25 avril 2011

Une drôle de rencontre!

Ce matin, alors que j'attendais une amie à la station Berri-Uqam, j'ai fait une rencontre étrange. Bon, vous me direz que c'est normal, à Montréal, de voir du monde bizarre, mais je me questionne vraiment sur les motivations réelles de cet inconnu qui m'a abordée.

Mise en contexte : Assise sur "la poque", j'attendais mon amie. J'étais en avance, j'avais terminé la lecture du journal et je tuais le temps en faisant des mots mystère. Concentrée sur ma tâche (faut dire que j'étais encore un peu endormie...), j'entourais consciencieusement les lettres dans la petite grille. Un boulot très prenant.

Soudain, un jeune homme, début de la vingtaine je dirais, s'assoit à côté de moi et m'aborde :

- Salut!

Je lui jette un oeil, je lui dis "salut" poliment et je retourne à mes mots croisés. En principe, s'il est intelligent, il comprendra mon manque d'intérêt.

Mais le gars n'en reste pas là. Il me parle encore, m'explique qu'il est un sans-abri et qu'il participe actuellement à une démarche personnelle qui vise à lui redonner de la confiance en lui.

Son défi du jour : engager la conversation avec un parfait inconnu.

Hein? C'est quoi cette histoire-là? Je jette un oeil aux alentours : mon amie n'est pas encore arrivée. Zut!

Il doit y avoir une caméra cachée quelque part... Bon, le gars a l'air mal à l'aise et gentil et je ne me sens pas l'envie d'être désagréable ce matin. Ce doit être mon coeur de mère qui me ramollit. D'accord, je décide de faire ma B.A. Le gars est bien habillé, manteau de cuir, cheveux en apparence propres... Je trouve ça étrange pour un sans-abri, mais je joue le jeu.

Il faut dire que j'ai d'ores et déjà éliminé d'emblée l'hypothèse du flirt. Franchement, un gars qui veut se rendre intéressant aux yeux d'une fille ne lui dirait pas qu'il est sans-abri! Et puis, il a 10 ans de moins que moi, je suis trop vieille pour l'intéresser... Non, ce n'est pas ça qui le motive, c'est certain.

Par contre, je ne suis pas sure de croire son histoire.

Pour partir le bal, il me demande de lui parler de moi. "Un conjoint, 2 enfants, secrétaire". Je lui renvoie aussitôt la balle (Pas folle! Je ne vais pas lui raconter ma vie!) : Et lui, quelle est son histoire? Sans-abri à son âge, c'est peu commun, qu'est-ce qui l'a mené là?

Grosse hésitation de sa part. Soit il cherche une histoire plausible, soit il est réellement troublé. Je ne saurais dire, vraiment. Moi, je suis du genre d'habitude à donner le bon dieu sans confession à n'importe qui (plus naïve que moi, ça se peut pas!), mais là, je ne sais vraiment pas à quoi m'en tenir avec lui. Si ça se trouve, ce gars est un comédien qui s'est lancé le défi de niaiser un passant pour tester ses talents. Tiens, la caméra cachée est une hypothèse de plus en plus tentante...

En voyant son hésitation, je lui dis qu'il peut laisser faire s'il n'est pas à l'aise d'en parler. Il se reprend et me résume son histoire : sa relation amoureuse qui a mal tourné, sa dépendance affective, son monde et ses valeurs chamboulés. Il a tout remis en question, amis, mode de vie, plans d'avenir, il a lâché le Cégep (il étudiait en multimédia)...

Tiens, ça devient intéressant! En tout cas, diablement plus que mes mots croisés!

Mon amie, qui vient d'arriver, se plante devant moi : "Isa!" (après coup, elle me dira qu'elle s'est demandée en tabarouette à qui je pouvais bien parler! Hein? C'est Isa? Mais c'est qui, ce gars-là?)

Presque surprise de la voir là (J'étais concentrée sur ma conversation, moi!), je la salue et je me tourne vers le gars :

- Voilà, mon amie est arrivée, je dois partir! Je suis contente de t'avoir rencontré...

- Gaétan.

Je lui tends la main.

- Enchantée Gaétan, moi c'est Isabelle. Je te souhaite bonne chance dans tes démarches!

Il a l'air déçu, mais je m'éloigne vite avec mon amie, laquelle trouve incorrigible. "Tu parles vraiment avec n'importe qui, toi!"

Bah! Il n'était pas méchant, ce jeune homme.

J'ai beau tourner et retourner cette drôle de rencontre dans ma tête, je ne suis pas capable de déterminer la fin de l'histoire. Disait-il la vérité? Était-ce une tactique quelconque pour me soutirer de l'argent? Une blague? Un pari?

Aidez-moi donc, que je puisse dormir! ;)

12 commentaires:

idmuse a dit…

5 min de plus et il te faisait payer le dîner ou il te soutirait 5$ ;)

ClaudeL a dit…

Si tu entourais les petites lettres, n'était-ce pas plutôt un mot mystère? (comme quoi je ne regarde pas toujours là où on me dit de regarder!)

Isabelle Lauzon a dit…

À idmuse : Hum... D'où son air déçu quand je suis partie et qu'il s'est retrouvé les mains vides! :D Oh! Je suis déçue, moi qui pensais que c'était mon charisme et ma beauté (intérieure) qui l'avait amené vers moi... MDR!!!

À ClaudeL : Oups! Je pense bien que tu as raison! (je l'ai changé dans mon billet). La preuve que je ne fais pas souvent des mots mystère ou croisés! :D

Gen a dit…

@Isa : Lolol! Je sais toujours pas c'était qui ce type, mais je sais qu'il a eu l'air déçu quand je suis arrivée! :p J'pense comme idmuse : il aurait fini par essayer de te quêter de l'argent.

Luc Dagenais a dit…

Ton histoire me laisse perplexe: C'est certain que ce n'était pas une démarche sérieuse de réinsertion de sans-abri: un sans-abri a pas besoin "d'apprendre" à engager la conversation avec des étrangers, c'est son mode de survie quotidien.

Par contre, normalement, si il voulait juste te quêter du change, ou 2$ ou même 5$ il ne se donnerait pas tout ce mal (pas assez payant à la fin de la journée).

Hum... ou c'était un sans-abri "débutant" qui s'y prend encore mal; ou il s'enlignait pour une vraie grosse arnaque, ou il était vraiment seul et avait besoin de parler à quelqu'un. Auquel cas, tu as sûrement fait sa journée même si tu ne lui as parler que 2 mins.

jeanbateau a dit…

Bonjour dame Isa

Point de vue différent.
Plusieurs organismes maintenant ne se contentent pas de servir la soupe et de perpétuer ainsi en quelque sorte l'itinérance.

J'imagine le jeune homme vraiment entrain d'essayer d'entrer en contact suite aux conseils d'un intervenant : vas-y, t'es capable, le monde est pas tout pourri, on va pas te cracher dessus...
J'imagine que Isa avait justement l'air d'une dame gentille, pas méchante, disponible pour au moins un moment, surtout pas menaçante, une maman quoi!

J'imagine cette démarche comme une quête de chaleur humaine, de reconnaissance de la part de quelqu'un qui se sent un moins que rien, bien plus qu'une quête de $, ce dont il devait avoir besoin aussi.

La description de la scène est aussi brève que la scène elle-même, mais ne sommes-nous pas pleins d'imagination, nous les scribouilleux?

Cette scène se passait dans le métro de la grande ville qui fait peur. Imaginons la même scène sur un banc du terminus d'autobus bien éclairé à Blainville par exemple(?). Bien moins stressant déjà.

Cette scène se passait entre un gars qui avait décidé de dépasser sa limite (chu pas bon, chu pas capable) et une dame (conjoint-2 enfants-secrétaire) qui a été amenée aussi à sa limite de confort psychologique. Ces situations ne sont jamais confortables. Mais nous pouvons en tirer des leçons de vie tellement importantes. Comment connaître nos limites sans y aller et les dépasser? Sinon on reste dans le sirupeux cocon du quotidien, non?

