23 décembre 2010

La malédiction de Noël

Comme plusieurs autres, j'ai répondu à l'invitation lancée par Richard (soit, pondre une histoire de Noël de moins de 500 mots et la publier sur notre blogue).

Voici le résultat (et pour voir les textes des autres, c'est ici) :

La malédiction de Noël

Alain vérifie pour la centième fois son arsenal de protection. Casque de gardien de but, jambières, épaulettes, plastron, gants, coquille. Il ne lui manquerait plus qu’un bâton et des patins, et il serait prêt pour une partie de hockey.

Sauf qu’il ne jouera pas au hockey ce soir. Ce soir, il joue sa vie.

En tremblant, Alain s’assoit dans son fauteuil et admire les flocons qui virevoltent dans la nuit. Exceptionnellement, il a laissé les rideaux ouverts. S’il doit mourir, autant le faire en regardant les décorations scintillantes des Perreault, ses voisins d’en face.

Les Perreault festoient en grand. Rien de plus normal, en ce 24 décembre, soir de réveillon, de dinde et de présents. Une bouffée de nostalgie prend Alain à la gorge. Il n’a pas fêté Noël depuis des années. Oh! Les Perreault l’ont gentiment invité. Et ce, même s’ils connaissent sa situation. Du bon monde, les Perreault.

Évidemment, Alain a décliné. Il aurait été égoïste de sa part d’attirer le mauvais sort sur cette charmante maisonnée.

Les gants se resserrent sur les accoudoirs. Alain écoute, attentif au moindre bruit, au moindre craquement. Son regard glisse sur le plafond. Précaution inutile, sûrement, mais depuis que le toit de son ancienne maison lui est tombé sur la tête, il se méfie.

L’escalade des malheurs prendra bientôt fin. Résigné, Alain attend l’inévitable. Depuis quelques minutes, un mal de bloc lui enserre le crâne. Le stress, certainement. Ensuite vient la nausée, légère au début, puis de plus en plus prenante.

Périra-t-il empoisonné, comme son chien, décédé il y a de cela trois Noël? Hautement improbable. Depuis deux jours, il a pris soin de ne rien manger.

La tête d’Alain devient de plus en plus lourde. Il a pourtant fait une sieste en après-midi, question de demeurer éveillé pour ce qui sera probablement sa dernière soirée en ce bas monde.

Chaque Noël, depuis 36 ans, la malédiction de Noël frappe. Chaque année, la sanction empire. Jusqu’à quand devra-t-il endurer ce châtiment? Jusqu’à quand devra-t-il payer pour une erreur commise alors qu’il n’était qu’un gamin? Bon sang, il n’avait que 5 ans, ce n’est pas juste! Il ne savait pas ce qu’il faisait. Tôt ou tard, tous les gosses jouent avec des allumettes, non? Sur cette dernière pensée rageuse, il s’écroule, inconscient.

25 décembre, 00 h 12. Alain s’éveille en sursaut. Un pompier appose un masque sur sa bouche et le rassure, lui dit que ça va bien aller, que l’ambulance s’en vient.

À l’hôpital, Alain apprendra que les Perreault, en pleines réjouissances du réveillon, se sont relayés toute la soirée pour le surveiller à l’aide de leur télescope. Dès qu’il s’est écroulé, ils ont donné l’alerte au 9-1-1. Verdict : Intoxication au monoxyde de carbone.

Du bon monde, les Perreault. Ils viennent de lui offrir en cadeau une autre belle année de sursis.

8 commentaires:

yves Paquin a dit…

Salut, j’adore votre blog et votre façon de raconter tout ça. Bravo et bonne continuation.
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Gen a dit…

Intéressant... c'est un Noël aigre-doux : la malédiction pour le personnage, mais le dévouement des voisins. Une belle histoire je trouve. Ni trop sombre, ni trop gentille. :)

Lucille a dit…

Beau conte, touchant, inquiétant, triste et sobre.

Bravo.

Pierre H.Charron a dit…

J'aime les malédictions...dans les histoires bien-sûr. Un beau cadeau de Noel..un an de sursis ...
Du ben bon monde les Perraults... ;)

ClaudeL a dit…

Quelle belle montée.
De la place aussi pour encore toutes sortes de possibilités.

Isabelle Lauzon a dit…

À Yves Paquin : Merci, et merci de votre visite!

À Gen : J'ai effectivement essayé de trouver un juste milieu. Un peu déprimant, mais avec une note d'espoir à la fin...

À Lucille : Hein? Y a tout ça là-dedans? Wow, je vais le relire... Hihi! :D

À Pierre : Du ben bon monde, mets-en! Je les prendrais bien à la place de certains de mes voisins... :D

À ClaudeL : En fait, je voyais une histoire beaucoup plus longue pour ce texte. Mais là, avec la contrainte du 500 mots maximum, je me suis retenue un peu. Qui sait, peut-être qu'un jour je le réécrirai en version longue... :)

Alexandre Babeanu a dit…

Ca m'a bien plus, plein d'idées interessantes! Ca mériterait effectivement d'être plus long!

Joyeux Noël!

Isabelle Lauzon a dit…

À Alexandre : J'en prends bonne note! Joyeux Noël à toi aussi!