9 février 2009

La voyante

Expérimentation de diverses figures de style
Réalisé en atelier de création littéraire, le 1er mars 2008

Odile De Fabule scrute sa boule de cristal comme si elle y cherchait un coffre-fort, un trésor, une pépite d’or. Droit comme un I, je froisse nerveusement la feuille de chou qui m’a attiré dans l’antre de cette sorcière au menton de guenon.

À ma droite, un fauve charbonné me toise d’un œil mauvais. Des flammes dansent dans ses prunelles, des prunelles ambrées comme celles de Lucifer. Je n’ai pas l’heur de plaire à ce félin ébouriffé de rage, son aversion crève les yeux. Mal à l’aise, mon complet Armani s’agite sur la planche de fakir. Pendant que la devineresse psalmodie des incantations, je fais grise mine et j’oblige ma gorge à ingurgiter le liquide brûlant et rempli d’amertume qu’elle m’a imposé. Je préfèrerais savourer un délicieux Van Houtte ou, à la rigueur, un Nescafé. Les infusions n’ont jamais été ma tasse de thé.

J’ai passé une nuit blanche avant de me résoudre à consulter la visionnaire. Je ne me montrerai pas bon prince avec cette mystificatrice et je ne crierai assurément pas amen à ses prédictions de salon. En échange de mes dix dollars, j’attends de cette illuminée qu’elle m’étonne, qu’elle m’éblouisse, qu’elle me fasse tomber les bras et qu’elle me jette en bas de ma chaise.

L’encens qui répand ses effluves de pomme pourrie m’étourdit les pensées. Les tentures cramoisies m’étouffent et mon nerf sciatique gémit sa douleur sous l’inconfort du bois verni. Sans crier gare, la prophétesse s’empare de ma tasse vide et la fracasse sur la table. Elle se penche ensuite sur la purée brunâtre et proclame solennellement :

- J’entrevois la fin de vos misères. Un gros bonnet vous offrira une montagne de billets verts.

Ménageant ses effets, la tragédienne me surveille du coin des cils. Remarquant mon sourcil morne, elle poursuit :

- Une robe couleur amour se manifestera, mais un choix décisif fera pencher la balance. Prenez garde ou vous perdrez toute chance!

Mon séant se redresse à demi et demeure suspendu aux lèvres de l’extralucide. Les questions se bousculent sur ma langue, mais mon souffle se retient de peur d’interrompre l’oracle. Soudain, une main sertie de bagues atterrit devant mon nez et m’annonce :

- Pour en savoir davantage, il vous en coûtera cent dollars, cher client!

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