11 septembre 2011

"On ne devient pas écrivain"

J'aime autant vous le dire tout de suite, quand j'entends des phrases comme ça, j'ai juste envie de péter ma coche!!!

Voici ce que nous dit Dany Laferrière (L'actualité, 15 septembre 2011, page 62) :

"Si nous sommes en présence d'un véritable écrivain, il n'a pas besoin de conseils. Et s'il n'est pas bon, les conseils retarderont le moment où il s'en rendra compte."

Selon lui, on peut apprendre à mieux écrire, comme on peut apprendre à mieux faire de la photo.

"Mais on ne peut apprendre à devenir un écrivain. Être écrivain, c'est avoir un type bien particulier de présence au monde. C'est échapper à l'accélération du temps. C'est à la fois être en mouvement constant et être immobile, disponible, présent au présent."

Bouillie pour les chats. Désolée, mais je n'adhère pas à ce genre de théorie.

Stephen disait quelque chose de semblable dans Écriture. Un bon écrivain ne pourrait pas aspirer à devenir un grand écrivain, de même qu'un mauvais écrivain ne pourrait jamais aspirer à devenir un bon écrivain... (ou quelque chose dans le genre, je n'ai plus ses termes exacts)

Hé! Facile de dire ça quand on est au sommet, hein?

D'accord. Je me calme. D'accord, certaines personnes naissent avec des talents particuliers, une facilité dans certains domaines. D'accord, d'autres personnes ne l'auront jamais, cette facilité, et auront beau travailler très fort, ils ne seront jamais aussi talentueux que d'autres.

Mais vous, croyez-vous que tout soit déjà décidé à l'avance, inéluctable, coulé dans le béton? Que peu importe nos efforts, on ne pourra jamais évoluer, devenir meilleurs, atteindre nos rêves, si on n'a pas déjà 95% de talent en soi, qui ne demande qu'un petit peu d'effort conscient pour atteindre le sommet?

Bouillie pour les chats!

Je pense qu'avant tout, il s'agit d'une question d'intérêt. Ou, peut-être plus, une question de but. Si écrire est en relation directe avec un besoin de notoriété, de succès, de richesse, alors là, oui, il se peut qu'une personne n'ait pas en elle ce qu'il faut pour réussir dans le monde de l'écriture. Elle ne mettra pas ses efforts à la bonne place. Elle n'ira pas puiser en elle les bonnes ressources pour réussir, parce que son but, au départ, sera biaisé.

Mais quelqu'un qui veut vraiment? Qui a en lui cette fibre, ce besoin vicéral d'écrire, sans savoir nécessairement d'où il vient (ou peut-être que oui, ça peut être conséquent avec son expérience de vie, un certain passage marquant de sa vie, que sais-je...). Cette personne, si elle n'a pas le facteur XYZ dans ses gênes, on oublie ça, elle ne réussira jamais?

Vous en pensez quoi, vous?

Est-ce que tout est joué à l'avance?

Ou bien peut-on, à force de persévérance, de détermination et d'expérience, devenir un bon écrivain, même si au départ, on en arrache un peu, on a besoin de conseils, d'expérimentation?

En gros, la question pourrait se résumer à ceci : Nait-on écrivain ou le devient-on?

23 commentaires:

claudel a dit…

Je veux croire qu'on le devient. Ceux qui disent qu'on l'est ou pas, c'est que pour eux, ce fut d'une certaine façon un chemin facile à emprunter. Comme les premiers de classe qui n'avaient pas besoin d'étudier. Ce ne fut jamais mon cas.

Isabelle Simard a dit…

(Incapable de laisser de commentaire avec mon compte Google.)

Je crois que c'est un peu des deux. Il faut avoir l'affinité et la volonté. Par exemple, demandez-moi pas de faire un changement d'huile sur mon auto même si on me l'a déjà demandé. Et vice-versa, demandez pas à mon homme d'écrire une nouvelle, il sait comment, mais n'a aucune imagination.

Lucille a dit…

Contente que tu en parles ! Moi, les grandes théories de Dany Laferrière, j'ai ben de la misère à y adhérer. Honnêtement, il me tape sur les nerfs, avec ses airs de grands philosophes. J'aime pas Dany Laferrière. Alors, tout ce qu'il dit me laisse froide, complètement !

