs. Un jour, pour eux aussi, j'aurai la réponse et je terminerai ce que j'ai commencé. Et même si ça prend encore des semaines, des mois, des années, je n'ai pas peur, je ne suis pas inquiète. Je sais que j'y arriverai. Ce n'est qu'une question de temps.

Ma fille est encore trop jeune pour comprendre ma vision des choses : je ne suis pas pressée. J'ai des choses à apprendre, des leçons à assimiler. Et depuis quelques semaines, je commence à me dire que ça s'en vient. Que bientôt, je me sentirai davantage prête à m'investir dans de gros projets.

Personne ne pourra être prêt à ma place. C'est à moi de décider. Et en écrivant ceci, je suis extrêmement sereine. J'ai fait la paix avec mon esprit de compétition, mon ambition de publier rapidement. Je prends mon temps parce que jusqu'à preuve du contraire, j'ai tout mon temps devant moi!

Et puis, entre le boulot, les enfants, le chéri, la maison, les chats... il faut aussi que je reprenne mon souffle, que je conserve mon équilibre. C'est primordial, l'équilibre.

Écrire, ça m'apporte un bien fou. Me sentir obligée d'écrire, ça tuerait ma passion. Alors je m'arrange pour demeurer dans le plaisir, dans l'énergie positive de la création. Jusqu'ici, ça ne m'a pas trop mal réussi!

10 commentaires:

Isabelle Simard a dit…

=) Bonne réponse.

Pat a dit…

J'espère qu'elle a été privée de dessert ;)

ClaudeL a dit…

Probablement que ta fille est comme bien du monde: ça l'impressionne quelqu'un qui écrit des romans, quelqu'un qui va dans les Salons du livre. Culte du vedettariat. Pas beaucoup à voir (pour ne pas dire rien) avec la réalité
Demeure réelle, authentique, toi même. Va à ton rythme.
Et puis des nouvelles, ça finit souvent par faire un livre...

Gen a dit…

J'pense que Cocotte aimerait bien pouvoir se péter les bretelles qu'elle a une mère écrivaine! ;) Pauvre tite... la découverte de la réalité sera dure pour elle quand tu auras publié! :p

"Quand" et non "si", parce que oui, ça s'en vient, j'en suis sûre moi aussi.

T'es plus sûre de ta plume et, surtout, j'pense que tu commences à réaliser que ça sera jamais parfait.

Mais mautadine que je te comprends de pas avoir envie d'écrire un gros projet! La suite de Hanaken, j'y travaille un peu à reculons là...

Lordius a dit…

Une nouvelle est un sprint, un roman est une épreuve d'endurance, un marathon.

Isabelle Lauzon a dit…

À Isabelle : La réponse aurait même pu être plus longue, mais à quoi bon? À cet âge là, ils n'écoutent pas vraiment... :)

À Pat : LOLOL! Bon sang, je viens de me rendre compte que je suis vraiment, mais vraiment une mauvaise mère! Non, elle n'a pas été punie... :D

À ClaudeL : C'est drôle, mes proches (non auteurs) me poussent fortement dans la voie du roman... (ouais, kossé ça donne de publier dans des revues que personne ne connaît?) Je m'attendais presque à me faire "varloper" par les gens du milieu en écrivant ce billet... Mais non, on dirait bien que quand on est dans le bain nous aussi, on comprend un peu mieux tout ce que ça implique... :) Ah! Et aussi, je ne vais pas écrire un livre pour les autres. Quand je vais le faire, ce sera pour moi. Parce que c'est moi qui vivrai avec la direction littéraire, la réécriture et les critiques! :)

À Gen : Toi, c'est triste, mais tu es rendue dans l'étape de l'obligation, des attentes des autres... Je résiste le plus longtemps possible à ça! Le temps que mes enfants grandissent encore un peu, peut-être... Mais là, je pense que je suis pas mal prête à plonger. Ne reste plus que quelques projets de nouvelles sur la liste, et ensuite... qui sait? :D Mais en ce moment, je suis LIBRE!!! Et non, je ne vais pas hypothéquer tout mon temps libre à me crever pour un roman, si c'est pour les autres... Quand je le ferai, c'est parce que j'aurai une pulsion. J'en ai déjà eu, des comme ça. Ce n'est pas parce que je n'ai pas achevé de roman que je n'ai rien accompli, que je ne sais pas ce que c'est, de travailler sur un gros projet... Et un jour, il ne me restera plus qu'à terminer tout ça et à soumettre! :D

À Lordius : Hé! Bien dit! J'aime bien cette comparaison. Présentement, je crois que je suis une meilleure sprinteuse qu'une marathonienne...

jeanbateau a dit…

Dame Isa
Une réponse d'adulte à une question innocente d'enfant. Innocente comme les enfants savent ne pas l'être tout en l'étant.
C'est juste que l'adulte dans ce cas-ci ne sait pas comment réagir. En fait, l'adulte (= dame Isa) se croit obligée de répondre. Dit autrement, dame Isa se pose la même question alors elle doit se répondre. Beau prétexte. La question était innocente il va sans dire. La réponse l'est tout autant en autant que dame Isa est l'innocence même selon moi. Ceci dit dans le sens le plus pur du terme. Dame Isa, je crois en toi et plusieurs aussi et toi aussi. Tu es un pure et ... douce. Mauvais sort, je n'apprécie pas à sa juste valeur la SF. Mais longue vie à l Sf de dame Isa. Pour moi c"est comme le jazz (SF) et le blues (SP). Je suis blues. Mais je sais reconnaître le talent.

Isabelle Lauzon a dit…

À Jean : Je ne suis pas tout à fait d'accord pour l'innocence de la question... Des adultes me l'ont posée... Et oui, je me la suis posée aussi. Chaque fois que ce sujet est remis sur le tapis, je réagis, je réponds. Parce que je suis toujours ouverte à la discussion et que je suis toujours disposée, dans la plupart des domaines de ma vie, à revoir mes priorités, ma vision, mes convictions. Faire des bilans, c'est mon dada! ;)

Merci pour les bons mots! Et si ça peut te consoler, je ne suis pas que tu côté de la SF. J'aime le policier et le noir aussi. Je tâte parfois du côté du général. J'aime bien le fantastique. Je vais parfois visiter le jeunesse, l'épouvante. Bref, on ne sait jamais... je pourrais tomber dans ta palette un jour! ;)

Chantal Moreau a dit…

Moi, Chantal, qui ne cesse de s'épater de tes idées d'écriture et de ta plume, je m'engage à être là pour t'encourager, peu importe ta voie... :)

Isabelle Lauzon a dit…

À Chantal : Aaaaaahhh! Merci pour ton soutien inconditionnel!!! Mais quand même... avoue... tu seras bien contente, hein, quand je vais le sortir, mon premier roman!!! :D