21 juillet 2009

Combien ça paie?

Je suis tellement écoeurée, ulcérée, révoltée par cette question!

Ma soeur fait de la peinture sur bois... Est-ce qu'on lui demande combien son artisanat lui rapporte?

Ma grand-mère tricotait des pantoufles, des mitaines et des bas. Est-ce qu'elle s'est ouvert un magasin pour autant?

Mon conjoint joue au golf... Est-ce qu'on le questionne sur sa date de participation au championnat régional? Sur ses chances de rivaliser avec Tiger Wood?

J'aimerais bien que les gens comprennent que pour moi, l'écriture, c'est avant toute chose une passion, pas un moyen de m'enrichir. Bon, si en cours de route j'évolue et j'arrive à en retirer un revenu, super, formidable, mais ce n'est pas le but premier de l'exercice.

Je veux rêver, grandir, évoluer, découvrir, m'exprimer, m'affirmer, transmettre, offrir, partager... Le reste n'est qu'accessoire, le temps m'apportera des réponses. Un roman? Je travaille là-dessus. Et les résultats dépendront des efforts que j'y mettrai.

Alors, combien ça paie? Une bonne portion de fierté, un ego à la hausse et un sentiment d'accomplissement. Merveilleux, non?

20 commentaires:

Rackham Le Rouge a dit…

Ben justement Isa : Combien ça paie ?

Moi j'aimerais bien savoir combien on paie chez vous un roman, une nouvelle dans une anthologie, en avance sur droit ou pas ?
Oui, combien ?
( Ainsi tu auras compris que si je fais des livres, il ne s'agit pas de romans...)
Besos, Jack.

ClaudeL a dit…

Au contraire, je prends un malin plaisir à informer tout le monde:
un livre (roman, poésie, livre scolaire ou essai), c'est 10% du prix de vente. Partout au monde (en tout cas Europe, États-Unis et Canada), c'est le même 10%. Je ne connais pas grand monde (à part les auteurs) qui le sache. La prochaine question vient toute seule et si elle ne vient pas ni de la bouche ni du regard de l'autre, j'ajoute: ça dépend ensuite du nombre d'exemplaires. Au Québec, c'est peut-être 200,000 pour une Marie Laberge, mais pour une Claude Lamarche parfaitement inconnue ce sera plutôt dans les 1,000 avec un peu de chance. Et si la personne n'est pas plus vite que moi sur le calcul, j'ai déjà ma réponse toute faite, en espérant qu'elle ne me demande pas d'autres combinaisons: un livre de 30$ (il y a dix ans, je disais 20$!)Ça fait 600,000$ pour Marie Laberge et 3,000$ pour Claude. Et j'enfonce bien le piton jusqu'à ajouter: pour un travail parfois de 3-4- ans.

En passant je ne me suis jamais rendu à 1000 exemplaires.

Excuse moi Isabelle si j'ai pris prétexte de ton billet pour répondre à ta place. Quoique ta réponse: «sentiment d'accomplissement» est bien aussi. Disons que j'ai répondu à Rackham alors!

Gen a dit…

Pour les nouvelles, pas moyen de s'y tromper : ça paie le souper au resto pour célébrer l'accomplissement(vin inclus si vous publiez dans une une revue d'une maison d'édition, sans alcool pour celles de la SODEP).

K.Girard a dit…

Bien d'accord avec toi Isa. Moi, quand j'ai annoncé à mes parents (en fait plus mon père) que j'allais être publié dans un fanzine, leur première question était: ''Combien ça va te rapporter?''

Dans ma tête, la réponse était: ''Non mais on s'en fou! Vous ne comprenez pas, je vais être publié! C'est pas assez!''

Finalement, je crois qu'un écrivain passionné vaut mieux qu'un écrivain qui sait bien compter (les bidoux)...

Pierre H.Charron a dit…

Foutu question innocente...on me l'a sorti à moi aussi. Il te la pose avant même de te féliciter ou de parler de la date de parution, du style de ton écriture ou te proposer si il peuvent lire ta nouvelle... Je crois, quelque part, que ces gens sont à plaindre, car il semble que les $$$ les font plus carburer que la passions et les rêves. C'est leurs droits. Moi je carbure aux émotions, aux défis et À l'accomplissement de soi

Rackham Le Rouge a dit…

Merci à tous pour vos infos, et surtout Claude !

ClaudeL a dit…

Souvent aussi les poseurs de questions déchantent quand ils entendent la réponse du 10%. L'écrivain, comme les comédiens ou artistes, reçoit le statut de vedette riche et célèbre, sutout s'il a passé à la télé. Les autres???
Mais j'ai remarqué qu'une fois que les gens savent que tu n'as "que 10%", ils comprennent alors qu'on n'écrit pas pour de l'argent et là, ou ils s'en vont ne sachant plus de quoi parler, ou ils ont pitié de toi et presque gênés, ils achètent ton livre ou s'informent à tout le moins où ils pourraient se procurer ton texte, ou ils restent et commencent à te parler de ce que qui t'intéresse vraiment.

Rackham Le Rouge a dit…

Je savais bien que c'est avec des dizaines de milliers d'exemplaires vendus qu'on commence à gagner sa vie.
Je vais essayer avec le roman, de faire mon chemin, même si déjà je touche des droits d'auteurs pour d'autres types de livres! Traduits en plusieurs langues...Mais chut !
Merci encore Claude.
Jack

R. Claude a dit…

Bel échange entre les auteurs qui informent un lecteur. Je sens une solidarité que je partage. Ils m'ouvrent la porte d'un monde pleins d'émotions et de rêves.
Isa, te voilà devenue par la force des choses, animatrice. Un trait d'union parmi les mots.

Chantal Moreau a dit…

L'auteur vit sous le régime du risque et du droit d'auteur: sa rémunération dépend des ventes de ses livres, donc de sa capacité à fidéliser un public. Pour la majorité des livres qui marchent vraiment, il est souvent facile de comprendre pourquoi: talent, thème et qualité d'écriture. Sûrement pas facile d'en vivre pour tous... Je crois donc qu'il est nécessaire de vivre cette passion de l'écriture à fond (défi, rêve, accomplissement de soi, etc.) sans trop espérer y faire plein d'argent. Et, si ca se concrétise plus tard, ben ca sera tant mieux! Et, je vous le souhaite! Combien ca paie?: du plaisir.

Isa Lauzon a dit…

Ouf! Qui eut cru qu'une aussi simple question soulèverait autant de commentaires?

Merci à ClaudeL pour ses précieux renseignements, d'ailleurs ils m'ont incitée à reclasser ce billet sous le libellé "Info auteur". Précis et réaliste comme constat : au Québec, il est très difficile de vivre de sa plume!

À Gen : Très drôle! Pour le moment, avec mes revenus d'écriture, je n'ai même pas de quoi payer le resto... Une frite peut-être?

À K. Girard : Exactement le genre de question que j'entends! Comme si l'argent était la seule motivation possible... Triste, triste...

À Rackham : Ah! Ah! Le chat sort du sac! T'inquiète, je ne le dirai à personne. Allez, je tente une supposition : tu dessines, alors je dirais... des bandes dessinées? Et es-tu publié au Québec? Quelle curieuse je suis...

À R. Claude : En fait d'animatrice, je dirais plutôt que j'ai lancé la discussion et qu'elle fait joyeusement un tour de table. Mettez-vous à l'aise, chers invités, vos commentaires sont les bienvenus!

À Chantal : Parmi les critères de succès, tu as omis le plus important : la publicité. Un bon bouquin peut être boudé par le public faute de diffusion, tandis qu'un autre, plus médiocre, connaîtra le succès parce qu'on en a parlé à la télé ou à la radio. Contente de voir que tu partages mon point de vue : la passion d'abord, on s'amuse et on verra pour le reste!

Rackham Le Rouge a dit…

Bien vu, Isa ! Oui, certains de mes livres ont du être distribués au Canada...
Pour l'argent, oui un auteur se doit de bien gagner sa vie, malheureuseent il y aussi l'éditeur qui souvent se sert en premier sous prétexte des frais ! Et quand il diffuse mal son auteur, c'est la faute à ce dernier si ça vend pas ! Bref...
rackham_jack@aliceadsl.fr
Ca, c'est si tu veux échanger en off, pour des détails !
Besos et merci de ce débat !
Jack

Neriel a dit…

Si je comprends bien, j'ai intérêt à me faire éditer, et vite !

ClaudeL a dit…

Ben oui, sujet sans fin, yé!
La publicité, l'éditeur, c'est un autre débat... quoique tout se tient dans ce monde merveilleux de l'édition. Et il reste aussi l'auto-édition: tous les revenus mais toutes les dépenses pour les forts en mise en marché (marketing pour Rackham!!!)

