7 août 2010

Doit-on contrôler les lectures de nos jeunes?

Du plus loin que je me souvienne en fouillant dans ma mémoire, je ne crois pas que mes parents aient déjà exercé le moindre contrôle sur mes choix de lecture.

De temps en temps, des boîtes remplies de bouquins atterrissaient chez nous, prêtés par l’une ou l’autre de mes tantes. Dépendant de la prêteuse, les genres pouvaient être extrêmement variés. Ça allait des Archie aux romans Harlequin, en passant par les grosses briques et les bandes dessinées érotiques…

Aucun contrôle, je le jure! Certains livres m’ont fait écarquiller les yeux, d’autres ont carrément fait mon éducation sexuelle… Je lisais tout. De l’encyclopédie au roman photo, des Mickey parade aux Barbara Cartland. Aucune censure.

À l’époque, je trouvais ça normal. J’étais bien contente que mes parents me fichent une paix royale!

Sauf qu’aujourd’hui, je me retrouve de l’autre côté de la clôture. Aux prises avec une presque adolescente, qui dévore les livres les uns après les autres. Tout mon portrait à son âge!

Pour le moment, les choses se passent assez bien, je dirais. Soit elle emprunte des livres à la bibliothèque dans la section jeunesse, soit elle lit ce que nous lui offrons en cadeau, alors je n’ai presque rien à redire. Presque…

J’ai commis l’erreur il y a quelques mois de recommander une série jeunesse à ma cocotte : Magie blanche, de Cate Thiernan. De l’amour, de la magie, parfait pour une ado, me suis-je dit.

Oui, enfin, la série est excellente, mais elle a un peu trop plu à ma fille. La voilà mordue de Wicca. Vous savez? La Wicca, considérée comme une religion par certains, une philosophie de vie par d’autres, et même une secte dans le pire des cas…

J’espérais qu’elle se lasserait, mais voilà, ce n’est pas le cas. Elle a obtenu de ma mère qu’elle lui fabrique une robe de cérémonie… Elle s’en sert chaque matin pour transmettre ses prières à la Déesse… Elle me demande de lui fabriquer un autel… De lui donner la permission de faire brûler des bougies…

Stop! Ai-je raison de m’inquiéter? N’est-ce qu’un jeu dont elle se lassera vite, ou bien est-ce plus sérieux?

Dernièrement, j’ai lu certains bouquins que ma fille me recommandait. Parfois, je trouve que les auteurs vont un peu loin… Parler à mots couverts de filles faciles qui couchent avec le premier venu, de virginité, de viol… Hé! Elle n’a que 11 ans et demi!

Ce doit être moi qui m’en fais trop. Je devrais peut-être prendre exemple sur mes parents et jouer à l’autruche. La laisser faire elle-même ses expériences, afin qu’elle soit en mesure de déterminer elle-même quels sont ses goûts.

Présentement, j’ai plutôt envie de lui suggérer de se contenter d’un bon vieux Spirou…

Alors, je vous le demande : Devrait-on contrôler les lectures de nos jeunes? Ou devrait-on plutôt leur faire confiance et de les laisser pleinement libres de leurs choix?

13 commentaires:

Chantal Moreau a dit…

La littérature pour la jeunesse offre au jeune un miroir dans lequel il y découvre sa propre réalité. Elle lui propose aussi d’autres visions du monde que la sienne, lui ouvrant ainsi de vastes horizons à explorer.

Pour ma part, je crois qu'il est important pour nous, parents, de contrôler les livres qui entrent à la maison lorsque nos enfants sont jeunes, car ceux-ci sont souvent plutôt influençables. Ce n'est pas une tâche facile, car cela nécessite pratiquement qu'on lise tous les livres avant eux, à moins qu'ils nous soient recommandés par quelqu'un qu'on connait bien :) ... Ensuite, une fois qu'ils sont plus grands, nous pouvons leur laisser le libre choix des livres qu'ils désirent lire. Ils sont alors plus en mesure de mieux comprendre ce qu'on leur présente.

Gen a dit…

J'ai eu la même liberté totale que toi.

Par contre, lorsque mes parents se rendaient compte que j'avais lu un bouquin un peu plus "hard", ils prenaient le temps, mine de rien, de m'en jaser un peu : comment j'avais trouvé ça, quelles parties m'avaient fait réagir, quelles parties ils trouvaient choquantes, quelles parties ne reflétaient pas la réalité...

Je pense que c'est peut-être à cet exercice que tu devrais te livrer avec ta fille. Lui faire comprendre que le Wicca, c'est... hum... douteux disons. Que, premièrement, c'est très important dans les livres, mais qu'il faut faire la différence entre la fiction et la réalité : on n'a aucune preuve que cette magie marche. Que, deuxièmemement, ça prétend se baser sur des croyances anciennces, mais pour lesquelles on n'a aucune preuve. Tout a été "réinventé" par des romanciers et des gens crédule. Et que, troisièmement, il y a une limite aux pratiques "religieuses" que tu acceptes chez toi, peu importe la religion : alors pas d'autel et pas de bougies. (Tu pourras lui dire qu'en Wicca, la nature est un temple, alors elle a juste à regarder par la fenêtre :p)

Ce que je trouve très drôle, c'est que vers 12 ans, j'ai eu une passe très Wicca moi aussi. Par contre, je n'aurais jamais voulu que mes parents s'en rendent compte, alors mes prières à la Déesse, je les faisais dans la plus grande discrétion :p J'ai quand même passé un soltisce d'été ou deux dehors...

Puis j'ai découvert que tout ça était basé avant tout sur de la fiction, je me suis tannée et j'ai arrêté de m'y intéresser.

Alors surveille et soit patiente.

Gen a dit…

Ah et faut que j'ajoute : s'il y a une notion de sexualité qu'il est important que les filles apprennent tôt de nos jours, c'est bien celle de virginité.

Tsé dans le sens de : y'a pas de retour en arrière, si tu la donnes à quelqu'un, c'est fait, c'est fini, c'est un moment spécial qui reviendra jamais.

Karuna a dit…

Oublie le contrôle, c'est une illusion. Même si tu le voulais, tu ne pourrais pas vraiment filtrer ce qu'elle va lire. Par contre, tu peux décider ce qui entre chez toi. Ça indique une voie à tes enfants. Après, comme dit Gen, c'est le dialogue qu'il faut viser.
Je partage l'idée de Chantal, la lecture est l'un des miroirs qui sert au jeune à se construire. Pour les parents, elle peut aussi être un prétexte pour aborder certains sujets de la réalité. Alors, entre l'autruche et le censeur, il y a la bienveillance, ce que tu exerces déjà, à ce que je peux lire. C'est ce qui compte.

Frédéric Raymond a dit…

Ma mère avait la drôle d'habitude de me censurer trop tard... même si ce n'est pas arrivé souvent. Elle m'a envoyé me coucher à 30 minutes de la fin de Basic Instinct (alors que toutes les scènes de sexe étaient passée) et elle a failli me confisque Jessy, de Stephen King, alors qu'il y a du sexe seulement dans les 30 première pages. (Je crois bien que ma mère essayait de préserver mon innocence.)

Je crois que le plus important à apprendre aux enfants c'est la différence entre la fiction et la réalité. C'est bien beau de l'occulte dans les livres, mais dans la vie on a plus de chance de se faire arnaquer que d'en tirer des avantages... C'est bien beau la violence dans les livres, mais dans la vie de tout les jours, c'est pas cool. C'est bien beau le sexe dans les livres, mais dans la vie de tous les jours, c'est bien beau le sexe (quand il est bien fait en tout cas).

Isa Lauzon a dit…

À Chantal : Joliment dit! Je suis bien d'accord avec toi, mais comment déterminer à partir de quel âge ils sont en mesure de se faire une idée réaliste des choses? Car actuellement, je dirais que ma fille est très, très influençable... Je ne peux pas lire tout ce qu'elle lit (elle lit vraiment beaucoup!), mais je prends le temps de jeter un coup d'oeil de temps en temps sur ses choix de lecture, et sur le contenu. Nous sommes ainsi en mesure de discuter de certaines notions abordées, ça ouvre une porte pour le dialogue. Je ne pense pas que la voie soit le contrôle (qui sonne à mon oreille et surtout à la sienne comme dictature!), mais plutôt l'intérêt, le dialogue et la suggestion. Je peux orienter les choix de ma fille vers ce que je considère être la bonne voie, mais ai-je le droit de l'empêcher d'expérimenter? Que de questionnements... Être mère, c'est aussi accepter de se remettre soi-même en question, c'est se demander sans cesse si on a vraiment la bonne réponse, ou si on a tort... Enfin, merci de m'aider à y voir plus clair! ;)

À Gen : Tu vois, ça, c'est quelque chose que je n'ai pas eu. Mes parents ne s'intéressaient pas à ce que je lisais - mon père ne lisait pas du tout, et ma mère se cantonnait aux romans d'amour, surtout les Harlequin -, alors j'ai dû me forger moi-même ma propre opinion. Ma fille sera privilégiée en ce sens, je pense, car, comme nous lisons souvent les mêmes livres, nous sommes en mesure d'échanger sur le contenu.

Ah! La Wicca! Pour l'instant, elle ne veut rien entendre. Pour elle, c'est comme croire en Jésus. On croit, ou on ne croit pas. Ce qui ne veut pas dire que c'est vrai ou pas. J'ai beau lui répéter qu'elle doit faire attention, que les notions qu'elle croit avoir apprises proviennent de romans jeunesse et qu'il faut vérifier ses sources avant de croire n'importe quoi, mais elle ne veut rien entendre. J'ose espérer que, comme toi, Gen, elle ouvrira les yeux un jour et délaissera cette voie... Pour ce qui est des bougies et de l'autel, je n'ai accordé aucune permission. Je lui ai mentionné que ces pratiques ne faisaient pas partie de ce que j'acceptais actuellement dans ma maison, mais je n'ai pas dit jamais non plus, car il n'y a rien de pire qu'un "non" pour braquer une ado!

Bon point pour la virginité, je veux tout de même qu'elle apprenne les notions de base en sexualité, c'est de son âge. Les petites filles, il faut les préparer tôt à cette réalité, surtout dans la société d'aujourd'hui... Par contre, je veux que ce soit bien fait et bien expliqué. Pas de façon vulgaire ou pornographique... Lui expliquer que les sentiments sont importants, qu'elle doit se respecter, et toutes ces choses-là. En tout cas, laisse-moi te dire qu'élever une fille, ça demande pas mal de psychologie! ;)

Isa Lauzon a dit…

À Karuna : Tu as raison, le contrôle est une illusion. Contrôler, c'est vouloir tout diriger, et on ne peut et on ne doit pas faire ça avec un ado. Il faut plutôt lui donner les outils pour qu'il ou elle puisse faire les bons choix, car ce sera bientôt un(e) adulte et on ne pourra pas toujours lui dicter sa conduite. J'espère de tout coeur que je fais ce qu'il faut. Je fais mon possible en tout cas...

À Frédéric : MDR!!! Censurer quand il est trop tard!!! C'est sûr qu'en tant que parents, on veut protéger l'innocence de nos enfants le plus longtemps possible, car on sait que le monde dans lequel nous vivons est cruel et on voudrait prolonger le plus longtemps possible leur bienheureuse innocence... Mais justement, la vie est souvent cruelle, et ne vaut-il pas mieux qu'ils en prennent conscience le plus tôt possible, à un degré moindre que la réalité, en lisant ou en visionnant des films qui leur ouvrira les yeux? Je ne sais pas. Un peu des deux peut-être. Croire au Père Noël le plus longtemps possible, mais comprendre que les vieux monsieurs qui offrent des bonbons sont sûrement des pédophiles... et qu'il ne faut pas s'asseoir sur leurs genoux... MDR!!!

T'as raison, c'est bien beau le sexe... Mais j'espère que ma fille apprendra ça le plus tard possible! Vers 21 ans, mettons... Hihi! ;)

Frédéric Raymond a dit…

@Isa Un bon et juste milieu! Je peux aisément imaginer tes craintes par rapport à la sexualité de ta fille, car moi-même cette question me hante déjà alors que ma petite a à peine deux ans! Mais bon, le plus important reste d'apprendre à notre enfant à faire des choix réfléchis et personnels, et à ne pas se faire influencer par les gens autours. (Et dans notre cas c'est d'apprendre à une petite très sociable à ne pas prendre la main de n'importe quel étranger...)

Chantal Moreau a dit…

Ce que chaque parent considère mauvais varie et dépend de leur situation unique et de leurs valeurs familiales. Pas évident donc de te donner des conseils là-dessus. De mon côté j'ai été assez sévère sur le choix des livres de mes 3 garçons lorsqu'ils étaient jeunes. Par contre, lorsque je leur refusais un choix, ils en avaient toutes les raisons. Nous, parents, connaissons bien nos jeunes enfants. Si on ne fait pas une certaine "surveillance" à ce niveau, qui le fera pour nous? L'école?: Ah ah, laissez-moi rire! La société?: Oh boy!

