21 février 2010

Ai-je créé un monstre?

Je me demande parfois si je donne un bon exemple à ma fille.

Je lui raconte autant mes réussites que mes échecs, mais on dirait qu'elle ne retient que mes bons coups. Et qu'elle en retire un besoin de dépassement qui prend des proportions inquiétantes. Enfin, à mes yeux du moins.

Il y a quelques mois, ma cocotte a été élue présidente de classe (pour une seconde année consécutive) et elle a remporté un concours de dessin. Partant du principe que si elle veut, elle peut, elle s'est mise en tête qu'elle remporterait aussi le concours d'épellation de son école.

Je crois beaucoup à la pensée positive et c'est un principe que je lui ai inculqué. Quand on travaille fort, on augmente grandement nos chances de réussite. On augmente, j'ai bien dit, ce n'est pas un gage de succès garanti! On ne peut pas toujours gagner. Ainsi vont les règles d'une saine compétition. Ainsi va la vie.

Ma puce a été éliminée dès l'étape des présélections du concours d'épellation. À cause d'une erreur bêbête. Résultat : Elle n'a pas été simplement été déçue, elle a été révoltée par son exclusion. Elle a crié à l'injustice pendant deux jours. Je ne vous dis pas le drame et les pleurs. L'horreur!

De mon côté, je n'étais pas tout à fait d'accord avec le processus d'élimination qu'avait choisi le professeur, mais vu le temps dont elle disposait, j'en comprenais la logique. Mes tentatives de conciliation auprès de ma fille sont demeurées vaines, rien à faire pour la tempérer.

Le jour de l'épreuve finale, ma puce aurait bien aimé demeurer à la maison. Pour éviter l'humiliation d'assister à ce concours en tant que spectatrice, elle qui avait rêvé de voler la vedette. De mon côté, je considérais qu'il lui serait salutaire d'affronter cette situation. Pour comprendre que tout n'est pas toujours facile, que rien n'est gagné d'avance et qu'il ne faut présumer de rien. Que parfois, on perd, mais que les échecs nous font apprécier davantage nos réussites. Parce que je pense que les épreuves nous forgent le caractère et qu'elles nous endurcissent face à l'adversité.

Maintenant, je me pose la question : Devrais-je taire mes réussites? Minimiser mes bons coups et insister davantage sur mes échecs? Peut-être qu'ainsi, ma puce cesserait de chercher à tout prix à être la vedette...

Présentement, ma belle attend de connaître le rôle qui lui sera attribué pour sa prochaine pièce de théâtre. Et devinez quoi? Elle ne veut que le premier rôle, rien de moins... Soupir! Comment puis-je lui faire comprendre qu'il n'est pas nécessaire d'être toujours la meilleure et la première en tout? Que les autres autour de nous ont aussi droit à leur chance de briller?

Pas toujours facile, le rôle de mère...

6 commentaires:

Keven a dit…

Je la comprend tellement! J'étais pareil quand j'étais jeune. Surtout pour les pièces de théâtre... Misère! Pour la pièce, je te suggère de lui démontrer à quel point tous les comédiens sont importants. Fais-lui l'exemple. Prend son texte et joue le personnage principal, sans les répliques des autres. Elle dira peut-être: «Voyons, Maman! C'est ben plate ton spectacle!». Elle comprendra à ce moment-là que l'un ne va pas sans les autres. Peut importe le rôle qu'elle jouera, elle doit en être fière. Les rôles secondaires volent parfois la vedette aux autres, pour l'avoir déjà vécu! Paroles d'étudiant en théâtre! =)

Gen a dit…

Si tu lui parles autant de tes réussites que de tes échecs, je pense que tu fais déjà tout ce que tu peux, Isa. :)

(Soit dit en passant, étant donné qu'elle semble très compétitive, si tu ne lui parlais que de tes échecs, elle risquerait de développer un sentiment de supériorité par rapport à toi et d'en venir à mépriser ton autorité. Donc, pas une bonne idée!!!).

Qu'elle veuille être la meilleure, soit (c'est courant chez les jeunes ados), mais il faut qu'elle comprenne que cela implique un dur travail et qu'elle risque de se casser la gueule. Que ce ne sera pas une injustice, mais juste dans l'ordre des choses. Elle ne peut pas être la meilleure partout, point. Si elle le pense, la vie va se charger de la détromper, t'en fais pas. À ce moment là, tu pourras lui dire que tu l'aimes pareil ;)

L'idée qu'il faut que tu lui casses, c'est celle que si elle ne gagne pas c'est de la faute des autres (concours trucqué, favoritisme, règles injustes, etc). Explique-lui que viser le "top", c'est excellent, mais qu'elle ne doit pas s'étonner de le manquer parfois. Elle doit faire de son mieux, mais ça se peut que "son mieux" soit moins bien que celui d'autres personnes.

Tu as bien fait de l'envoyer voir le concours final. Apprendre à marcher sur son orgueuil, c'est jamais facile, mais très utile.

Ah si tous les parents de mes élèves s'étaient posé les mêmes questions que toi, je serais peut-être encore enseignante! lol! (Et j'aurais eu moins de "cat fight" à séparer!!!)

