23 février 2009

Les chiffonniers

Exercice de déblocage de la créativité
Réalisé en atelier de création littéraire, le 3 novembre 2008

Maurice n’était qu’un enfant quand mourut sa mère. Aussi soudaine qu’un orage tropical, cette perte bouleversa à jamais sa routine.

Le jour du service funéraire, le gamin se sentait tel un acrobate qui, malgré une foi de charbonnier envers son adresse, se traîne comme une limace, trébuche dans ses pieds et atterrit sur sa caboche. Engoncé dans son habit du dimanche, l’orphelin jetait un regard morne sur ses proches parents.

Le père de Maurice, un bourreau des cœurs invétéré, se tenait droit comme un I dans son complet griffé. Les mauvaises langues disaient de lui que sa clé crochetait habilement les serrures les plus tenaces et qu’il entrait chez les épouses esseulées comme dans un moulin. Ce matin-là, ses yeux demeuraient secs, trop secs pour un mari en deuil.

Tante Aline, quant à elle, n’était pas le genre à se moucher du pied. Elle fréquentait volontiers les bas-bleus et affichait une nette préférence pour les moines. C’était clair comme de l’eau de source, à ses yeux, le mari de sa défunte sœur était pire que le diable et son âme abjecte méritait les affres de l’enfer.

L'animosité de ces deux ennemis héréditaires, après d’innombrables dialogues de sourds, dormait depuis des lustres, tel un feu qui couve sous la cendre. C’est au salon, à deux pas du corps parfumé de la morte, que la guerre éclata.

Maurice comprenait leur ressentiment mutuel, mais les voir se battre comme des chiffonniers, dans le palais des anges, c’était vraiment le bouquet!

Aucun commentaire: