12 février 2009

Fin de route

Voici le texte de Chantal Moreau, qui a participé à l'exercice #1 - Déblocage de la créativité. Bravo Chantal!!!
Correction et mise en forme : Isabelle Lauzon

Le tunnel rétrécissait à vue d'oeil devant moi. Dans le miroir de la voiture, je me vis verser des larmes de crocodile. Le film de ma vie, défilant en boucle dans ma tête, me rappela ma condition de soldat privilégié.

Ours mal léché, j'avais toujours essayé de jouer au plus fin. En plus de mentir comme un arracheur de dents et de mettre le nez dans les affaires des autres, je m’étais plu à être le foyer d'attention. Mon cœur n’avait jamais balancé en faveur des mal nantis. Je ne m’étais pas forcé à être une main de fer dans un gant de velours, car de toute façon, tous s’étaient courbés, me levant leur chapeau et m'invitant à leur table.

Même si j’étais pince-sans-rire et difficile à cerner, tous m’avaient aimé. Mon vécu, noir et tiré par les cheveux, n’avait aucunement nui à ma popularité. Très loin devant la queue, j'avais souvent été invité sur le tapis rouge, près du noyau des invités de prestige, branche sociale que je convoitais. Le premier violon avait souvent joué pour moi, à mon plus grand plaisir. Et que dire des hôtels, qui m'avaient offert le meilleur. Papier fin, serviettes brodées, robinets plaqués, savon de Paris et maquettes de collection, rien ne m’avait été refusé. Je connaissais bien mes classiques et, après les coups durs, je trouvais toujours le moyen de redorer mon blason.

Et maintenant, au bout de la route, je réalisais que j’étais prêt à en finir. De toute façon, en avais-je le choix? Mon destin m'empêchait d'y échapper. Sans aucun regret, ni remise en question, le soldat disparaîtrait.

7 commentaires:

Pierre H. a dit…

Deux fois bravo Chantal.Quand est ce qu'on te voit À Saint-Janvier ;)

Chantal Moreau a dit…

Merci pour l'encouragement! J'ai adoré faire cet exercice. Mmmmmm, St-Janvier, ce n'est vraiment pas très loin de chez moi ca... Qui sait, peut-être qu'un jour...

Isabelle Lauzon a dit…

Ho! Ho! Dis-moi pas que je vais t'avoir à l'usure! Je vais travailler là-dessus...

tangomango a dit…

Quel beau texte! J'en veux encore plus, à quand la suite? Était-ce son premier exercice en écriture?

Isabelle Lauzon a dit…

Oui, c'était le premier exercice en écriture de Chantal, ma collègue de travail. Elle a vu mon exercice et a décidé de tenter l'expérience.

Il s'agit surtout d'un jeu et le résultat est souvent surprenant! À qui le tour?

Anonyme a dit…

J'en suis bouche bée, et me sent tout petit par rapport à la prestation ci-dessus de Chantal, vraiment bravo, quand je vois avec quelles difficultés j'ai eu à écrire mon texte au bout de trente minutes, je suis admiratif.
Cyril VALERY

Isa Lauzon a dit…

À Cyril : Il faut se laisser aller, voilà tout! Le temps importe peu, au fond. On fixe une limite pour ajouter une contrainte, mais ce qui importe surtout, c'est de participer, d'aller au bout de ses limites. Parfois, ça sort tout seul, et d'autres fois, on bloque! C'est normal, ça nous arrive à tous (et ça nous arrivait souvent en ateliers d'écriture, je dois dire!)