J'imagine que cette scène avec deux acteurs aussi maladroits l'une que l'autre a fait un grand bien au jeune homme. J'imagine que la chose est aussi vraie pour la dame.
Pour ma part, je félicite le jeune homme d'avoir essayé de "s'en sortir". Cette démarche n'était pas facile pour lui.
Je félicite aussi la "dame" pour sa réaction, son ouverture d'esprit. Le gars a été traité avec respect tout comme il a été respectueux.

Et si on imaginait juste un instant que la "dame" se retrouve dans la situation du jeune homme. Impossible? Hum! Nous marchons tous sur un fil. Personne n'est à l'abri du malheur. Considérons-nous comme privilégié-es.

J'ai travaillé 16 ans avec les sans-abri au centre-ville de Montréal. C'est toujours une histoire de manque d'amour, toujours.

Et pourquoi ne serait-ce pas là le début d'un roman? Isa, tu te vois aller en recherche d'infos au centre-ville parmi cette faune sous prétexte d'écriture?

Allez, bonne journée tout le monde
Merci d'être là
Jean

Gabrielle a dit…

J'appuie le commentaire du dernier venue sur ton blogue Isa. C'était pas nécessairement un itinérant (ou un squatteur, on y pense pas) qui t'aurait éventuellement prit des sous. Il était bien trop mal placé pour se faire coincer. Penses-y. Vous êtes en plein milieu de la station centrale, entre deux guichets et deux sorties souvent surveillés par des gardiens de sécurités. De ce côté là, tu étais protégé.

Je pense qu'il pourrait être un jeune qui a décidé de vivre par errance plutôt que d'affronter la réalité. Comme monsieur Jean le dit. Par manque d'amour, par refus d'affronter les responsabilités, par peur aussi.

Ah oui! ne crois pas que les personnes vagabondes ont nécessairement tous passé trente ans. Y'en a qui commence très jeunes (entre autres à cause des gangs de rues), en fuguant ou en lâchant l'école, d'autres par refus d'entrer dans le monde des adultes (ou refus de se faire mener par la société). En errant, ils fuyent leurs problèmes (ou ceux-ci sont substitués par d'autres (alcool, drogues, maladies, difficultés avec les autres) et se sentent libre de vivre ainsi.

@Jean: Je ne sais pas si Isabelle serait capable de devenir l'espace d'un roman un Eugène Sue. C'est littéralement cela qui tu lui demandes.

@Isabelle : Pour ton information, Eugène Sue a écrit au 19e siècle le roman-feuilleton "Les mystères de Paris" qui rapportait les différentes activités de personnages vivant dans les bas-fond de Paris, des personnages(pauvres, malades, criminels, etc.) qui étaient ignorés à l'époque par les riches, entre autres.

ClaudeL a dit…

Ah! ah! l'amie attendue, c'était Gen!

Lucille a dit…

Et s'il s'était présenté à toi pour te faire rencontrer un "futur personnage" qui ferait honneur de l'un de tes futurs romans. La vie est si bien faite... et il n'y a pas de hasard ! Alors, vite, prends des notes sur tout ce que ce personnage t'a fait ressentir ! On sait jamais... ;o)

jeanbateau a dit…

@Gabrielle
Mes propos n'allaient pas jusque là. Plutôt comme Lucille a dit. L'écrit ne donne pas le ton et peut être interprété. Je pensais juste au fait de colliger des infos avant de commencer à écrire, histoire d'être plausible. Loin de moi l'idée de faire des plans pour dame Isa ou pour qui que ce soit. Ceci dit, je la trouve bien sympa cette dame Isa, pour tout dire, vraie. Et elle se débrouille très bien. Je suis un sympatisant. Je ne prends pas pour le CH ou pour Boston, je prends pour Isa!!
Tiens, tiens...
p.s. : j'ai pris le métro uen fois il y a 2 ans et ça devait faire 20 ans que je n'y avais pas mis les pieds. Très peu pour moi même si je dois payer 30$/an pour ce sapré métro.
Jean

Isabelle Lauzon a dit…

Bon, ça c'est tout moi : Je mets en ligne un billet et je ne reviens pas sur l'ordi avant 2 jours... laissant les visiteurs papoter entre eux en mon absence... Vous aurez certainement deviné que j'étais occupée (comme toujours!), mais me voici!

