8 décembre 2010

Cette peur qui n'a peut-être pas lieu d'être

Mise en contexte :

Vous venez de pondre un chef-d'oeuvre littéraire (une merveille et un futur best seller, évidemment!) Là, vous vous préparez à lui faire quitter votre nid douillet. À l'envoyer tenter sa chance dans le vaste et méchant monde extérieur.

Si vous êtes comme moi, enfin, la moi d'avant, vous vous dites : "Wo! Minute! Je ne peux pas lui laisser quitter la maison sans aucune protection!"

Et là, vous vous dépêchez d'aller au bureau de poste pour vous envoyer à vous même votre manuscrit, sous pli recommandé. Ainsi, si jamais il prenait l'envie à un vilain pas fin de vous voler ou de vous plagier, oh! oh! Vous auriez une belle preuve de droit d'auteur entre les mains! Et il irait en prison tout de suite, pendant au moins 10 ans, pour avoir osé s'emparer de votre si belle oeuvre...

OK, là, je fabule un peu!

Maintenant, voyons la réalité en face :

J'ai gaspillé plusieurs beaux dollars au cours des dernières années pour m'envoyer par la poste de courts textes sans aucun avenir, que personne n'aurait jamais eu envie de voler de toute façon, qui n'ont jamais été publiés et qui dorment encore dans mes tiroirs. D'un sommeil éternel, je le crains. En tout cas, ils ne sont certainement pas publiables dans leur forme actuelle.

Ma peur d'antan venait ternir ma joie de partager un texte avec un ami. Je n'osais pas montrer mes écrits à mes contacts, de peur de me faire voler mes idées.

Stupide! Tellement stupide!

Franchement, qui aurait intérêt à voler le texte ou les idées d'un autre? (de toute façon, le vol d'idées, c'est tellement subjectif comme concept... puisque tout a déjà été écrit!)

Voyons les possibilités :

Un auteur cambrioleur

Un auteur n'y verra aucun attrait, de cela, j'en suis absolument certaine. Son but premier est de faire reconnaître son propre talent, alors pourquoi diable irait-il se vanter d'avoir écrit un truc qui ne vient pas de lui? Et même, même s'il le faisait, vous imaginez le syndrôme de l'imposteur après? Invivable! En plus, faudrait que ce soit vraiment super bon à la base, qu'il soit certain que ça va être publié, et ensuite qu'il prennent l'énorme risque de tuer tous ses rêves de carrière dans le milieu si jamais ça se savait... Non, un auteur ne ferait pas ça.


Un non-auteur (ou, si vous préférez, Monsieur et Madame tout le monde)

Ce serait quoi, sa motivation? Devenir riche et célèbre sans effort? Là, je suis morte de rire. Riche? Célèbre? Si vous pensez qu'on peut atteindre ce but là en publiant rien qu'un livre, vous rêvez en couleur... Bonne chance!

En plus, ce non-auteur n'aurait pas de contacts dans le milieu, ne saurait même pas par où commencer pour savoir où soumettre ce texte volé.

Et, s'il ne s'intéresse pas au milieu, s'il n'écrit pas, pourquoi donc voudrait-il faire publier à son nom ce fameux texte? Hein? C'est quoi, le but?


La Isa d'aujourd'hui

Aujourd'hui, je n'ai plus peur de me faire voler mes textes. Je les partage avec des collègues du milieu, on s'entraide, on se conseille. Les courts textes, les nouvelles, je ne les protège plus en me les envoyant par la poste. Franchement, c'est de l'argent gaspillé. Pour un roman, là, c'est sûr que je le ferais (il y a un boulot monstre derrière ça!), mais pour les petits projets, ça n'en vaut pas le coup/coût.

Attention par contre! J'ai déjà partagé des textes avec certaines personnes, 2 pour être plus précise, qui ont trahi ma confiance en les faisant lire sans mon consentement à d'autres personnes. Alors que j'avais précisément fixé comme condition préalable que justement, elles devaient m'en parler avant... car je tenais à restreindre la diffusion de ces textes en vue d'une éventuelle publication.

L'un des textes, une histoire d'halloween pour enfants, a fait le tour d'un party de famille... dans une famille que je ne connaissais même pas... Inutile de vous dire que ces 2 personnes n'ont plus jamais reçu d'autres textes de ma part...

Bref, je ne crois pas que cette peur du vol d'idées ou de textes a lieu d'être. Peut-être qu'il existe un risque quelque part, mais je crois qu'il est très minime et qu'on aurait tort d'être paranoïaques avec ça.

Et vous, vous en pensez quoi? Est-ce que vous protégez tous vos trucs, ou bien vous faites confiance à votre prochain?

