26 janvier 2011

Besoin de conseils

Aujourd'hui, j'ai besoin de conseils.

Comment doit-on accompagner un jeune auteur en devenir dans son cheminement? Jusqu'où pouvons-nous aller? Quand devons-nous nous arrêter, pour le laisser expérimenter lui-même, faire ses propres erreurs, trébucher, se relever, afin qu'il puisse découvrir en lui-même toute la force et la persévérance qu'il faut pour espérer un jour arriver au sommet de son art? Si sommet il y a...

Je me pose beaucoup de questions à ce sujet en ce moment. Ma fille de 12 ans écrit. Elle lit beaucoup, elle écrit beaucoup aussi. Elle travaille sur 4 ou 5 projets en même temps. Elle butine de l'un à l'autre, de façon très passionnée je dois dire.

Et je me questionne. Je me questionne sur mon rôle en tant qu'accompagnatrice.

Je suis sa mère, alors je dois être la personne la plus mal placée au monde pour la conseiller. Je vous rappelle qu'il s'agit d'une adolescente...

Pour l'instant, je la pousse à écrire le plus possible, et je ne regarde rien. Elle me raconte ses histoires par bribes, mais je la freine dans ses élans, et je la renvoie à son clavier. Leçon numéro 1 : on en parle le moins possible, on l'écrit. C'est comme ça qu'on a le plus de chances d'aboutir.

Maintenant, j'entrevois avec appréhension le jour où elle aura terminé un projet. Elle m'a déjà passé sa commande : elle veut que je retravaille le tout avec elle. Elle rêve d'une publication rapide. Et moi, je soupire intérieurement...

Parce que ce n'est malheureusement pas aussi facile que ça. Jeter nos idées sur papier, c'est facile. C'est après que le boulot commence!

Présentement, ma fille n'a aucune notion de ce que sont le style, la réécriture, la narration. Elle fait beaucoup de fautes d'orthographe à l'école. Elle a des idées proprement géniales (voyons, qu'allez-vous penser? Je suis tout à fait objective! Hum...). Par contre, elle a encore tout un chemin à parcourir avant que les idées qui naissent dans sa tête puissent atteindre la qualité nécessaire sur papier.

Je suis peut-être dure, mais le monde est dur. La compétition est féroce. Et je suis mère poule, je sais, mais je voudrais lui éviter quelques déceptions... L'aider à progresser, à éviter des pièges...

D'un autre côté, je sais que ces épreuves font en quelque sorte partie d'un parcours obligé. On n'apprend pas tout à l'école, il faut expérimenter.

Maintenant, je me questionne. Lorsqu'elle voudra que je retravaille ses textes avec elle, qu'est-ce que je ferai? Je ne veux pas lui donner toutes les réponses. Lui corriger son français. Reformuler ses phrases. J'ai déjà essayé de faire ça avec un petit texte qu'elle avait écrit, et au final, ce n'était plus le sien, c'était devenu le mien. Nous en gardons toutes deux un souvenir légèrement amer.

Je ne crois pas qu'il soit bon que je me mêle trop des écrits de ma fille. Je l'encourage, nous échangeons un peu sur nos idées en cours, mais je ne lui fais rien lire, et elle non plus. Et pour ce qui est de ses textes à retravailler, je crois que je devrais lui suggérer de les laisser dormir un peu, de travailler sur d'autres projets, et d'y revenir plus tard. Entre temps, elle aura pris de la maturité, et elle pourra les faire évoluer à sa façon à elle. Pas à ma façon à moi.

Est-ce que c'est la bonne façon de faire? Si je fais ça, elle sera certainement déçue...

Qu'est-ce que vos proches ont fait avec vous? Les miens, rien, ils ne s'y sont pas intéressés à l'époque. Ce qui explique sûrement en partie le temps que j'ai mis avant d'oser plonger à nouveau. Mais là, dans le cas actuel, ce qui est difficile, c'est que j'ai un peu d'expérience dans ce domaine, et que j'aspire moi-même à la publication. D'où peut-être une petite compétitivité de la part de ma fille, ou un désir de performance inspiré de Maman... Enfin, je ne l'ai poussée en rien dans cette voie, je le jure! Je crois sincèrement que ça vient d'elle. Et à voir ses idées et ses rêves, elle a hérité de la maladie mentale de sa mère, je le crains... À croire que certains naissent avec le gêne "auteur"...

Alors, qu'en pensez-vous? Comment dois-je l'accompagner dans son cheminement? En étant plus active, ou en demeurant à l'écart?

