13 janvier 2011

Parlons complexes

Je songeais aujourd’hui aux nombreux petits complexes qui minent nos vies. Si vous me dites que vous êtes de ces chanceux qui n’ont aucun complexe à propos de leur apparence physique, bravo! Passez à un autre blogue, ce billet ne vous concerne pas.

Pour les autres, jasons un peu. Si je vous parle de ça aujourd’hui, c’est que mon neveu de 6 ans vient de subir une chirurgie mineure, car il avait les oreilles « décollées ». Une chirurgie d’un jour, soit environ 1h30 sur le billard et une convalescence d’environ 2 semaines, pendant laquelle il ne pourra pas aller à l’école.

Avant de prendre sa décision finale, ma sœur a consulté son entourage. C’est drôle, mais je crois bien avoir été la seule à hésiter à propos de la pertinence de faire opérer son fils. Tous les autres lui ont fortement recommandé de régler ce « problème » afin qu’il ne se fasse pas taquiner à l’école.

Remarquez, je n’étais pas totalement contre cette opération. Simplement, je me demandais à quel point cette différence physique mineure pouvait réellement affecter la confiance en soi de mon charmant neveu. Personnellement, je n’ai jamais été incommodée par ses oreilles. Tout ce que je vois de lui, c’est son sourire coquin et ses yeux charmeurs. Il est mignon comme tout, on le croquerait!

Mais je ne suis probablement pas objective. Je suis sa « matante », celle qui l’a vu grandir et qui l’aime inconditionnellement.

Peut-être qu’effectivement, il aurait subi un jour les moqueries de ses camarades d’école. Qu’il en aurait développé un complexe qui l’aurait suivi toute sa vie. Il sera probablement éternellement reconnaissant à ses parents d’avoir posé le bon geste alors qu’il n’était qu’un enfant. D’ailleurs, un patient de l’hôpital (âgé d’une cinquantaine d’années), lorsqu’il a appris la raison de la présence de mon neveu, a chaudement félicité ma sœur. Lui-même aurait tout donné pour qu’on lui règle ce même problème dans sa jeunesse… Précisons ici que mon neveu a été consulté lors de la prise de décision et que son médecin traitant lui a expliqué en détail la procédure et les conséquences. Et il tenait à se faire opérer.

Tout de même, si j’avais eu à prendre cette décision pour mon fils, j’aurais hésité. Ma sœur a hésité, elle aussi. Son conjoint votait à 100 % pour l’opération, tandis qu’elle n’était pas certaine d’avoir envie d’exposer son fils aux dangers reliés à l’opération, ni à tous les risques qu’il pouvait y avoir après…

Finalement, tout s’est bien passé et tout va pour le mieux. Je me suis inquiétée pour rien. Il faut dire que je n’ai qu’une confiance très limitée dans notre cher système de santé. Une erreur médicale est si vite arrivée de nos jours…

Mais tout de même, je m’interroge à propos de nos petits complexes. Des complexes, j’en ai. Vous en avez. Est-ce que ça nous empêche de mener une vie enrichissante? Je ne crois pas.

Mes petits défauts, je les ai pour la plupart acceptés. Je suis comme je suis et ces éléments font partie de moi. Et quelque part, si certains de mes défauts physiques m’ont longtemps complexée, les combats que j’ai menés pour guérir ces complexes m’ont rendue plus forte. Et probablement moins superficielle. Car l’apparence est une chose, et notre jardin intérieur en est une autre. Je préfère cultiver mon jardin intérieur plutôt que de perdre mon temps avec de futiles considérations physiques. Je fais le minimum, et pour le reste, je m’accepte telle que je suis.

Bien sûr, je ne parle pas ici des opérations rendues nécessaires pour des raisons médicales. Par exemple, se faire briser la mâchoire parce que nos dents du haut et du bas ne sont pas au même niveau peut être très valable. Si ça peut occasionner des problèmes futurs à notre santé, je suis entièrement pour. Mais si la seule raison qui guide la décision de se faire opérer est le physique, j’hésite. À moins que la personne n’ait développé un complexe si fort qu’il l’empêche de se réaliser pleinement et handicape sa vie…

Alors, je vous le demande : Dans une société où l’apparence physique est le critère par excellence pour juger les gens, croyez-vous que nous devons mettre tout en œuvre pour régler nos complexes? Même si pour cela, nous devons souffrir, subir des opérations et courir des risques?

10 commentaires:

Gen a dit…

Non, non, non et non!

Tant qu'à moi, on ne devrait JAMAIS mettre notre santé en danger pour des raisons esthétiques!

Un complexe, c'est souvent l'expression de quelque chose de beaucoup plus important que le défaut physique autour duquel il se cristallise. Régler le défaut ne règle souvent pas du tout le complexe, parce qu'on le transfère sur un autre défaut.

Par contre, c'est vrai, pour certaines personnes, régler un défaut très visible les aide vraiment. Si cela peut-être fait à l'aide d'une chirurgie mineure, je peux comprendre qu'on le fasse.