ClaudeL a dit…

À 12 ans, n'as-tu pas eu aussi une période mystique? Hautement fusionnel? Personnellement, je lisais aussi beaucoup, mes parents ne censuraient ni ne contrôlaient pas nos lectures. J'ai voulu être un prêtre, puis une religieuse, une sainte. Comme Sainte-Thérèse de l'enfant Jésus.
Je pense que je jouais à être une sainte. à être une héroïne, à être quelqu'un d'extraordinaire. Je couchais par terre pour faire des sacrifices et laisser mes anges gardiens passer une bonne nuit dans mon lit!!!!
Pour ta fille, cette héroïne c'est Wicca.

Ça m'a passé.
La faire parler: qu'est-ce qu'elle aime dans tel ou tel livre, ceux-là mais les autres aussi. La laisser s'exprimer. La suivre. Et, tranquillement, lui proposer d'autres modèles.
Quand elle sera prête, elle en trouvera elle aussi.

Isa Lauzon a dit…

À Frédéric : Attends, le trouble ne fait que commencer! Quand tu vas aller faire un tour dans un parc avec ta fille, et qu'elle va se faire un chum en une demi-heure (plus vieux qu'elle de 2-3 ans, totalement inconnu et demeurant dans une autre ville!), là, tu vas savoir que tu as un problème... :S Je veux même pas savoir ce que ce sera lorsqu'elle aura 15 ans...

À Chantal : Hihi! Que d'ironie! Tu as bien raison à ce niveau-là, il appartient aux parents de veiller au bien-être de leurs enfants. Jusqu'ici, je n'ai pas eu à refuser quelque lecture que ce soit à ma fille, mais il est certain que je le ferai si je juge que c'est préférable. Pour l'instant, c'est facile, elle est mal à l'aise avec la sexualité, alors elle accepte facilement mes conseils... pour le moment du moins!

À ClaudeL : Ouf! Je ne me rappelle pas avoir eu une phase aussi mystique... Vouloir être quelqu'un d'autre, oui, chercher des modèles, bien sûr, c'est normal. Bon point, je crois en effet qu'il s'agit pour elle de trouver un modèle, de trouver le moyen de devenir quelqu'un d'extraordinaire. Elle aime être la vedette, le centre d'attention. C'est pourquoi elle aime autant faire du théâtre je suppose! Et là, elle me demande de l'inscrire à des cours de chant, elle veut devenir chanteuse...

Le temps arrangera sûrement les choses. D'ici là, je vais tâcher de lui donner l'opportunité de canaliser son bel enthousiasme dans autre chose que la Wicca...

Gen a dit…

@Isa : Tu sais, je comprends que la Wicca t'inquiète, mais c'est un courant New Age comme un autre. Comme il n'y a pas de groupes wiccan organisés au Québec, tu ne coures pas de risque qu'elle tombe sous la coupe d'un gourou.

Mais c'est sûr qu'elle est à l'âge où elle se cherche. Les religions, c'est bien : ça donne des réponses toutes faites. Alors oui, canalise ses énergies vers des activités réelles et banalise ses dadas mystiques (si tu t'en fais trop, elle va s'y accrocher avec un bel esprit de contradiction typiquement adolescent).

J'suis sûre qu'au final tout va se placer.

Faut voir le bon côté des choses : quand ses hormones vont la faire courir après les gars, elle aura plus la tête aux prières matinales en robe de cérémonie! ;p (Mouhahahahahha! Je me permets de te baver d'autant plus que j'ai donné bien des cheveux blancs à ma mère sur ces questions... et au final, je m'en sors très bien ;)

Isa Lauzon a dit…

À Gen : Ah? Pas de groupes organisés au Québec? Bon, tu me rassures! T'as bien raison au niveau de la psychologie contraire... Faut surtout pas que je lui montre que ça me fait capoter, ses histoires de Wicca, sinon elle va s'y accrocher!

MDR pour les gars!!! Je vais sûrement penser bientôt que les histoires de Wicca, c'était pas si pire, en comparaison... Hum! J'ai pas fini d'en baver avec mon ado à ce que je vois... Merci quand même pour le réconfort! ;)