Je crois que c'est comme tous les métiers de la terre : avec du temps, de la patience, beaucoup d'effort et surtout une bonne discipline (qui me fait grandement défaut), on peut arriver à faire n'importe quel travail/hobby/activité/réalisation/rêve que ce soit.

Et surtout, je suis convaincue qu'on a besoin d'encouragement (beaucoup d'encouragement) pour y arriver. Alors, c'est pas avec des commentaires comme ça que de futurs écrivains vont pouvoir performer et croire qu'ils peuvent aussi avoir leur place au soleil.

Bon, après ma petite montée de lait... j'vais aller prendre ma marche quotidienne ;)

Gen a dit…

Je crois effectivement qu'on naît écrivain, mais pas au sens où Laferrière le dit.

Je pense que la pulsion, l'envie d'écrire, on l'a ou on l'a pas. Et que c'est là que réside la différence entre un écrivain et un non écrivain. Plus la pulsion est forte, plus on va travailler, retravailler, reretravailler, malgré les obstacles, les lenteurs et les difficultés (et on aura besoin de personne pour nous dire de le faire).

Mais si la pulsion est pas assez forte, alors tous les conseils du monde ne serviront à rien.

King, c'est un autre débat. Il disait qu'il y a des écrivains géniaux et les autres. Qu'un mauvais écrivain peut travailler à devenir bon, mais qu'un bon écrivain ne sera jamais génial. Je suis pas sûre que je suis d'accord... mais King dit ça alors qu'il ne se considère pas génial du tout.

Lordius a dit…

Moi aussi je pense qu'il faut les deux : un don et du travail.

Je te propose un échange de liens.
Mon blog :
http://lordius1er.blogspot.com/

Isabelle Lauzon a dit…

À ClaudeL : Tu vois, c'est un peu ça mon point : j'ai moi-même été une première de classe (très souvent mettons) et j'ai eu une amie qui elle, bûchait tellement dur pour avoir un petit 60-70 %!!! Eh bien, moi, j'ai fait un DEP en secrétariat et elle, elle se dirigeait vers le Cegep. Je l'ai perdue de vue, mais qui dit qu'elle ne s'est pas rendue à l'université? Donc, j'avais une facilité au départ, mais la persévérance a fait toute la différence...

À Isabelle S. : OK, là, je suis d'accord : mon chéri n'a aucun, mais aucun intérêt envers l'écriture. Et ne me demande pas à moi non plus de faire un changement d'huile. OK, on a des intérêts au départ. Mais justement, quand un domaine nous intéresse, n'est-on pas porté à investiguer plus loin, à se documenter, à pousser nos connaissances, à devenir meilleurs? OK, j'avoue que depuis mon enfance, j'ai un quelque chose de dérangé dans le cerveau, une case qui n'arrête pas d'inventer des histoires de toutes sortes, qui me fait rêver à ces histoires, qui m'obsède... L'imaginaire était là. Mais le volet "écrivain"? C'est un moyen comme un autre d'explorer son imaginaire! J'aurais pu peindre ou faire du théâtre, non?

Isabelle Lauzon a dit…

À Lucille : BON! Je ne suis pas l'unique personne à demeurer froide devant le "génie" de Dany Laferrière alors??? Je suis d'accord avec toi : à force de persévérance, d'encouragements, de travail, on peut faire des miracles! Non, on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais IL Y A DE LA PLACE POUR TOUT LE MONDE AU SOLEIL! (ça, c'est une phrase qui me revient souvent en tête!)

À Gen : Bon, je te concède ça : on naît peut-être avec un certain gène d'écrivain quelque part. Même si je ne me suis décidée à écrire qu'à 29 ans, j'ai tout un bagage d'histoires non écrites derrière moi... Une sorte de folie qui ne voulait pas passer et que personne autour de moi n'avait. D'où la persévérance, d'où le travail. Parce que quelque part, ce n'est peut-être pas vraiment un choix. On choisit d'écrire, mais on ne choisit pas d'avoir toutes ces histoires qui nous roulent dans la tête!

Et pour King : C'est quoi alors, un écrivain génial? Ça existe encore de nos jours? Les anciens, ceux qui ont défini la littérature classique, eux pouvaient facilement être considérés comme "géniaux". Mais aujourd'hui, ça représente quoi? Je peux écrire quelque chose de populaire qui se vendra à des milliers d'exemplairs et je ne serai pas géniale pour autant. D'un autre côté, je peux écrire quelque chose de génial, de sublime, et n'en vendre que 100 exemplaires, faute de public intéressé... Donc, qu'est-ce qui définit le vrai génie? C'est tellement subjectif... OK, Stephen King ne se considère pas comme un écrivain génial... Qui l'est, alors?

Isabelle Lauzon a dit…

À Lordius : Voilà, c'est fait! Je t'ai mis dans mes blogues préférés et dorénavant, je vais te suivre. À ton tour! ;)

Chantal Moreau a dit…

Moi je pense qu'il faut un mélange de ces trois choses: un intérêt, un talent dans l'écriture et du travail. Quand Dany Laferrière dit que l'écrivain n'a pas besoin de conseil, il y a va un peu fort. Tout le monde peut s'améliorer selon moi.

Isabelle Lauzon a dit…

À Chantal : C'est bon ça : un mélange des 3! Pour Dany Laferrière, ses propos donnent l'impression qu'il a son talent en très haute estime... Et un moment donné, trop d'estime de soi, ça peut aussi nuire!

Je suis comme toi, je pense que tout le monde peut s'améliorer. C'est ce que j'essaie de faire. Chaque jour. Alors me faire dire que si tu n'as pas déjà ce qu'il faut, tu n'arriveras à rien, ça, ça me fait enrager!!! Et ça me donne envie de travailler plus fort, de me dépasser encore plus, pour faire mentir ces gens qui nous disent qu'on n'y arrivera pas...

Gen a dit…

Je crois que l'écrivain génial, c'est celui qui fait tripper les autres écrivains! lol! ;)

François Bélisle a dit…

Ça mérite un billet de blogue...

jeanbateau a dit…

Il y a aussi l'époque, la mode, une conjoncture, un alignement de planètes, le talent naturel, les moyens technos et bien sûr l'inné et l'acquis. Si on n'a pas de prédispositions au départ, on oublie ça. Le terme écrivain est générique. Il y a d'excellents écrivains scientifiques aussi. L'écriture journalistique. La poésie. Les innombrables styles qui varient aussi selon les époques et les besoins de société. Stephen King il y a 100 ans ou dans 100 ans???
On peut naître avec un QI x et le développer énormément ou avec un QI X+++ et peu le développer. Qui sait? Est-ce que c'est d'être populaire? Est-ce que c'est d'être reconnu par ses pairs? La musique la plus populaire c'est le country. Vous aimez?
Philippe Gilbert vient d'être sacré champion cycliste mondial en gagnant le Grand Prix de Québec vendredi dernier. Il est arrivé 3ième dimanche au Grand Prix de Montréal. Est-il né sur une bicyclette? Reste qu'il serait difficile d'imaginer un nain champion au basketball. Pourtant en politique ...

Gabrielle Syreeni a dit…

Grrrr... Entendre cela revient à me dire « On ne nait pas artiste ». C'est ridicule. Oui, certains ont un talent inné plus que d'autres, mais le métier s'apprend par la pratique et l'accumulation de connaissances, ça c'est pas quelque chose d'innée.

Être écrivain c'est écrire. Peu importe quoi, tant que l'on écrit, on s'approche toujours un peu plus de notre rêve.

Dany Laferrière, il est pas dans le monde. Rien qu'à voir comment on l'adule de part et autres. C'est comme s'il venait d'ailleurs, d'un ailleurs que tout le monde idéalise et aimerait provenir.

Ah tiens, je n'avais pas lu ça de Stephen King.

Tu sais Isabelle, tout le monde a sa chance de percer dans le domaine. Qu'il soit médiocre ou non. L'écrivain médiocre ne publiera pas nécessairement dans les grandes maisons littéraires (plutôt élitique), mais pourrait le faire dans de plus petites, celles qui ont une vision similaire à lui, de ce qu'est l'écriture. Y'a sûrement eu dans l'histoire de la littérature des cas flagrant.

Par exemple, il y a un type de poésie que je n'aime pas beaucoup. Le type qui fait haiku, sans être un haiku. Des fois, c'est beau, c'est mélodieux, des fois, on se demande où ils ont cherché les idées tellement ça ne se mêlent pas, des fois, on dirait que les idées sont lancées de même sans avoir été retravailler. Je n'aime pas ça et pourtant, il y a bien un public pour ce genre de chose. C'est ce que j'ai compris lorsque j'ai voulu suivre un cours de poésie pendant mes études.

Annie Bacon a dit…

Très intéressant billet!
Mon mari a une théorie sur la réussite, que ce soit comme auteur ou dans n'importe quel métier:

Temps + Talent + Travail = succès.

Les trois sont nécessaires, mais la quantité de chaque ingrédient est spécifique à chaque personne.

Gabrielle Syreeni a dit…

Il a aussi un aspect du métier d'écrivain que j'aimerais clarifier. Monsieur Terry Brook a écrit dans un essai sur comment écrire de la fantasy qu'il y avait une différente entre «être un auteur» et «être un écrivain». Isabelle les décrit chacun très bien dans son billet. L'écrivain c'est celui qui écrit pour son art, pour arriver à ses fins et que ses valeurs soient publicisées pour un monde meilleur, même si ce qu'il fait lui rapporte peu. L'auteur, c'est celui qui écrit pour faire du cash.

Peut-être que monsieur Laferrière fait partie de ce lot-ci, ça explique les paroles qu'il entretient.

Frédéric Raymond a dit…

Avant la naissance des filles, on passait plusieurs soirs par semaine à danser (danse sportive de type ballroom, genre valse lente, tango, quickstep, fox-trot et autres). J'adorais m'entraîner pour ça. Mais je progressais LENTEMENT... Si lentement... On voyait d'autres couples avec moins d'expérience qui nous dépassaient sans trop d'effort. Je n'aimais pas moins danser pour autant, mais j'ai compris une chose. Même si je persévérais, je devrais mettre plus de travail que beaucoup d'autres pour arriver au même résultat. Et mon plafond serait plus bas aussi. J'ai quand même persévéré, jusqu'à ce que le coût d'option soit trop cher (avec les enfant...)

Je crois que ça peut être la même chose pour l'écriture. On peut aimer et persévérer. Atteindre une qualité intéressante. S'améliorer lentement... Mais pour certains ce sera plus long que d'autres. Et certains n'atteindront jamais un niveau suffisant être compétitifs sur le marché littéraire Ça ne les empêchera pas d'aimer écrire, de persévérer et de s'améliorer, mais c'est bien peu probable qu'ils arrivent à un résultat intéressant à lire pour un public autre que leur famille et leurs amis...

Gilbert Thiffault a dit…

Écrire s'apprend par goût et par choix à mon humble avis. Certaines personnes possèdent plus de facilité que d'autres. D'être écrivain ou auteur, c'est un titre qui nous est donné en même temps qu'une certaine notoriété ou reconnaissance du "milieu". En fait, nous l'étions déjà.
C'est comme le ti-cul à casquette à l'envers qui course sur le coin de la rue. Le jour où il est engagé par une vraie écurie, il devient pilote de course. Avant, il l'était tout autant, car le talent, le désir et le travail étaient présents. Tout comme l'écrivain, même reconnu le pilote va continuer à s'améliorer dans son art, même après avoir reçu le titre.
Alors devient-on écrivain ? oui. Naissons-nous avec la vocation? pas nécessairement.

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : LOL! Alors le génie, c'est d'être reconnu par ses pairs? Madame l'historienne, tu vas être capable de me dire si historiquement parlant, c'est ce qui arrive d'habitude... Le vrai génie n'est souvent reconnu qu'après la mort (par le public). Mais est-ce que les pairs se rendent compte avant ça que c'était génial???

À François : Ça méritait au moins ça, un billet de blogue! Ça faisait un bout de temps que ce genre de commentaires m'agaçait l'oreille, mais là, D. Laferrière a été la goutte qui a fait déborder le vase... ;)

À Jean : Tu vois, ce sont d'excellentes questions, ça! Tout ça est tellement relatif et subjectif... Des génie de la littérature du siècle passé se feraient probablement refuser des textes aujourd'hui : trop long, trop verbieux... Et non, je n'aime pas la musique country!!! ;)

À Gabrielle : Bon, on est d'accord, tous les goûts sont dans la nature et il y a de la place pour à peu près tout le monde au soleil! S'agit de trouver son public, son créneau, et y mettre les efforts...

À Annie : Hé! C'est bon ça! Les 3 "T" comme ingrédients, mais en quantité différente pour chaque individu... Je me garde cette belle réflexion sur mon babillard, à la vue! C'est le genre de truc qui m'inspire quand mon regard se perd dans le vague... :)

À Gabrielle : Alors là, tu m'en bouches un coin! Je croyais plutôt que le mot "auteur" signifiait écrire en amateur, sans en faire un métier, pour le plaisir. Et que "écrivain", c'était en vivre, en retirer un revenu conséquent. Et toi, tu me dis que c'est plutôt le contraire? Je me définis toujours comme une auteure (en herbe). Écrivain, ça fait sérieux me semble... Hé! Faudra que je fasse un autre billet là-dessus, je suis mêlée là! :)

À Frédéric : Alors là, je suis obligée de te donner raison. Il y a des gens qui rêvent d'écrire et qui n'ont juste pas ce qu'il faut. Bon, peut-être qu'à force de persévérance, comme toi pour la danse, ils arriveraient à un très bon résultat, mais ça restera probablement difficile. Par contre, je garde toujours espoir que c'est possible quand même! Mais bon, si la personne a un mauvais français, pas vraiment d'imagination (et fait de l'autofiction) et pense que ça va être facile et qu'elle n'aura pas trop besoin de travailler (hé! j'en ai connu, du monde de même : ça veut écrire, mais ça veut surtout se faire dire tout de suite que c'est ben ben bon, et pas trop de boulot SVP!)... Bon, on tombe dans les extrêmes, là! Je persiste à dire que quelqu'un qui veut vraiment va arriver à quelque chose. Il ne sera sûrement pas le prochain Stephen King, mais il va quand même atteindre son but. L'être humain est capable de beaucoup, quand il s'y met vraiment!

À Gilbert : (bienvenue chez moi!) C'est bon ça! Dans notre coeur, on est déjà auteur ou pilote de course. C'est la notoriété qui fait toute la différence... Et oui, je crois que certaines personnes naissent avec la vocation. Mais pour les autres, tout est possible quand même! Certains chemins de vie nous mèneront vers des avenues insoupçonnées et voilà, la vocation s'imposera à nous! :)

Ouf! Quel beau débat d'idées, les copains! :D

Yves Thibodeau a dit…

Je rajouterais un élément dans l’équation d'Annie, et c'est "l'opportunité".

Même si on a tout le talent du monde, je crois que pour devenir un écrivain qui a du succès, il faut être "à la bonne place au bon moment", connaître LA bonne personne qui fera une publicité inespérée aux oeuvres que l'on a écrites.

Certains trésors peuvent rester cacher longtemps!

Ceci étant dit, je crois que l'on naît écrivain. Comme d'autres naissent "peintres", "musiciens" etc.

J'aurais beau me pratiquer pendant des centaines d'heures, je ne crois pas que je serais capable de faire un tableau digne d'une galerie d'art. D'autres naissent avec ce talent.

Et je crois que ça ne s'applique pas qu'aux arts, mais aussi aux sports...

Peut-être est-ce une façon "fataliste" de voir les choses, mais une chose est certaine, le débat est très intéressant!

Anonyme a dit…

M. Laferrière n'écrit certainement pas aujourd'hui comme il écrivait il y a de cela vingt ou trente ans. On peut "devenir" écrivain, mais on ne "s'improvise" pas écrivain. Et pour ce qui est du talent, il faut en avoir. J'ai donné un atelier d'écriture récemment dans une école secondaire et j'ai constaté le talent. Des gens ont "l'oreille", d'autres pas. Pour bien écrire, il faut connaître les règles, il faut posséder le rythme intérieur, savoir reconnaître ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas, un peu comme les musiciens. Je ne dis pas que cela ne s'apprend pas, je dis que certains l'ont depuis leur plus jeune âge. Mais le talent ne suffit pas. J'ai étudié au cégep avec des gens qui avaient beaucoup plus de talent que moi, mais qui, au final, n'ont jamais publié le moindre mot. Il faut du talent, certes, mais aussi de la persévérance. La talent et la persévérance peuvent parfois suffirent à combler votre rêve qui est d'être publié, mais être publié ne signifie pas avoir du succès. En ce qui concerne le succès, ça n'a rien à voir avec le talent et la persévérance. C'est plutôt une question de chance. Les auteurs qui ont du succès ne sont pas toujours les plus talentueux. Mais ils sont généralement persévérants et chanceux. D'excellents auteurs sont persévérants, mais n'ont pas de chance.

Michel J.

Philippe Roy a dit…

L’envie d’écrire ne suffit pas à faire un écrivain.

Le talent? Sans doute, ça aide sans doute. Mais il y a toutes sortes de talents, et celui de la belle écriture n’en est qu’un parmi d’autres.

Il faut des passions. Pas celle de sa propre écriture, pas celle de l’expression écrite, ou pas seulement. Il faut la passion du monde. Celle qui force à s’ouvrir, à écouter, à enterrer son jugement, au moins cinq minutes, à laisser les sentences à d’autres. Passion de la découverte.

Il faut de l’empathie. Savoir se mettre à la place des autres. C’est fondamental, à moins de ne mettre en scène jamais qu’un seul personnage, un modèle réduit et idéalisé de soi.

Il faut la passion de la lecture, celle qui pousse à lire des milliers de textes. Il faut la passion de la langue, celle qu’on gratte morceau par morceau dans les manuels et les dictionnaires, et celle que l’on récite à haute voix, celle qu’on écoute les yeux fermés. La passion du beau texte, surtout celui des autres.

Il faut la patience, celle de mener le travail à bien, de ne pas le presser, de ne pas trop le forcer, mais il faut aussi ressentir l’urgence d’exprimer son idée, là, tout de suite, avant qu’elle ne fuie.

Il faut de la culture, c’est-à-dire la passion de tout, toujours. Et de l’oreille; ça ne nuit pas.

Il faut l’incroyable prétention de penser que les circonvolutions de son esprit minuscule peuvent intéresser l’immensité du monde. Et l’humilité qu’il faut pour les relectures et les corrections.

Sans ça, tout les efforts du monde ne serviront qu’à grossir la masse des écrits sans valeur.Et, Laferrière à raison, aucun conseil ne sera utile.

Isabelle Lauzon a dit…

À Yves : Opportunité, en effet... C'est dommage, mais l'éternel principe du "être au bon endroit, au bon moment" est un contournable... Pour ce qui est de nos talents, d'accord, je ne serais pas capable à l'heure actuelle de peindre un chef-d'oeuvre. Mais après 15 ans de cours intensifs, d'expériences (ratées ou réussies) et d'acharnement? Je ne vois pas pourquoi je n'y arriverais pas. OK, je suis une éternelle optimiste en la nature, moi! ;)

Mais d'accord, il y a des gens qui naissent génies dans certains domaines (sports, écriture, peinture, mathématiques). Pour eux, c'est facile et il n'y a pas de question à se poser. De l'autre côté, pour les cancres, ceux qui n'ont aucune aptitude/intérêt pour un domaine donné (ex. : écriture), c'est facile aussi à classer. Mais en dehors de ces extrêmes, qu'en est-il de ceux qui sont entre les deux? Pas assez de talent au départ pour être des génies, mais avec un intérêt quand même... Alala! Que ce sujet peut nous emmener loin dans les discussions! ;)

À Michel J. : Donc, si je résume : il n'y a pas de recette infaillible, pas de chemin facile tout tracé à l'avance! Pas de certitudes, plutôt des espoirs. L'espoir que ça marche, qu'on réussisse à atteindre nos buts... Oui, moi aussi, j'ai vu en atelier(en tant que participante évidemment) que certaines personnes "l'avaient" et d'autres pas du tout. Mais au bout de quelques cours, pour la plupart, les capacités se développaient et on découvrait des trésors cachés...

J'aime bien le point du "rythme intérieur". On n'en parle pas souvent, car ce n'est pas nécessairement quelque chose qui s'enseigne. C'est personnel, c'est... inné? Ou encore, acquis suite à de nombreuses lectures? Inné, acquis... Est-ce vraiment important? L'important, c'est l'intérêt, la passion, non? Quand la passion est là à 100 %, moi, je crois que tout est possible...

À Philippe : Wow! Que c'est bien dit! Je vais me prendre des notes... et mettre ça sur mon babillard! :)