À Gen : Hihi! Oh! Je suis déçue, moi qui pensais qu'il appréciait ma conversation! MDR! Mais t'aurais dû arriver 5 minutes plus tard, j'aurais su le fin mot de l'histoire... En tout cas, cette rencontre, je la conserve dans mes notes d'auteure! On sait jamais, Gaétan pourrait se retrouver un jour parmi mes personnages... ;)

À Luc : Tu sais, malgré toutes les idées qui ont pu me passer par la tête, je suis fortement tentée de croire que son histoire était vraie, et qu'il avait besoin de parler. C'était un gentil garçon, poli, qui n'avait pas du tout l'air d'un sans-abri. Peut-être ne l'était-il pas depuis longtemps (mais je le saurai jamais, hein, Gen est arrivée trop vite! MDR!). J'ai bon espoir que ce jeune homme va se remettre sur les rails. Il avait la volonté de s'en sortir en tout cas...

À Jean : J'ai bien aimé ton intervention! Oui, j'aime à croire que cette rencontre nous a apporté un plus à ce jeune homme tout comme à moi. Il me semble que si ça n'avait été qu'une question de $$$, il s'y serait pris autrement... Ce que je trouve triste, c'est que mon coeur voulait s'abandonner sans réserve dans cette discussion, compatir, aider, écouter, mais j'ai conservé cette réserve, cette méfiance qui nous est nécessaire pour survivre dans ce monde de fous, où à chaque tournant peut surgir un détraqué, un "méchant". On doit se protéger soi-même avant d'aider les autres... Dommage. La mère Térésa qui sommeille en moi aurait aimé en faire plus...

Isabelle Lauzon a dit…

À Gabrielle : Cette rencontre m'a fait prendre conscience qu'il y a toutes sortes de réalités dont j'ignore même l'existence. De voir un jeune homme comme celui-ci, en apparence en bonne santé, gentil et poli, qui se retrouve dans une telle situation, ça fait réfléchir. Non, je ne serais pas du genre d'Eugène Sue, trop peureuse pour me plonger dans la faune sauvage! La banlieusarde en moi aime trop sa petite sécurité... Mais oui, dans des circonstances sécures, j'aimerais bien en savoir plus. Comprendre ce qui peut mener quelqu'un à décrocher du système... ou ce qui cloche dans le système pour ces gens là...

À ClaudeL : Héhé! T'es vite, toi! :D Effectivement, c'était cette chère Gen! :D

À Lucille : C'est effectivement la première idée qui m'est venue à l'idée : ce garçon ferait un bon personnage dans un de mes textes. J'ai même hésité avant d'en parler ici! Mais bon, de toute façon, si j'utilise certains éléments de cette rencontre, je modifierai plusieurs aspects, je demeurerai dans la fiction, j'ajouterai des éléments... Ce ne sera pas tel quel, mais l'inspiration sera là, et peut-être que certains d'entre vous la reconnaîtront! :D

À Jean : Hihi! Merci! Alors, si je me présente aux prochaines élections, tu votes pour moi? :D Le métro, je n'aime pas tellement, mais c'est très utile pour une fille qui, comme moi, demeure à ce jour incapable d'envisager de conduire à Montréal... Le métro me sert pour mes sorties avec Gen (trop rares!), pour le Salon du livre de Montréal, pour le Congrès Boréal... C'est tout! Utile pour moi, mais indispensable pour mon conjoint, qui l'utilise tous les jours de la semaine! :)