Un monde parallèle qui, à la limite n'a rien à voir avec ce qu'on ressent quand on est en train d'écrire, preuve effectivement qu'on n'écrit pas pour l'argent. Mais qui travaille pour de l'argent???

Rackham Le Rouge a dit…

Les ouvriers, les chefs d'entreprise et ceux qui ont une place et font rien ( les emplois privilégiés, on les appelle ! )

Mais c'est bon de travailler pour de l'argent !
Tiens, je vais attaquer un navire et le piller. A moi le butin...;-)

Isa Lauzon a dit…

À Pierre : (Désolée, je t'avais oublié... Comment ai-je osé!!! Toi qui m'as ouvert la porte du monde merveilleux de la blogosphère!!!) C'est la même chose pour moi : la plupart des gens ne sont même pas intéressés à lire mes nouvelles, ils veulent surtout connaître le $$$ qui va avec ça. Je ne sais pas si je les plains, je dirais plutôt qu'ils ne vivent pas dans le même monde que nous. Peut-être que c'est nous qui sommes bizarres... Peu importe, j'assume de mieux en mieux mon tempérament de mouton noir!

À Neriel : Plus facile à dire qu'à faire... Le monde de l'édition est une jungle, arme-toi de ta machette!

À ClaudeL : L'autoédition, non merci! Ce sera le monde des grands ou rien du tout! Et je n'ai pas des milliers de dollars à investir sur un tel projet... budget familial oblige!

À ClaudeL et Rackham : L'argent est nécessaire pour vivre, alors oui, on travaille d'abord pour l'argent. Mais si on réussit en plus à y trouver du plaisir et à s'y épanouir, là, c'est le summum! J'ai la chance de travailler dans un milieu agréable et stimulant. Et après mes heures de travail rémuméré, j'écris pour le plaisir. Ça doit être ça le paradis...

ClaudeL a dit…

J'ai l'air de ne parler que d'argent, moi. Dans mon blogue, les derniers jours, que de revenus. Allez, je ferme le portefeuille et vous allez voir, je vais me laisser aller aux mots qui virevoltent, qui prennent le large, qui s'affolent, qui me rendent folle, qui m'émeuvent et me bercent.
Et si j'oublie, j'irai relire "pourquoi j'écris":
http://www.despagesetdespages.com/texte1.htm.
Allez, je ferme boutique pour ce soir. Non, non pas boutique, ça fait encore mercantile. Alors fermer l'oeil tout simplement.

M a dit…

L'argent, toujours l'argent.

Un mot: distribution. Suivi de: marketing.

Malheureusement, le "talent" littéraire importe peu, sauf au sens où il faut savoir raconter, avoir des idées et savoir écrire pour atteindre son public cible. Pour vendre, s'entend.

Mais tout ça ne sert à rien sans une bonne distribution et du marketing efficace.

M a dit…

autre chose, aussi: si vous souhaitez vendre des livres quand vous en publierez, achetez-en. Des livres québécois si vous êtes au Québec. Notre milieu du livre est très pro-actif dans la publication d'auteurs québécois mais notre tendance d'achat ne l'est pas, généralement. C'est mieux pour la vitalité de la littérature d'ici (au sens large) que vous achetiez les livres d'auteurs "locaux" mais que vous empruntiez à la bibliothèque les livres d'auteurs étrangers.

PS: Le droit de prêt public, c'est ce que le gouvernement donne en ristourne aux auteurs pour leurs livres en bibliothèque. Et ça fonctionne au nombre d'incidence des livres en biblio, sur un échantillonnage. Donc ce n'est pas parce que plus de gens empruntent un livre en bibliothèque que l'auteur est plus compensé. Pensez-y.

Isa Lauzon a dit…

À M : Je suis d'accord avec tous vos commentaires. Au niveau de la distribution et du marketing, c'est exactement pour cette raison que je ne me tournerai jamais vers l'autoédition. Ce sera la cour des grands ou rien!

Au niveau de l'achat des livres, je suis de plus en plus sensibilisée à acheter du québécois. Je sais que le droit de prêt public ne donne que des miettes aux auteurs et comme je désire publier un jour, je tâche d'encourager le marché local. Et je fais des trouvailles!