29 juillet 2010

L’art d’écrire - extraits

Je viens de terminer la lecture de L’art d’écrire, de Pierre Tisseyre. Avant de commenter ce livre, j’avais envie de partager avec vous certains passages qui m’ont interpellée :

« Il appartient à chaque écrivain en herbe d’apprendre à se connaître. S’il n’y parvient pas, il s’en remettra à un tiers, ami ou parent qui, neuf fois sur dix, sera un mauvais conseiller, car cette personne n’aura pas été choisie au mérite, mais en raison de l’affection que l’écrivain éprouve pour elle. […]

Si l’écrivain se forge une évaluation de son ouvrage à travers les avis ou conseils d’amis, de parents ou de professeurs, il est probable que son évaluation sera erronée, à moins qu’il ne réussisse à constituer autour de lui un groupe de conseillers éclairés qui se sont révélés juges indépendants et objectifs.

Constituer une sorte de comité de lecture d’au moins trois personnes, et de préférablement un maximum de cinq, est une excellente chose. […]

Si l’écrivain arrive sans aide à évaluer objectivement son texte, le danger, c’est la satisfaction. « C’est moi qui ai écrit ça! Mais ce n’est pas mal du tout! », se dit-il. Il a sans doute raison, mais il vaut mieux qu’il se dise : « Ça peut passer. Mais c’est tellement inférieur à ce que je veux dire que je ne dois pas m’en contenter. »

Dans le premier cas, il ne cherchera plus à améliorer ce qu’il a écrit. Dans le second, à chaque lecture, il trouvera quelque chose à perfectionner. C’est pourquoi, sans doute, certains écrivains déclarent qu’ils ne se relisent jamais après que le livre a paru, car, s’ils le relisaient, ils finiraient, un crayon à la main, par corriger ici et là.

[…] Le contentement est une tentation normale quand on a bien travaillé et que le résultat semble à la hauteur de l’objectif poursuivi, mais il faut savoir y résister. Si l’on y cède, le lecteur d’abord séduit se lassera, puis s’irritera de sentir que l’auteur qui se regarde écrire ne cherche plus à intéresser, car il ne vise plus au fond qu’à se faire plaisir. »

4 commentaires:

Gen a dit…

Que de très bons conseils en effet! Merci pour le partage.

ClaudeL a dit…

Est-il besoin d'ajouter que Pierre Tisseyre a publié ce livre en 1993. Au fond même si le monde de l'édition a évolué, l'art d'écrire ne change pas, lui.

Il en avait été question aussi là:
http://soleildencrier.canalblog.com/archives/2007/06/22/5388052.html

Quant à se trouver un comité de 3 à 5 personnes, vraiment pas facile. Il ne faut pas qu'elles soient trop condescendantes, mais assez constructives. Au fond, un auteur (et probablement tout créateur), c'est une personne fort complexe, à chaque stade de la création, nous sommes presque une autre personne.

Karuna a dit…

Le dernier paragraphe valait à lui seul la lecture complète. Une belle leçon sur les priorités: on écrit pour quelqu'un, il ne faut jamais l'oublier.

Isa Lauzon a dit…

À Gen : De rien! ;)

À ClaudeL : Je ne sais pas si l'art d'écrire demeure vraiment toujours le même... Selon les époques, les genres ont évolué, les styles d'écriture aussi. Pierre Tisseyre en parle d'ailleurs dans son livre. Par exemple, à une certaine époque, les longues et interminables descriptions de décor avaient la cote, tandis qu'aujourd'hui, à l'ère de la zapette, il faut faire plus court, car le lecteur s'ennuie...

Pour le comité de lecture, l'idéal est de s'entourer de gens du milieu. Encore mieux : choisir des auteurs très différents les uns des autres, qui nous apporteront chacun leur vision. J'ai heureusement la chance de pouvoir compter sur un tel comité... Dommage, je ne l'utilise pas vraiment ces temps-ci! Forcément, je n'écris pas... Grrrrr! ;)

À Karuna : Oui, moi aussi, cette phrase-là est venue me chercher! À garder en mémoire, pour éviter de sombrer dans une autosatisfaction qui m'empêchera d'avancer et de m'améliorer!