Mais ce que je trouve aberrant dans l'exemple que tu donnes, c'est qu'on a opéré un gamin de 6 ans qui n'a pas eu le temps d'être complexé par ses oreilles.

Si on l'avait opéré à 16 ans, lorsqu'il aurait souffert de son acné, de son mal-être généralisé d'ado ET de ses oreilles, là je pense que ça l'aurait aidé. Ça aurait changé son apparence (en tant que femme, on sait qu'un changement de look, c'est bon pour le moral) et ça lui aurait fait du bien. Le tout, grâce à une opération mineure.

Mais là, à 16 ans, il va vouloir quoi? Une liposuction? Des faux abdominaux? Du botox?!?!

Gen a dit…

Exemple vécu : un élève à qui j'enseignais avait les oreilles ultra-décollées. Tout le monde l'appelait "les oreilles", alors il était super complexé. On les lui a opéré. Il s'est mis à se faire écoeurer à cause de son "gros nez". Tsé quand t'es pas dû.

Autre chose qui me met mal à l'aise : dans l'histoire que tu racontes, on s'entend que ce sont les parents qui ont pris la décision de le faire opérer pour une raison purement esthétique. Je trouve ça... je sais pas... dérangeant. Si au moins on avait attendu aux 14 ans du gamin (âge du consentement légal aux soins), qu'il décide vraiment pour lui-même...

Lucille a dit…

Flute, de flute, de flute ! J'avais écrit un message... et il a disparu ;o(

Je disais en gros que je suis d'accord avec la décision de ta soeur. À six ans, l'enfant a pas eu le temps d'avoir de la peine parce qu'il se fait écoeurer à cause de ses oreilles... mais à 14 ans oui.

Je travaille dans une polyvalente et je ne peux pas croire comment les jeunes sont méchants. T'es un peu gras, tu te fais écoeurer. T'as des boutons, tu te fais écoeurer. T'es marginal, tu te fais écoeurer.

Et je ne te parle pas de ceux qui savouent homosexuels ou qui se cherchent sexuellement parlant. L'enfer !

On a beau proner de vivre dans une société tolérente et qui prone les vraies valeurs, mais sur le terrain, les choses sont différentes... très différentes et triste ;o(

L'auteur de ce blog a dit…

Salut!

À la lecture de ton texte, je n'ai qu'un mot pour toi:

IMPARFAITE !!!

Il s'agit d'un court-métrage d'animation de l'Office National du Film, paru en 2010 et qui traite EXACTEMENT de ce sujet-là! Je ne me rappelle plus le nom de la réalisatrice, mais tu dois absolument le voir. Ça va te toucher.

Alexandre Babeanu a dit…

C'est un sujet très interessant je pense, et tu touches là un point qui peut être sensible.

Mon opinion est que l'esprit et le corps sont intimement liés, bien plus que la science (occidentale) ne l'admet. Un handicap physique peut entraîner des troubles psychologiques, donc résoudre un problème physique fait souvent du bien à l'esprit aussi. Preuve, c'est qu'il me semble que le sport enlève aussi le vague-à-l'âme (ou alors c'est juste mon experience personelle).

Cependant, je n'irais pas jusqu'à dire qu'il faut faire opérer chaque petit bobo, faut quand-même prendre un peu sur soi. Tu mets le doigts sur le critère clef il me semble: une operation n'est pas justifiée, "À moins que la personne n’ait développé un complexe si fort qu’il l’empêche de se réaliser pleinement et handicape sa vie" .

Pour ce qui est de ton neuveu, à 6 ans, bin on ne réalise pas encore bien beaucoup de choses, le petit doit donc faire confiance à ses parents et à sa famille, qui ne veulent que son bien. Donc si les parents pensent que c'est une bonne idée...

A priori il a 2 problèmes potentiels: les risques liés à l'opération elle-même, et le coût de l'opération. De nos jours, les risques chirurgicaux sont quand même assez minimes, surtout que les oreilles, c'est pas un organe vital. Pour ce qui est du coût par contre, je ne sais pas, l'opération justifie-t-elle le travail de toute une équipe médicale pendant 1h30 (alors qu'ils pourraient sauver une vie pendant ce temps)? Peut-être, en tout cas je comprendrais également que certains voient ça comme du luxe...

Gen a dit…

@Alex : Coût de l'opération en ressource médicale : tout à fait juste comme argument.

Isabelle Lauzon a dit…

À tous : Désolée pour le délai, j'ai eu un week-end très chargé! :)

À Gen : Bien, je ne sais pas si un enfant a déjà taquiné mon neveu sur ses oreilles. Je ne crois pas. Les adultes (coiffeur, médecin, famille) ont fait des remarques aux parents par contre. De là le questionnement, puis la décision de procéder à l'opération. Afin de prévenir un problème futur. Et aussi, quelque part, fermer la trappe à ces adultes bien intentionné qui focussaient sur le "défaut" du petit... De la part des parents, je trouve ça louable d'une certaine façon, car on veut toujours le mieux pour nos enfants. Qu'ils l'aient plus facile. Parce que la vie est dure. Mais tu as parfaitement raison : de toute façon, opération ou pas, la vie EST DURE. C'est comme ça. Peu importe ce qu'on fait, on court de grands risques de se faire écoeurer et/ou de complexer pour une raison ou une autre. Plate, mais ce sont les épreuves qui nous font grandir. Quand c'est trop facile, on n'apprécie pas autant les réussites! Et puis, quand on se fait écoeurer, on développe des mécanismes de défense qui nous renforcent le caractère et nous permettent d'affronter des situations bien pires à l'âge adulte...

À Lucille : Ah! Les petits bogues de Blogger! :D Je suis contente que tu apportes un autre son de cloche au débat. C'est vrai que les enfants sont cruels à l'école. J'ai fait les frais de leur méchanceté à une certaine époque (à cause de ma dentition) et à l'époque, j'aurais été prête à tout pour changer. Aujourd'hui, je ne changerais rien à mon apparence. Je suis plus forte. Mais quand on est jeune, on veut habituellement se couler dans le moule, être comme les autres. Comme tu dis, dès qu'on est différent, on est l'objet de moqueries... Triste réalité pour nos jeunes...

À l'auteur de ce blogue : Je prends en note le titre, merci! :D

À Alexandre (et Gen) : Du côté des coûts pour l'utilisation d'une équipe médicale, je ne sais pas si je prendrais ça en compte dans la décision finale. En fait, l'attente était d'un an pour cette opération... Et c'est une opération esthétique. Je suppose que ce n'est pas la même discipline pour le médecin en question (peut-être que je me trompe?). Ce même médecin aurait-il pu opérer une appendicite ou un coeur? Par contre, pour ce qui est des risques, là, Alexandre, je t'appuie à 100 % : je pense à cette femme qui est allée sous le bistouri pour recevoir une chirurgie esthétique du ventre... et qui ne s'est jamais réveillée. C'est cher payer! Enfin, je suis d'accord avec toi pour la question de la décision de mon neveu : à 6 ans, ce n'est pas lui qui a été en mesure de faire la part des choses, ce sont ses parents. Il a été consulté, mais il a dû s'en remettre à leur expertise et leur faire confiance...

Isabelle a dit…

C'est une question délicate à laquelle il n'y a pas vraiment de "bonne" réponse...
J'ai, moi aussi, eu droit aux taquineries des autres lorsque j'étais plus jeune. Même si je réussis très bien ma vie et que j'accomplis de grandes choses, mon estime de moi est facilement ébranlée. Est-ce qu'il en aurait été autrement si je n'avais pas eu ces petits défauts?

Gen a dit…

@Isa: Non, un chirurgien esthétique ne peut pas faire d'opération de l'appendicite... mais ne nous cachons pas la tête dans le sable : il est devenu chirurgien esthétique parce qu'il y avait de la demande... et de l'argent à faire.

Il avait les capacités de sauver des vies, il a été éduqué dans notre système d'éducation, à même nos impôts, et il a décidé de recoller des oreilles...

Enfin...

Isabelle Lauzon a dit…

À Isabelle : Je suis d'accord avec toi, il n'y a pas de "bonne" réponse. Pour ce qui est de ton estime de toi, si je me fie à ma propre expérience : ces blessures intérieures m'ont certainement affectée. Je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui si je n'avais pas eu mes complexes. Mais je ne crois pas qu'au départ, tout soit imputable à mon apparence physique ou au regard des autres. Je crois que même si j'avais été la plus belle fille au monde, même si mon apparence physique avait été parfaite, j'aurais quand même eu sensiblement les mêmes obstacles à affronter pour apprendre à m'estimer. Je crois que ce combat fait partie de ce que nous sommes. Oui, le chemin aurait pu être facile, mais on ne s'en serait pas sauvées... :)

À Gen : Ah là! La question devient beaucoup plus tordue... J'aime ça! Hihi! Posons-nous la question : Le fameux chirurgien esthétique avait-il au départ la vocation pour sauver des vies? Peut-être ne voulait-il pas avoir cette responsabilité, cette pression sur les épaules. Peut-être même qu'il ne trouvait pas ça intéressant, des foies et des coeurs! Pour lui, améliorer l'apparence physique, avoir un résultat visible pour le patient était peut-être plus valorisant. Et tiens, peut-être avait-il souffert lui-même de complexes dans sa jeunesse et c'était sa façon à lui d'aider le monde? Parfois, il traite des anomalies physiques mineures, et d'autres fois, il s'occupe de patients qui ont des défauts physiques vraiment très apparents (ex. : bec de lièvre). Peut-il vraiment décider qui mérite d'avoir une chirurgie et qui ne la mérite pas? Bon, si on embarque là-dedans, les implants mammaires ne devraient même pas exister, hein!

Un chirurgien esthétique qui travaille pour le gouvernement, dans un hôpital, gagne-t-il vraiment plus qu'un chirurgien conventionnel? Que de questions, que de questions! :D