ClaudeL a dit…

Si on (la société) ne voulait pas que de la performance aussi, que des héros, que des médaillés d'or. C'est rendu que même une médaille d'argent passe inaperçue. Et une cinquième place, c'est rien. Ne pourrait-on pas juste encourager les gens à se dépasser soi-même? Participer. Être enthousiaste devant tout défi. Encourager la curiosité, donner le goût, sans autre but que le plaisir de la découverte. Qu'a-t-elle découvert de nouveau dans cette aventure? Et la laisser vivre toutes ses peines. Et la maman, exprimer toutes ses questions.

Karuna a dit…

Il n'y a pas de mal à être compétitif (sauf si on en fait une maladie). Cela favorise, entre autres, le dépassement de soi. Mais, en grandissant, les enfants ont aussi à apprendre l'échec. On en parle moins de cela avec eux. Tu ne lui rendrais pas service de ne jamais lui parler de tes réussites, ce serait même dommage. Mais parle-lui aussi de ce que tu fais devant l'échec, la déception et la contrariété. Comment tu t'en sers. Comment ça peut être utile. Comment tu tournes la page sans te sentir nulle. Serait-elle l'aînée de sa fratrie, par hasard? Ils sont souvent très pointilleux à ce sujet (être les premiers dans tout).
Je crois qu'une des grandes qualités d'un parent, c'est sa capacité de douter de lui. Ça lui permet, comme tu le fais, de se remettre en question et de ne pas s'enfermer pas dans des certitudes dangereuses. Je te donne une mention d'honneur ;)

Elisabeth a dit…

Que dire de plus, sinon que je suis d'accord avec le fait que de ne pas lui parler de tes réussites serait un erreur et qu'il est salutaire pour les enfants de «frapper» des murs dans l'enfance et l'adolescence, ça leur aidera à accepter les défaites et les déceptions de leur vie d'adulte ;) C'est d'ailleurs le plus grand problème des jeunes adultes d'aujourd'hui, qui, anciens enfants-roi, se sont toujours fait dire qu'ils étaient géniaux. Résultat: quand quelqu'un leur dit qu'ils ne le sont pas, c'est le drame...

Isa Lauzon a dit…

À Keven : Merci pour tes conseils au niveau du théâtre! Je soutiens de mon mieux ma fille dans ses rôles et je lui donne la réplique. Nous nous amusons beaucoup, d'ailleurs. Seulement, dans sa dernière pièce, elle avait un tout petit rôle à apprendre et très peu de texte, ce qui l'a démotivée. Elle adore plancher sur un rôle et apprendre par coeur ses répliques. Quand c'est trop facile, ça l'ennuie. C'est sûrement pour cette raison, entre autres, qu'elle vise le premier rôle cette fois-ci. Quoique mon coeur de mère trouve que ce serait se mettre beaucoup de pression! ;)

Une précision : elle veut le premier rôle, mais n'osait pas le demander à sa prof. Là, je suis entrée en scène. J'ai suggéré à ma fille d'en parler avec sa prof, pour qu'au moins, elle connaisse ses ambitions, ce qu'elle a fait. Mais je ne m'en suis pas chargée. Si elle le veut, ce premier rôle, qu'elle fonce et qu'elle le décroche elle-même! Maman ne peut pas toujours la tenir par la main!

À Gen : Tu as sûrement raison au niveau des échecs. Faudrait pas qu'elle me trouve trop poche, tout de même! C'est juste qu'elle compare un peu trop ses succès avec moi dernièrement. Du genre : ma photo dans le journal était plus grosse que la tienne... Mdr!!! C'est bien que ma cocotte soit compétitive et ait de l'ambition. C'est juste que j'aimerais minimiser la peine qu'elle ressentira inévitablement face aux échecs. Oui, je lui parle des miens, je lui parle de mes déceptions et des efforts que je mets à m'améliorer pour réussir au prochain coup. Pour le reste, j'espère qu'elle tirera de l'expérience de sa mère matière à s'améliorer elle-même... Je suis là pour la guider, pas pour lui dicter le chemin à suivre!

À ClaudeL : J'aime beaucoup ta vision des choses. C'est d'ailleurs celle que j'adopte pour mon écriture. Dépassement de soi, fierté, sentiment d'accomplissement, voilà quels sont mes objectifs premiers. Pas nécessaire d'être la première pour savoir que j'ai fait de mon mieux et pour être satisfaite de ma performance. Et au niveau des questions... je m'en pose tellement! Et tant que je m'en poserai, je saurai que je suis sur la bonne voie.

À Karuna : Bingo! En effet, elle est l'aînée de mes deux enfants. Je suis moi-même l'aînée de ma famille et tiens! Moi aussi, j'ai toujours eu ce petit démon de la performance en moi... :) Telle mère, telle fille, il faut croire... Et merci pour la mention d'honneur, je vais la mettre sur mon babillard, pour me remonter le moral aux moments où je me sens nulle comme mère et dépassée par les événements!

À Elisabeth : J'ose espérer que je fais en sorte aujourd'hui que mes enfants deviennent des adultes équilibrés et surtout, qu'ils n'adoptent pas trop l'attitude de la génération "Y" d'aujourd'hui. Chez moi, il y a des règles et je suis parfois assez sévère. Pas d'enfants-roi chez moi! Il n'y a qu'une reine et c'est moi, et le roi, c'est mon conjoint. Notre petit prince et notre princesse ont une vie de rêve et ils sont gâtés pourris, mais il y a des limites et des balises. Ouf! J'espère que j'agis pour le mieux... Enfin, je fais de mon mieux, du moins!