15 commentaires:

idmuse a dit…

Dire la vérité est toujours une bonne chose, mais il ne faut pas, pour autant, écraser son rêve. Écrire, c'est un travail. Elle va apprendre, s'améliorer, avoir mal, jubiler aussi.
Accompagne-là, dis-lui la vérité, apprends-lui à travailler, montres-lui que t'es de son côté, etc.
Ne pas oublier que rien n'est impossible. On a tendance à éteindre les rêves lorsqu'on met trop les jeunes en garde.
Surveille de près, mais laisse-là essayer au moins ;)

Gen a dit…

Pour le moment, nourrit sa passion. Ne la force pas nécessairement à écrire. Encourage-la, mais laisse-la raconter si elle veut raconter. Qui sait, c'est peut-être plutôt le conte son talent. Ou le théâtre. Ou le cinéma. Pour le moment, elle bâtit des histoires, alors encourage-la à continuer de le faire, peu importe la forme que ça prend.

Maintenant, SI elle termine un projet d'écriture et qu'elle veut l'envoyer pour qu'il soit publié, là ce sera le temps de passer aux choses plus sérieuses. (Je mets un gros SI, parce qu'à son âge terminer les projets, c'est pas gagné).

Tu pourras lui expliquer qu'il faut corriger le français si elle veut avoir la chance qu'un éditeur l'accepte. Déjà, ça devrait l'occuper (en plus de lui faire améliorer son français).

Ensuite, tu pourras lui expliquer ce que c'est la ré-écriture. Lui expliquer. Pas le faire avec elle. (De toute façon, comme tu l'as remarqué, il y a peut-être un peu de compétition envers toi dans sa relation à l'écriture, alors toute dir lit qui viendra de maman sera mal reçue).

En fait, je te dirais que si elle veut soumettre quelque part, tu devrais l'encourager à le faire. Les refus, ça peut paraître idiot, mais souvent ça prend ça pour savoir qu'on est pas génial. Et la douleur de se faire refuser un texte peut être pas mal atténuée si maman est là pour comprendre et consoler et expliquer que c'est normal, que c'est long apprendre à bien écrire, etc...

Si elle s'accroche et qu'elle continue à écrire malgré un refus, là je pense qu'elle sera prête à apprendre la réécriture.

Et si elle est pas prête à l'apprendre de maman... ben t'as mon courriel ;)

Frédéric Raymond a dit…

Lire beaucoup et écrire, à douze ans, c'est déjà un bon début! Peut-être pourras-tu lui suggérer une lecture sur l'écriture? Pas un livre trop technique, mais quelque chose de plaisant à lire, et si possible écrit par un auteur qu'elle aime. Je présume qu'elle n'a pas encore lu de King, mais On writing est probablement un des meilleurs livres sur l'écriture.

Pour les commentaires sur ses textes (si elle t'en demande), je resterais dans les grandes lignes. Peut-être plus lui poser des question sur les trucs qui ne marchent pas plutôt que les souligner au crayon rouge. Pourquoi ce personnage a fait ça plutôt que ça? Pour l'aider à mieux comprendre les personnages, les intrigues, les points de vue, etc...

Et le conseil le plus important : suis ton instinct!

Gen a dit…

@Fred : Je suis plongée dans On writing présentement et même si c'est super pour les adultes, ce n'est pas approprié pour les enfants je pense.

À l'âge de la puce, faut apprendre la technique : c'est quoi une phrase bien construite, un dialogue bien fait, c'est quoi un narrateur...

Ensuite, elle passera à la substance, la psychologie, etc. Faut savoir marcher avant de courir! ;)

Keven a dit…

Je crois que la lecture vient en premier. C'est indéniable. Ensuite, je penche beaucoup vers ta notion des choses: la laisser faire. C'est quand on est jeune qu'on apprend le plus, je crois. Et on se forge cette carapace qui nous fera dire plus tard «c'était-tu mauvais un peu ce que j'écrivais quand j'étais jeune» et d'en rire. C'est là que tu verras si elle a une âme d'écrivaine, parce qu'une auteur, ça se fait démolir ses textes et ça recommence, sans baisser les bras. Si elle prend l'habitude d'écrire et de se refaire corriger, je crois pas que ce soit bon pour elle.

Ce que tu pourras faire plus tard, c'est la faire rencontrer le plus de gens possibles qui pourront l'aider. La pousser a envoyé ses textes dans des revues. Lui demander de s'informer et de connaître le monde littéraire. Ça l'aidera beaucoup et elle évoluera au fil du temps.

M'enfin, c'est seulement mon avis. Il faut d'abord tenter des expériences et ensuite apprendre. Le mieux, c'est de prendre son temps ;)

Bonne journée Isa!

ClaudeL a dit…

1- pour les blogueurs-commentateurs: le livre s'intitule Mémoires d'un métier/Écriture.

2- à Isa: Pose des questions à ta fille, que ce soit elle qui apporte les réponses: ton histoire est-elle finie? Quelle est la prochaine étape pour toi? As-tu vérifié s'il reste des fautes? Veux-tu l'écrire à l'ordinateur? L'écrire sur des feuilles et les relier? Veux-tu lui ajouter des dessins, des photos? L'as-tu fait lire à ton professeur? Veux-tu publier cette histoire? Pour toi ce serait quoi publier? Veux-tu la publier sur un blogue (oui je connais des jeunes qui ont des blogues)? As-tu pensé à d'autres moyens pour publier ton histoire? Veux-tu la raconter à tes ami(e)s? Veux-tu organiser une soirée-lecture.

Je connais aussi une auteure qui est devenue marraine d'une fillette de 12 ans et l'a aidée à publier son livre à compte d'auteur, ce qui a pris un an: le texte fut tapé par la mère, corrigé, la fille a dû approuver toutes les corrections et réfléchir aux suggestions. 100 exemplaires et mère et fille se sont rendues dans deux expositions locales pour vendre leurs copies, ont été au journal local, etc.

Isabelle Simard a dit…

Je suis d'accord sur pas mal tout ce qui s'est dit jusqu'à présent.

Par contre, pour ce qui est ton rôle, c'est pas tellement évident. À 12 ans, on a pas encore la maturité pour accepter sainement une critique. Il faut donc lui faire comprendre ce que tu veux, en lui faisant croire que c'est elle qui a eu l'éclair de génie.

Offre lui un livre sur la construction d'un récit. Il en existe de très bien fait pour des jeunes destinés aux jeunes.

À 12 ans, si elle n'est pas au secondaire, elle y sera bientôt. Au secondaire, on apprend les styles littéraires, elle aura à les expérimenter, un à la fois. Elle apprendra le conte, la nouvelle, l'essai, la poésie,... Si elle a un prof génial, elle conservera son goût pour la langue. C'est comme ça que je l'ai eu.

À son âge, j'aimais déjà écrire et ma mère se foutait royalement de ma passion des mots. Mon accompagnatrice, ce fût ma grand-mère, pour qui je faisais des albums illustrés. Jamais elle ne m'a fait une critique négative. Jamais. Elle soulignait les points forts et je tentais d'améliorer ce dont elle ne parlait pas, car intérieurement, je croyais que si elle n'en parlait pas c'est que c'était moche. Je voulais lui plaire par tous les moyens possibles.

Pour corriger son français, si ce n'est pas déjà le cas, il y a Antidote. Il comprend des guides très pratiques. Alors au moment de retravailler, elle aura une base sur quoi se partir. Les répétitions (qui ne sont pas toujours évidentes à trouver), les tournures passives, les verbes d'état, les niveaux de langue...

Surtout, laisse-la venir vers toi. Elle ira te voir quand elle sera prête. Si tu as une belle relation avec elle, elle te consultera avant d'aller voir quelqu'un d'autre.

Gen a dit…

@Isabelle S : Noooooon! Tu veux pas partir une fillette de 12 ans sur Antidote!?! Si elle apprend pas à écrire toute seule à 12 ans et qu'elle s'en remet à un logiciel, elle apprendra jamais! Voix passive, verbes d'état et répétition, ce sera le temps de lui sortir ça du corps plus tard.

Genre quand elle saura c'est quoi une voix passive! (dans mon souvenir, c'est au programme de secondaire 4...)

ClaudeL a dit…

Peut-être pas sur Antidote, mais si elle écrit sur l'ordinateur, elle peut tout de même voir les mots soulignés en rouge et se poser des questions, essayer de trouver la faute et peut-être apprendre à se servir du petit outil d'orthographe-grammaire.
À quel âge les enfants commencent-ils à se servir d'une calculatrice?

Gen a dit…

@ClaudeL : Le correcteur automatique, ok. Mais Antidote, c'est trop je crois. Et à ce que je sache, la calculatrice n'est pas autorisée avant le secondaire 1. (Et il y a moins de trucs à apprendre en calcul qu'en grammaire...)

Audrey a dit…

Je crois que si elle vient te raconter les histoires qu'elle écrit, il faut la laisser faire, peut-être que ça stimule son imagination. Je ne suis pas sûre que ne pas en parler soit un gage de réussite. Quand j'écrivais Passionnément givrée, j'en parlais sans cesse à mon chum.
Pour ce qui est des corrections, peut-être que tu devrais juste l'accompagner sur ce chemin, lui expliquer ce qu'est la réécriture, essayer qu'elle trouve elle-même ce qui ne va pas et ensuite l'orienter. A 14 ans, j'ai eu la chance de partager mes écrits avec ma prof de français et ça m'a beaucoup aidée. Elle m'a encouragée tout en me faisant garder les pieds sur terre.
Je pense aussi qu'il est important que ta fille sache que publier est difficile et que c'est un long chemin. Etre réaliste sans pour autant l'empêcher de rêver.

Anonyme a dit…

Un truc que j'utilise parfois, c'est de demander aux jeunes quelques titres parmi leurs livres préférés, et leur faire réaliser que ces oeuvres ont (presque toujours) été écrites par des gens qui avaient, au minimum, dépassé la trentaine. J. K. Rowlings avait 32 ans au premier Harry Potter. Bryan Perro a publié le premier Amos Daragon à 35 ans (mais ce n'était pas son premier roman). Stephenie Meyer: 35 ans au premier Twilight, etc. À eux de conclure qu'il faut une certaine maturité avant de publier, même s'il est douteux qu'un enfant de 12 ans soit apte à tenir un raisonnement comme le ferait un adulte.

Joël Champetier

Isabelle Lauzon a dit…

Ouf! Wow! Que de bons conseils! :D

Vu le nombre impressionnant de commentaires et de conseils qui ont paru ici, je ferai une exception pour une fois et vous répondrai globalement!

Alors, j'ai lu tous vos conseils avec avidité en arrivant ce soir et c'est drôle, ma fille a justement abordé le sujet durant la soirée! (Qui a dit que le hasard n'existait pas?)

Elle m'a fait part de ses inquiétudes à elle. Elle voulait surtout s'assurer que je l'accompagnerais dans sa démarche et que je la conseillerais.

Nous avons discuté pendant une bonne demi-heure du sujet et nous nous sommes ajustées. Je lui ai expliqué que je craignais d'en faire trop, de la brimer dans son évolution. Que je tenais à ce qu'elle ne brûle pas d'étapes, qu'elle prenne le temps d'apprendre par elle-même. Que je serais toujours là pour l'épauler, l'écouter, l'aider, mais que je ne lui donnerais pas les réponses.

De son côté, elle désirait surtout que je lui apprenne des notions de base, que je la dirige vers la bonne voie. Lorsque l'un de ses textes aura été finalisé, elle aimerait que je lui donne mon avis, que je l'aide à le retravailler pour le rendre meilleur.

Je lui ai dit que mon avis, ce serait plutôt des questionnements à propos de certains passages, des interrogations à propos de la logique de certains éléments. Mais que je ne lui corrigerais pas le français, que je ne réécrirais pas à sa place. Je pourrai évidemment en profiter pour lui apprendre des notions de grammaire (autant joindre l'utile à l'agréable!). Je lui soulignerai certaines erreurs à corriger, mais je ne ferai pas tout, elle devra travailler.

Maintenant, le plus dur : Je lui ai expliqué qu'à mon avis, à 12 ans, elle a encore beaucoup de choses à apprendre. Et que la publication ne sera sûrement pas pour tout de suite. Ce n'est pas pour briser ses rêves, au contraire : être réaliste, c'est le meilleur moyen à mon avis de s'éviter bien des déceptions et de fausses attentes. Heureusement, elle est d'accord avec moi. Elle comprend que le chemin ne sera pas toujours facile (hé! elle a assisté à quelques-unes de mes déceptions, quand même!), mais elle veut, non, elle a besoin de continuer. Quand elle me parle de sa passion pour l'écriture (elle va faire un exposé oral là-dessus bientôt), je vois la passion dans ses yeux. À travers les mots qu'elle emploie pour en parler, je vois mes propres émotions, ma propre passion pour l'écriture. Telle mère, telle fille...

Je suis contente que nous nous soyons parlées. Ma fille m'a dit des mots qui me sont allés droit au coeur : elle est fière et se considère chanceuse d'avoir une mère comme moi, une mère qui écrit. Parce qu'aucune de ses amies n'a une mère comme ça...

Au cours des prochains mois, des prochaines années, je tâcherai de tenir ma principale résolution dans ce dossier, soit : laisser ma fille évoluer à son rythme, en l'accompagnant de mon mieux, mais sans lui donner des réponses toutes faites. Car chacun a son propre cheminement à suivre...

Gen a dit…

@Isa : Elle a effectivement de la chance d'avoir une mère comme toi.

Tu vas arriver à la soutenir sans l'étouffer, j'en suis sûre.

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : Mauzusse que j'aurais aimé ça avoir une mère de même! :D (Voyons, Môman, prends pas ça de même, je t'aime pareil!)

En tout cas, j'essaie de faire au mieux... être parent, c'est pas toujours facile!