4 février 2009

Départ à la retraite

Exercice de déblocage de la créativité
Rédigé en atelier de création littéraire, en janvier 2008

Les grilles s’ouvrirent, laissant deux monarques voler au plafond du musée. Ce kaléidoscope fit dresser les cheveux sur la tête du vieux gardien qui, de frayeur, faillit en perdre la boule.

En maugréant, Beaulieu agrippa son filet et, en deux temps trois mouvements, il eut tôt fait d’attraper les indésirables. Il se radoucit cependant légèrement lorsqu’il vit leurs ailes de soie battre contre les mailles serrées.

- Chacun doit porter sa croix, tenta de se justifier le septuagénaire. Vous auriez dû y penser à deux fois avant d’envahir mon sanctuaire!

Un horrible klaxon s’époumona soudain, faisant sursauter à nouveau le fébrile employé. À l’odeur de moufette qui lui monta aux narines, il devina que sa patronne avait encore forcé la note sur son fameux parfum au muguet. La sainte nitouche se planta devant lui et tendit sa main de momie. Sans mot dire, le subalterne lui apporta sa traditionnelle boîte de chocolats.

Les râles d’agonie de la mégère résonnèrent comme un concerto de harpe aux oreilles du vieillard.

- Strychnine, articula-t-il à voix haute.

Finalement, ce poison s’était avéré bien plus efficace que la mort-aux-rats utilisée pour le conservateur. Aucun arrière-goût de chiotte et d’une rapidité de guépard, tout s’était déroulé conformément aux prédictions de Fernand.

Arborant un sourire satisfait, Beaulieu rendit leur liberté aux papillons. Il suivit longuement des yeux leur joyeuse farandole, se réjouissant de leur enthousiasme délirant. Il avait tout son temps, car sa première réunion des Larbins Retraités ne débutait que dans trois heures.

Aucun commentaire: