11 août 2011

Jubilation sadique

Vous voulez savoir ce qui me fait le plus jubiler dans mon processus d'écriture? Bon, quand j'en parle à ma collègue de travail préférée (qui se reconnaîtra ici), elle lève les yeux au ciel et me trouve vraiment bizarre... ;)

Car oui, je suis un peu étrange : j'adore DÉMOLIR mes textes!!!

Quand je détruis des phrases, des paragraphes, voire même des passages entiers, je me réjouis comme une petite fille. Mon plus grand plaisir : commenter (avec la fonction commentaires de Word) mon texte, en soulignant le plus méchamment possible tout ce qui est mauvais, cliché ou ordinaire. JUBILATION! (Hé! Attention, je ne fais jamais ça avec les autres auteurs, voyons! Juste avec moi!).
Lors de ma dernière réécriture (le texte de l'atelier court), j'ai coupé 7 pages... sur 18. Tous les irritants, tout ce qui n'était pas pertinent, tout ce qui m'énervait. Et j'ai coupé sans aucuns remords, avec un joie sadique.

Lorsqu'on accepte de couper, de retirer ce qui n'est pas bon dans un texte, on fait de la place. De la place pour quelque chose de meilleur. (Et tiens, mon texte d'atelier fait maintenant 28 pages, et j'en suis beaucoup plus satisfaite. Le combat n'est pas encore terminé, mais ça s'en vient!)
La preuve : J'ai recommencé à travailler sur un projet de roman, un projet qui a été amorcé il y a environ un an et que j'avais laissé de côté pour un temps.

(Parenthèse ici : quand je laisse de côté, ça ne veut jamais dire que j'abandonne. Simplement, je sens que ce n'est pas ÇA. Alors, je laisse dormir et j'y reviens plus tard, quand l'envie me reprend et que j'ai trouvé quelques pistes de solutions. Fin de la parenthèse)

Alors voilà : Pour ce projet, j'en étais rendue au plan. Un plan assez détaillé pour que je puisse plonger dans l'écriture propre. Mais le problème, c'est que ce n'était pas encore ÇA. Je ne le sentais pas, c'est tout.

Hier soir, je me suis fait plaisir (c'était ma sortie mercredi-mini à mon café préféré) : J'ai proprement démoli mon plan, morceau par morceau. Ensuite, j'ai jeté sur le clavier toutes mes réflexions (poches, méchantes, interrogatives) à propos de mes personnages, de mon histoire.

Pas de gentillesse ici, ni d'autocomplaisance, ni de bienveillance. Quand je m'autocritique, c'est toujours violent!

9 pages à simple interligne. J'aime ça quand ça fait mal! Hihi!

Hier soir, j'étais découragée. Après avoir tout démoli, je me demandais bien ce qu'il allait advenir de ce projet.

Et ce matin, voilà, les trous ont commencé à se remplir. La fin, ô illumination, m'est apparue sous la douche. Au déjeuner, un flash : Je sais qui est Untelle et quelle importance elle revêt pour mon personnage.

Et ça va continuer comme ça pendant quelques jours. C'est toujours ce qui arrive quand j'accepte de couper, de détruire tout ce qui n'a pas sa place dans mes histoires. Je m'ouvre à la nouveauté, à ce que mon imaginaire a à m'offrir.

Quand je brise ce carcan de mots tout ficelés qui m'entrave, qui m'empêche de pousser plus loin, qui me retient dans la paresse... Je peux tout faire. Retour à la case départ : la création.

Parce que ce ne sont que des mots, et les mots, on peut tout faire avec eux. Le secret, c'est l'acceptation. Accepter cette perte... en fait, ne plus voir les coupures comme des pertes, mais plutôt comme un bienfait, comme une étape nécessaire et même souhaitable.

Je recommence donc pour la 3e ou 4e fois ce fichu plan. (Je précise : un plan d'une dizaine de pages environ, à simple interligne - mourant quand on constate que mes réflexions sur ses faiblesses ont pris 9 pages!). Je comprends mieux les motivations de mes personnages, je cerne mieux les faiblesses de mon intrigue.

Voilà, je suis prête à remonter en selle!

Petit constat : C'est tellement plus agréable à démolir à l'étape du plan! Au moins, on n'a pas ces fichus remords de conscience qui nous torturent, d'avoir gaspillé des heures et des heures sur de belles phrases bien tournées... Donc, mieux vaut se rendre compte dès le départ que ça ne tourne pas rond, plutôt qu'attendre à la fin, comme je le faisais avant!

12 commentaires:

ClaudeL a dit…

Wow, tu m'épates. Il m'arrive de m'autodétruire, mais je ne m'en relève pas, hihi! Alors bravo.

Sylvie a dit…

Je retiens la leçon parce que ce que tu dis fait plein de sens. Moi aussi, tu m'épates. :)

Isabelle Lauzon a dit…

À ClaudeL : Bien, j'avoue que je n'ai découvert les plaisirs de la destruction que très récemment... mais j'en reprends volontiers! :D

Et, très important de faire la distinction : ce n'est pas de l'autodestruction, car ce n'est pas moi que je détruits, mais plutôt quelque chose que j'ai produit. Moi, je m'en sors indemne, toujours!

La différence, c'est qu'avant, j'aurais abandonné le texte en question... alors que maintenant, après la séance de démolition, je tente de comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas, qu'est-ce que je peux faire pour améliorer le truc... Donc, je trouve ça très positif comme démarche! :)

Gen a dit…

@Isa : Oh yeah! :) Tu viens de pogner le truc du "dialogue intérieur" je pense! :) On s'interroge sur notre texte, on se pose des questions sur nos motivations... et on note pour pas oublier!

Bravo ma chère! :) (et je reconnais notre chère animatrice d'atelier dans ton "c'est pas ÇA" ;)

Moi aussi j'adore couper de l'inutile dans un texte. Ça me fait toujours penser à mes cours d'archéologie : le texte, c'est la grosse motte de bouette dans laquelle on sait qu'il y a un artefact. Alors on frotte, on cogne, on gratte, on enlève des bouts et finalement "ta da!" on découvre le coeur du truc : un joyau de texte! :)

Libraire philanthrope a dit…

Je découvre ton blogue à l'instant, génial. Lâche pas et poursuis tes rêves. Au plaisir de retrouver un jour une de tes publications dans mon inventaire...

Isabelle Lauzon a dit…

À Sylvie (Tiens, nos messages se sont croisés on dirait!) : Je suis bien contente d'être capable maintenant d'autocritique constructive. Un petit truc qui aide à se détacher du "bébé" pour mieux cerner ses faiblesses : laisser dormir sur la tablette! :D

À Gen : LOL! Effectivement, le "c'est pas ÇA" me vient directement d'Elisabeth! (qui prononce le "ÇA" d'une voix grave et profonde, d'une manière théâtrale... inimitable!) D'ailleurs, j'entends sa voix dans ma tête quand je le dis/l'écris... :p

J'aime bien ta métaphore! Je ne sais juste pas si j'ai atteint l'étape du joyau dans au moins un de mes textes... Hum... réflexion, réflexion... On n'arrête jamais de chercher à évoluer, hein? :D

À Libraire philanthrophe : Hé! Merci pour la visite et pour les encouragements! :D

Gen a dit…

Ben des fois on trouve aussi un vase en céramique tout cassé, mais un coup rassemblé, il est très joli! ;)

Anonyme a dit…

Bonsoir Isabelle,

J'ai découvert ton site il y a qq jours seulement, je le visite un peu chaque jour pour le découvrir davantage. L'idée d'écrire a toujours été présente depuis mon adolescence sauf que moi contrairement à toi, je ne couche que très rarement mes idées sur papier et lorsque j'y arrive, elles se retrouvent déchirées au fond de la corbeille à papier et je n'y reviens jamais.....
Bravo à toi, je continue de te lire et qui sait un jour....
Caro

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : Ah! Là, je me retrouve... Plein de petits vases de céramique cassés, que j'ai réussi à rassembler... Ça fait pas pire dans la déco, mais on n'est pas encore rendus à la toile de maître, là... ;)

À Caro : Premièrement, merci pour ta visite! :D

Si je regarde mon propre parcours, je rêvais d'écrire depuis mon adolescence... et j'ai plongé à l'âge de 29 ans (soit, il y a 6 ans - non, je n'ai pas honte de mon âge!).

En 6 ans, j'ai beaucoup appris. Surtout une chose : sans persévérance, mieux vaut oublier tout ça. Ce qui fait qu'on avance, qu'on finit par atteindre nos buts, c'est qu'on ne lâche pas, qu'on continue même si ce n'est pas toujours facile. Pourquoi? Peut-être juste parce que lorsqu'on a découvert la drogue qu'est l'écriture, on ne peut juste plus s'arrêter... :)

Quelques conseils en vrac :

- Ne jette pas tes idées. Si tu n'arrives pas à les exploiter présentement, c'est peut-être parce que tu n'es pas rendue là. Consigne-les sur des bouts de papiers et mets-les de côté. (l'avantage, c'est que tu permettras ainsi à plein d'autres idées d'émerger de ton imaginaire, parce que tu auras fait de la place dans ta tête)

- Travaille sur des textes plus courts, des trucs plus faciles.
- Lis beaucoup.
- Promène-toi sur les blogues (ce que tu fais déjà à ce que je vois, c'est bien!)
- Fouine sur Internet pour en savoir plus sur les revues qui publient des nouvelles littéraires (un point de départ : il y a plusieurs liens sur cette page, à gauche, en bas, va y faire un tour!).
- Et tiens, si ça te branche, promène-toi dans les salons du livre, assiste à des lancements! Gageons que les yeux brillants de tous ces auteurs te donnera la piqûre pour vrai... ;)

Mais le mot d'ordre, c'est vraiment la persévérance. Et ça passe par la perte de certaines illusions. Non, on ne devient pas riche et célèbre en écrivant... Enfin, pas la grande majorité des gens. Je te conseille d'ailleurs les billets de Dominic Bellavance à ce sujet, très édifiant!

Allez, Matante Isa a fini de donner ses conseils. À chacun son chemin, ses découvertes, sa démarche...

Bonne chance! :D

jeanbateau a dit…

Dame Isa
Chacun-e sa méthode, sa tasse de thé.
La démolition ce n'est pas pour moi.
Je réalise que "j'améliore" lors de la relecture.
Tout processus de création est bon je crois.
J'imagine un peu comme un enfant avec son ami imaginaire le quotidien des zécrivains-vaines. On vit avec ses personnages, sous la douche, à table, etc. Hihi! Douce folie prenante. Ça donne quoi vu d'en face? Je n'ai jamais vraiment eu de commentaires à ce sujet. Et toi dame Isa? Et les autres? Y a-t-il des jaloux-ses autour de nous parfois?
Combien a-t-on de "création" en soi? Certains auteurs (écrivains, chansonniers, musiciens, etc) sont prolifiques, d'autres ne font qu'un hit. Vous êtes-vous déjà posé la question?
Bonne création à tout le monde.

Anonyme a dit…

Bonjour Isabelle,

Je viens à l'instant de te lire et merci beaucoup pour tes bons conseils que je vais mettre en application. Je continue de naviguer sur ton blogue et longue vie celui-ci. C'est plutôt par plaisir que je veux écrire et non pour devenir riche car pour moi la richesse est à l'intérieur de soi et de vivre le moment présent. Tu vois je comprends mieux le pourquoi du plan lors de la rédaction et il est important pour moi de débuter par des billets plus court. Je suis de nature très persévérante alors ceci me servira car même les idées aux poubelles sont toujours présentes dans ma tête.

Merci pour ce beau partage.

Caro

Isabelle Lauzon a dit…

À Jean : Hé! Il y avait longtemps, contente de te relire! :) Tant de questions, tant de réponses possibles... Personnellement, des créations, j'en porte beaucoup en moi. Trop pour tout écrire en une seule vie. L'imaginaire est infini... le tout, c'est surtout de savoir si on aura la persévérance suffisante pour mener ces projets à terme! Un seul hit, ça signifie parfois qu'on a laissé tomber... Ce qui ne sera certainement pas mon cas! :)

À Caro : De rien! Et tiens, un dernier conseil : prends ce qui te convient dans les conseils des autres et fais-toi toi-même ta propre idée. À chacun son chemin, à chacun sa voie! :)