12 commentaires:

idmuse a dit…

Belle question.
Personnellement, j'envoie mes affaires par la poste environ une fois par année avec ce que j'ai (mais comme je n'écris que des romans... ) Dans tous les cas, ça me fait un backup que je laisse chez mon père. Peur du vol? Oui et non. C'est une protection rassurante plus qu'autre chose. Au moins, ça me fait un copie en sécurité ailleurs, advenant un incendie, par exemple.
Par contre, je fais lire sans réserve à un cercle d'amis puisque je ne vois plus rien à la fin de mon histoire. J'ai besoin de regards neufs. Je note à qui je le fais lire et chacun garde sa couleur dans le tapuscrit. Parfois, des nouveaux me demandent de lire (c'est pratique après la première correction, les lecteurs 1 ne veulent plus relire la même histoire en général, sauf exception). Du coup, ça me fait deux cercles: lecteurs 1, lecteurs 2.
Après, je ramasse les copies et je me remets au boulot.

Gen a dit…

Je partage, mais, comme toi, à petites doses, en testant la fiabilité des personnes auparavant.

Je me suis envoyée par la poste mes textes les plus importants (mais pas par courrier recommandé : c'est pas nécessaire de toute façon, l'important c'est le cachet de la poste, alors poste normale, ça suffit).

Depuis que je travaille avec des avocats, j'ai appris que les preuves électroniques sont acceptées à présent, alors un simple courriel avec pièce jointe suffit désormais à prouver qu'on avait un manuscrit en notre possession à telle date. Donc, j'ai abandonné le courrier.

Cela dit, je pense comme toi que les risques de se faire voler nos idées sont faibles. Sauf que... vaut toujours mieux garder l'oeil ouvert.

Quoique quand on voit le cas de Robinson, on se dit que toute façon, même avec des preuves et une cause en béton, si on se fait copier on est pas prêt de voir la couleur de notre argent! :(

Isabelle Lauzon a dit…

à idmuse : Si on voit ça dans le sens d'un backup, je le fais déjà avec une clé USB que je traine partout. Alors je n'ai pas tellement envie de dédoubler partout avec des versions papier. D'ailleurs, ma mère a pratiquement tous mes écrits, alors au pire, je pourrais reconstituer la plupart de mes trucs advenant un incendie... Pour les lecteurs, c'est vrai que c'est utile d'en avoir plusieurs. Cet oeil extérieur devient essentiel lorsqu'on n'arrive plus à y voir clair! Personnellement, je fonctionne beaucoup par courriel. Par souci d'économie et de commodité surtout. J'adore particulièrement la fonction "commentaires" dans Word, elle permet de commenter rapidement un texte et c'est très convivial. Donc pour moi, c'est vraiment par l'informatique que ça passe, pas par le papier. Mais je dois dire que je n'ai fait que des trucs courts jusqu'ici. Pour un roman, je suppose que le lecteur préférera avoir ça en format papier...

À Gen : La poste normale ça suffit? Je retiens ça dans ma boîte à malice... :D C'est sûr qu'il faut garder l'oeil ouvert! Et tous ne sont pas dignes de notre confiance... Comme toi, je fais des tests. Et ouais, même si on se protège, il n'y a rien de gagné... La justice étant ce qu'elle est... :S

Gen a dit…

Je précise que le vol d'idée le plus probable n'est pas le vol "direct". Disons que tu écris une histoire de zombie. Tu la fais lire à quelqu'un du milieu. Il trouve que c'est une bonne idée de récupérer ce monstre. Il écrit une histoire de zombie lui aussi. Il la publie avant toi. On le félicite. Tu envoies ta propre histoire. On la refuse : parce que ça fait trop d'histoire de zombie de suite. Ou alors on la publie, mais tout le monde te dit qu'elle ressemble à l'histoire de l'autre.

Voilà, tu t'es fait voler ton idée.

Cela dit, si on commence à paranoïer à ce point, on s'en sortira pas. Si ton texte est bon, tu pourras le recycler plus tard.

idmuse a dit…

@Gen: oui, je vois le vol comme toi: l'idée plus que l'histoire, mais je ne savais pas que la version électronique suffisait. Quoique je ne doute pas que faire valoir ses droits, ça ne doit pas être facile dans ces cas-là...
Perso, j'ai un compte sur dropbox (2 gig partout en ligne) et je renomme mon document chaque jour (copie journalière) pour conserver la progression autant que la dernière version d'un document (c'est surtout pour retrouver des parties que j'aurais effacée un moment donnée dans une phase: on enlève tout!).

Alexandre Babeanu a dit…

La méfiance et l'inquiétude du vol est légitime, à mon avis aussi. Cela, comme le souligne Gen, de nos jours un courriel suffit, ou même Dropbox, comme le dit idmuse, du moment qu'un serveur tiers, "digne de confiance", peut confirmer la date de création.

A propos de Dropbox, outil interessant, je l'utilise moi surtout pour partager mes fichiers entre plusisuers machine, comme ça je peux écrire depuis n'importe où!

idmuse a dit…

J'avoue, Dropbox c'est merveilleux! Un icone sur le bureau partout (chez moi et au travail). Ça me permet de partager un dossier avec certains amis, récupérer mes fichiers partout. Il y a même un outil en ligne pour que mes étudiants puissent me remettre leurs travaux et tout s'en va sur mon compte.
Je suis vendue, je sais ;)

Pierre H.Charron a dit…

DropBox..ca fait des semaines je j'ai ca sur ma "todo list " ...

Et content de savoir que la preuve électronique est admise. Cet énoncé devrait être crier haut et fort. Plusieurs l'ignore, j'en suis certain.

Gen a dit…

@Pierre : C'est admis, mais c'est pas nécessairement facile. Cela dit, rien n'est facile quand on parle de revendication en cours. L'avantage de brandir une enveloppe dûment estampillée, c'est que ça fait peur.

Mais en cas de vrai problème, oui, un simple courriel peut suffire, à condition que, comme dit Alex, tu aies un hébergeur tiers (c'est-à-dire que tu héberges pas tes propres documents sur un serveur).

Un mot à propos de Dropbox : j'utile mon compte hotmail de la même façon! hihihi :p

L'auteur de ce blog a dit…

Intéressante question!

Personnellement, je n'ai jamais eu peur de me faire voler mes textes. C'est très simple de prouver qu'ils nous appartiennent par la suite. Et l'une des façon de prouver qu'un texte est le nôtre, justement, c'est de le faire lire aux gens.

Cela dit, je ne partage pas beaucoup mes écrits pour de tout autres raisons.

J'ai simplement l'impression que les gens qui me commentent, souvent, ont un "hidden agenda", comme on dit en anglais. Certains auteurs ratés vous commentent en vous percevant comme un compétiteur. D'autres membres de votre famille, jaloux de vos ambitions, veulent les tuer dans l'oeuf. Et que dire de la fille qui veut coucher avec vous et qui vous flatte dans le sens du poil?

Personnellement, je n'ai que trois lecteurs réguliers. Deux d'entre eux ne sont même pas écrivains!

Lucille a dit…

Merci pour cette mine d'information.s Je prends note de tout... et je cours m'inscrire sur DropBox.

Je n'ai pas beaucoup d'écrits mais j'ai mon fils qui est très critique et qui me dit les vraies affaires. Je vais tenter de trouver des gens de confiance vers qui je pourrais me tourner pour avoir un regard objectif sur mes manuscrits.

Isabelle Lauzon a dit…

À Gen : Intéressant, cette question de vol indirect... Je n'y avais pas songé comme ça, mais considérant ma lenteur à aboutir, mieux vaut en effet que je ne parle pas trop de mes projets en cours, car n'importe qui pourrait sortir son roman plus vite que moi! :D

À idmuse : Dropbox, hein? Merci du renseignement, je ne connaissais pas du tout cet outil! Je vais aller y faire un tour pour voir... :p

À Alexandre : En fait, tout dépend je crois du degré de confiance que tu accordes à tes lecteurs... Je n'en ai pas beaucoup, des lecteurs, mais j'ai une confiance totale en leur intégrité. Re-Dropbox ici, ça commence à m'intéresser, ce truc! :D

À Pierre : Bon, on aura appris des choses tout les deux grâce à ce billet! :D

À Gen : Ah! Hotmail, ça, je connais ça! Hihi! Tout le monde le sait, je ne suis pas une Madame techno, moi... :D

À "l'auteur de ce blogue" : Là, c'est sûr que trouver de bons lecteurs, ce n'est pas toujours facile! On teste, on essaie et on voit ce que ça donne. Les coups bas personnels, les petites mesquineries, c'est une réalité. On écarte ces gens là et on cherche ailleurs... :D

À Lucille : C'est une très bonne démarche! Se munir d'un comité de lecteurs, c'est un gros plus quand on veut avancer. Il faut par contre apprendre à se faire dire les vraies affaires sans frustrer... d'où l'importance d'avoir parmi notre comité des gens qui ne seront pas nécessairement des proches! Ça passe mieux mettons... :D