2 mars 2009

Crevaison fatale

Réalisé en atelier de création littéraire, le 29 septembre 2008

Une purée de pois atroce s’insinue dans les orifices du vieux Mack, ouvrant la voie à l’appréhension, à la crainte, à l’épouvante. Bravant l’angoisse qui lui frissonne dans le dos, Sam se secoue les puces et s’écrie :

- Allons, que Diable! Je ne suis pas une poule mouillée! Mes fesses sont usées jusqu’à la corde tellement j’ai roulé ma bosse sur les chemins cabossés. Ce n’est pas une minable brume qui va me donner les chocottes!

Nul réverbère pour calmer l’effroi qui monte, ni vu ni connu, dans la pomme d’Adam du quinquagénaire. Sa peur du brouillard remonte à la nuit des temps et il n’arrive pas à regarder cette ombre blafarde dans le blanc des yeux.

- Gustave n’a pas plus toute sa tête, maugrée Sam en empoignant le volant comme une bouée de sauvetage. Je n’y vois pas plus loin que le bout de mon nez!

Soudain, le pneu avant droit explose comme une baudruche. La pire hantise de Sam, le cauchemar récurrent qui meuble ses nuits d’insomnie, vient de se concrétiser. À dix lieues à la ronde, la civilisation brille par son absence. S’il n’était pas déjà chauve comme un genou, le routier s’en arracherait les cheveux de dépit.

Les ténèbres guettent cette proie facile, ce gros plein de soupe laid comme les sept péchés capitaux. Deux yeux d’émeraude luisent sous une lune avare. Le feulement rauque d’une bête frôle l’épine dorsale de Sam. Ce cri typiquement félin lui glace le sang dans les veines. Tremblant de tous ses membres, le camionneur hurle comme une fillette. Les pieds cloués au sol, il attend l’attaque du fauve.

Lorsqu’un chaton insolent se pointe le bout du museau, Sam réalise qu’il n’avait pas affaire à forte partie. Il l’a peut-être échappé belle, mais il ne le criera pas sur les toits. C’est bien connu, les démons tapis dans l’obscurité punissent les vantards.

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